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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 17:43

 

 

Christian est un jeune homme romantique, très grand, très beau, très doux. Par ses traits réguliers et ses yeux pleins d’étoiles, il rappelle le chanteur Mika. Sa voix est suave, il a des gestes amples, élégants. De la grâce, du raffinement. Il se déplace avec lenteur et distinction : c’est un dandy égaré au vingt et unième siècle. C’est un séducteur bien sûr. Les filles pour lui c’est du gâteau : il les enrobe comme du sucre, il les englue comme du miel. Et il tétanise les grand-mères :

-         Oh, quel beau jeune homme, quel dommage, je n’ai plus vingt ans et pas même une petite-fille à lui présenter !

 

Christian a vingt neuf ans. Il soigne son apparence, porte des chemisiers blancs entrouverts sur une chaîne en or et une poitrine glabre, étroite. Arbore un crucifix à l’oreille gauche : je suis un  mystique, dit-il. Il entoure quatre doigts de chaque main de bagues en argent, ça donne du poids à sa langueur. S’accroche un bracelet en cuir au poignet droit,  ajoute une touche virile à sa préciosité. Christian plaît, je l’ai dit. Mais il ne sait pas ce qui lui plaît à lui.  Il rêve de peinture et de bandes dessinées, s’est lancé dans la « final fantaisy » et s’échappe, s’échappe. Ca lui permet d’occulter qu’il vit de petits boulots. Ca lui permet d’oublier Aline qui s’est casée ailleurs parce qu’elle ne supportait plus ses fuites, ses hésitations, ses regards vides et larmoyants. Aline qui ne sait pas ce qu’est un artiste, ne voit pas le mur d’incompréhension dressé devant lui. Qui n’imagine  pas que  douleur rime avec  création. Aline est  droite, sage, raisonnable. Elle n’a pas ce grain de folie, ne laisse aucune place à l’imprévu. Avec elle tout est simple. Or c’est si compliqué la vie !

 

Christian a rencontré Sylvie. Elle a vingt quatre ans, est très belle et aussi folle que lui. Sylvie est merveilleuse, elle fait des études de philosophie, elle aime discuter, elle sait tant de choses. Avec elle, la vie a une vraie saveur, elle peut expliquer, recadrer, décortiquer les événements. Dans les soirées, avec elle, Christian ne s’ennuie jamais, elle brille par sa beauté, son intelligence. Alors on l’envie, lui, on le jalouse. Ca ne dure pas. On pardonne. A tous les deux.  Car Sylvie accompagne les délires de Christian, assiste à ses créations, elle a  servi de modèle pour l’un de ses tableaux. Ca représente une femme bleue et nue alanguie sur une mer rouge surmontée d’un soleil vert. C’est délicat, c’est futuriste, c’est coloré.

 

Christian n’aime pas Paris. Il a besoin de calme et de feuillages, et d’eau.  Il a besoin de contempler. Il vit à Auvers, chez ses parents dans une grande maison non loin de l’Oise où ses yeux plongent dans la noirceur du monde. Où son inspiration trouve sa source. Il est si conscient de ses tourments que ses petits boulots s’en ressentent, il est souvent en retard. Une heure, deux heures parfois. Il a tant œuvré sur la toile qu’il a oublié l’heure, s’est couché à trois heures du matin. Et il avait si mal au crâne… Ce sont les explications qu’il donne à ses employeurs. Ou alors il raconte que s’il prend le train d’avant, il arrive une demi heure trop tôt, donc il préfère arriver avec une heure de retard en prenant le train d’après. Ca se tient comme raisonnement. C’est limpide comme le regard de Christian. Ce regard qui se voile parfois quand il songe à acheter un appartement, à gagner de l’argent. A entrer dans la vie quoi, essayer au moins. Construire un jour, quelque chose ailleurs.

Christian prépare une exposition à la mairie d’Auvers. Il a prévu de valoriser son stand, sait quels tableaux il exposera. Avec son frère il a dessiné des marque-pages dans le style « final fantaisy », qu’il vendra un euro ou deux aux enfants. Ils se vendront bien. C’est un début. Christian a crée un blog. Comme ça tout le monde appréciera son travail. C’est vrai qu’il est doué, mais il est si lent, indéterminé. Volonté, endurance n’entrent pas dans son caractère. Il aurait dû naître dans les îles. Avec tous les clichés que ça suppose, on aurait mieux supporté.

 

Christian a rencontré Laurie. Elle a quarante cinq ans et le charme des femmes mûres. Elle a une situation, de l’argent, un mari depuis vingt ans et des enfants déjà grands. Elle pourrait l’aider. Alors il sort le grand jeu. Les doigts qui frôlent, les yeux qui tuent et tout le bazar. Il dit qu’il a une copine, Sylvie. Qu’elle est très belle, qu’elle est en vacances, qu’il espère qu’elle ne va pas voir ailleurs. Mais que lui ça ne l’empêche pas de s’intéresser aux autres femmes. Quand  il dit ça, il enfonce les pupilles dans l’iris de Laurie comme pour transférer de l’amour. Et du sucre. Mais sur Laurie ça glisse, le sucre. Il y a du vernis dans ses yeux, elle a connu les larmes et la trahison. Les manigances d’un petit branleur elle s’en fiche. Et Christian n’insiste pas. Il a juste un rictus, une parole sèche du style, vous ne savez pas ce que vous perdez. Il est adossé à une commode, Laurie ne voit pas que sa main derrière lui agrippe le bois. Qu’il perd l’équilibre. Qu’il se demande où est sa place dans la société.

 

Depuis peu, Christian rêve la nuit. Aline… 

 

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commentaires

José-Carlos 27/10/2008 21:36

Et l'on rests sur sa faim...

mansfield 28/10/2008 14:52


Bonjour,
Bien sûr, c'est toujours le cas quand on cotoie des indolents comme Christian.
A bientôt.


chris spé 26/10/2008 20:33

il pourra même faire des dessins sur le sable, des portraits ou d'autres trucs... chris.

mansfield 28/10/2008 14:54


Il pourrait faire tellement de choses s'il s'en donnait la peine. Je crois en fait que c'est un gros fainéant!
A bientôt


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