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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 22:17

AEL 05 - Début & fin (Kildar)

Vos textes devront commencer et finir par les phrases suivantes :

Début : La pièce avait un haut plafond victorien, et il y avait une cheminée de marbre, et un avocatier qui poussait sur la fenêtre, et elle était couchée près de moi et dormait, très belle et blondement.


Fin : Elle était étendue là, profondément endormie ; ses errances étaient terminées et les miennes ne faisaient que commencer.


 

 

 La pièce avait un haut plafond victorien, et il y avait une cheminée de marbre, et un avocatier qui poussait sur la fenêtre, et elle était couchée près de moi et dormait, très belle et blondement.

Ca voulait dire quoi blondement ? Je ne savais pas trop au juste. Elle était belle, elle était blonde, du moins je le supposais, et elle dormait. Elle était nue, sa tête reposait sur son bras replié dans le creux de l’oreiller. Je distinguais l’arrête de son nez et une paupière transparente. Le coin de sa bouche et des lèvres fines. Le creux ombragé de la colonne vertébrale, une épaule ronde attrapant le soleil, ce contraste créait le mouvement. Je croyais voir le marbre se soulever en une respiration lente et régulière. Je ne pouvais détacher le regard de ses fesses arrondies et du galbe de ses cuisses. Mes mains avançaient malgré moi, un besoin d’en épouser les courbes. Je dus prendre sur moi, cesser d’inventer des veines sur une peau satinée, presque bleutée. Et pourquoi risquer la désillusion, le contact de la pierre froide, alors que je rêvais d’un corps tiède, abandonné, offert. Amolli par la chaleur du feu de cheminée. 
Ses pieds étaient pris dans le drap du lit, dans un désordre révélateur. J’étais au supplice, elle évoquait tant de souvenirs, de bonheurs, de souffrances. Elle semblait peser de tout son poids sur le matelas couleur d’ivoire. Mes yeux allaient de cette Vénus à la fenêtre où s’étiolait l’avocatier, comme endormi  auprès de sa belle. J’ai pensé m’étendre, moi aussi, me coller au marbre, le réchauffer. La réveiller, la relever, la caler dans le creux de mes bras, lui insuffler de la vie, rechercher des caresses, arracher des promesses.

Et puis j’ai regardé en l’air, un geste de découragement. J’ai cessé de me raconter un décor victorien, c’était le plafond blanc et froid du musée du Louvre. J’étais en admiration devant l’Hermaphrodite de Borghèse. Plus tard, je sortirais dans la froideur d’un après-midi de janvier. Je retrouverais ma vie banale et ordinaire. Elle était étendue là, profondément endormie ; ses errances étaient terminées et les miennes ne faisaient que commencer.


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commentaires

Catheau 02/04/2011 22:21


J'aime cette rêverie sur l'être parfait, nu grec alangui sur une couche sculptée par Le Bernin. Une vraie réussite.


mansfield 03/04/2011 14:25



Oh oui, le nu, le beau, la pierre, c'est magnifique



Nicole 03/02/2009 11:01

Le récit et la statue sont magnifiques !
Tu as su donner vie à ce corps de marbre, beaucoup de sensualité et de volupté. Bravo !
Je vais lire la suite des textes.
Nicole

mansfield 04/02/2009 07:48


Il est vrai que j'ai craqué sur cette magnifique sculpture


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