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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 16:04
HOMMAGE A SAINT JOHN PERSE

Pour apprécier cet éloge faut-il réellement connaître Saint John Perse, Paul Claudel ou Léopold Sedar Senghor ? Être féru de poésie hermétique, très littéraire, avoir lu Rimbaud, avoir des notions d’alexandrin, de rythme, se passionner pour un style laudateur ?

Pour en goûter la substantifique moelle, c’est possible. Pour se laisser bercer par les mots, les sons, la musique, les couleurs, pas besoin. Pour repérer les thèmes de la mer, l’amour, la création, l’enfance, le déracinement, le rôle du poète, inutile. Le talent de Daniel Berghezan réside dans l’expression de son admiration pour l’auteur d’ « Amers », par ses mots, son rythme, sa voix.

La voix, parce qu’une louange s’écoute plus qu’elle ne se lit. Dès le premier poème, on entend les mots et les chants de l’auteur  qui accompagnent ceux du poète.  

Le Prince (Saint John Perse) émerveille l’homme brut (l’auteur) et le réveille, le révèle à lui-même. L’homme au pouvoir de sorcier, le manipulateur de mots  enseigne la rigueur,  la vigueur, la flamme, la puissance d’un langage somptueux. L’apprentissage est prodige, vertige. Son objectif est d’atteindre à une plénitude existentielle. Dans une transe intellectuelle Daniel Berghezan  s’imprègne de  l’art du poète. Et la mer en sourdine bat la mesure, flux, reflux, les idées fusent par vagues : syllabes, césures, hémistiches, on oublie. On retient le procédé de va et vient, la cadence : des vers courts, très courts alternent avec d’autres, longs, très longs.   La mer est présence, elle est mouvement permanent.

Cueillant les fruits de cette éducation, Daniel Berghezan en a rempli un plein panier. Il use de métaphores, de thèmes chers au poète, évoque les périodes de sa vie. La femme, la chair, le corps, le désir, tout se confond. L’homme se construit grâce au souffle du poète. La beauté de ses vers, l’émotion qui s’en dégage, permettent une sorte de communion sacrée.  C’est  cet élan vital qui porte Daniel Berghezan.

Les Antilles me sont chères. Les rappeler est douleur pour le poète né à Pointe-à-Pitre et qui refusa d’y retourner après son exil. Daniel Berghezan les a-t-il visitées un jour ? Son vocabulaire luxuriant et riche me trouble particulièrement. Est-ce que Saint John Perse s’est réellement emparé de lui qui donne à voir les couleurs des tropiques sans les nommer ? :

« Cette brise qui se lève magnifique et nue, à la rencontre du ciel ouvert…. Floraisons de perruches, forêts équatoriales, tout échoue dans tes rets poétiques…mer phonétique à la phosphorescence, mer prophétique à l’incandescence… »

Et enfin puisqu’un poète en rappelle un autre, j’ai établi deux parallèles.

D’une part :

« Hommes bruts jamais

jamais ne connaîtrons-nous plus de défaillance

que ne puisse combler cette aube pure, cette aube simple,

cette aube immense qui brûle

dans le cristal de son incandescence ! »

Daniel Berghezan, Hommage ! Hommage à la Vivacité divine !

 

« Homme libre, toujours tu chériras la mer!

La mer est ton miroir; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. »

Charles Baudelaire, l’homme et la mer

 

Et d’autre part :

« - ô Saint-John Perse le Lyrique –

la voix gorgée de mots malades et envoûtants

avec cette fièvre,

avec ce feu,

te voici à jamais épié

dans l’envol de tous les oiseaux du Monde. »

Daniel Berghezan, Ô toi qui reviendras, sur les derniers roulements d’orage.

 

« Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

Charles Baudelaire

Merci à Daniel Berghezan de nous avoir indiqué comment  cet envoûtement lui a permis d’accéder  au « monde entier des choses ». Meri à Librinova de m’avoir sollicitée pour cette chronique.

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commentaires

Catheau 26/06/2018 18:47

J'aime ces échanges, ces échos, d'un texte à l'autre. C'est la magie de la lecture.

mansfield 26/06/2018 20:00

En effet quand les mots résonnent d'un poète à l'autre, la magie est là!

marine D 26/06/2018 06:38

Certainement un très beau livre pour ce poète inspiré !
Bonne journée Mansfield

mansfield 26/06/2018 20:01

Bonne soirée Marine et merci pour ton passage sur mon blog

Cendrine 24/06/2018 01:39

Superbe billet!!!
Et ce qui me réjouit en lisant tes mots c'est que Saint-John Perse est l'un de mes poètes préférés avec Baudelaire, Apollinaire, Eluard et Renée Vivien
Je l'a découvert à la fac, je suivais une UV de Poésie Moderne et j'ai craqué, je me récite souvent ses poèmes, de tête, des mots inscrits, indélébiles...
Magnifique chronique, le coup de coeur, merci!
Grosses bises
Cendrine

fanfan 23/06/2018 09:06

Je n'ai jamais lu St -John- Perse , j'avoue. C'est un vibrant hommage que tu rends à cet auteur ainsi qu'au poète; tu donnes envie de lire ce livre .
Bon week end

écureuil bleu 20/06/2018 22:28

Bravo à cette belle chronique qui me donne envie de découvrir l'auteur du livre et aussi le poète, Saint-John-Perse ! Bonne soirée

mansfield 21/06/2018 18:27

Merci à toi. Il faut surtout se laisser bercer par les mots!

JC 20/06/2018 20:51

Ton enthousiasme est communicatif ! Tes mots s'envolent avec une telle fougue. Tu la vis la poésie encore plus que tu ne la lis, c'est formidable ! Bonne soirée à toi. Bises; Joëlle

mansfield 20/06/2018 21:36

Merci à toi dont les photos, les couleurs, les lieux sont tout aussi empreints de poésie!

Albireo 19/06/2018 06:34

Merci pour cette chronique enrichissante pour la femme brute que je suis. La poésie, frémissante et puissante... comme une musique céleste...

mansfield 20/06/2018 21:40

Tout à fait, c'est se laisser porter, et ressentir. Bonne soirée à toi

lizagrece 18/06/2018 17:31

Quand on lit ou écoute de la poésir, il faut seulement se laisser aller à la musique des mots, aux images qu'elles nous évoquent.

mansfield 18/06/2018 20:05

Très vrai Liza. Ne pas toujours analyser, laisser les mots agir...

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