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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 14:04










Consigne 55 Début et fin

 

 

 

Début :
Au téléphone, elle a une voix très douce, presque transparente

Fin :
Je pioche mes lettres et fais signe à mon frère de jouer ; il pioche 7 lettres : REVENIR

 

 

Au téléphone, elle a une voix très douce, presque transparente. Comme si elle pouvait se dématérialiser, glisser dans le fil jusque vers le combiné, et sortir  contre ma joue. Pour m’exposer les avantages de l’abonnement internet couplé à mon abonnement téléphonique. Comme si je ne savais pas qu’au fond, elle s’en fiche, que de là où elle m’appelle, Casa ou Tunis, elle voit la mer par la fenêtre. Qu’un soleil tiède et lumineux éclaire son visage, qu’un sourire détend ses traits, enrobe sa voix.

J’imagine ma correspondante, ce léger accent qui la trahit, la pièce réservée aux filles comme elle. Elles séduisent par téléphone, et vendent des tarifs de communication. Mon interlocutrice est brune, fine, porte de longs cheveux cuivrés qu’elle balance légèrement de droite et de gauche. Elle doit jouer avec un crayon ou dessiner des bateaux sur un buvard tout en récitant des «  je vous rappelle donc notre offre monsieur » et encore « cela vous permettra des communications en illimité en France métropolitaine », des « donc pour finir, je vous confirme votre rendez-vous avec notre technicien ».

Je l’écoute et me prends à rêver d’une rencontre fortuite dans un bar. Elle arrive en tailleur pantalon noir, très chic, porte un chemisier blanc. Une ceinture au fermoir carré enserre la taille qu’elle a fine et marquée. Elle se hisse sur un tabouret à mes côtés, ses escarpins cliquètent contre les tubes métalliques de son siège. Elle porte une coupe à ses lèvres.

Son souffle léger me chatouille l’oreille. Je ferme les yeux avec volupté. Je crois sentir la chaleur de sa peau sous mes doigts. Je pourrais l’étreindre à la broyer. « Que puis-je encore pour votre service, susurre-t-elle ». Si elle savait.

Alors je parle, je dis n’importe quoi,  « quel sera le gain financier ? Pourquoi me contactez-vous aujourd’hui ? Est-ce le seul avantage que ça apporte ? ». Je ne veux plus qu’elle raccroche, qu’elle me renvoie à mon désert sans chameau ni oasis. Mais elle se tait, c’est une professionnelle, elle fait bien son travail. Elle attend mon « oui, d’accord, vous pouvez modifier mon contrat ». Le silence rampe le long du fil comme un serpent et cherche à me mordre. Alors j’acquiesce, je suis déjà vaincu de toutes façons, je suis lâche. Son rire  de cristal est ma récompense. Il est mon ivresse, ma chance. Et je raccroche.

A présent, je peux tenter mon va tout. D’habitude je ne suis pas très doué pour assembler des lettres sur une table. Ce  coup de fil reçu au cours de  mon après midi de RTT, vient  de doper ma concentration.  Je ne passerai pas mon tour, je suis en veine aujourd’hui. On ne me battra pas. Je l’ai eue mon évasion, mon escapade, j’ai assouvi mon besoin d’ailleurs, de lointain. Je pioche mes lettres et fais signe à mon frère de jouer ; il pioche sept lettres : revenir.

 

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commentaires

Nicole 19/12/2008 16:39

Comme toujours, je me suis amusée ! C'est bien écrit. Le rêve au téléphone, il aurait peut être été déçu en voyant son interlocutrice en réalité !
Merci pour ce bon moment, j'en avais besoin.
A bientôt

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