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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:00

 

 Devant le 4 rue Chauveau Lagarde, je n’éprouve pas grand-chose, je n’ai pas la sensation de mettre mes pas dans ceux de ma mère. Est-ce dû au luxe trop présent, aux façades rose bonbon de Fauchon, aux rideaux rouges de chez Hédiard, au  site prestigieux de l’église de la Madeleine. Ces hommes en costume, ces femmes en tailleur, le ballet circulaire des voitures et les grands magasins à deux pas, me donnent le tournis. Alors  ma ferveur retombe devant l’entrée du 4.

 

 

 

images--31-.jpg

 

La porte repeinte en vert foncé est ouvragée et représente des paons qui se font face. Le couloir menant à la cour est couvert de décorations en plâtre.

La cour carrée est pavée, proprette. On a accroché des géraniums aux fenêtres. Tout là-haut, ce sont les chambres de bonne, ma mère occupait l’une d’elles. Je ne m’attarde pas, la gardienne armée d’un balai me demande si je cherche quelqu’un. Je réponds que j’effectue un pèlerinage,  que ma mère a habité là entre 56 et 58. Elle hausse les épaules, sourit et me laisse à ma rêverie.

Avant de sortir, je jette un coup d’œil à l’escalier que maman grimpait chaque jour jusqu’au sixième, essoufflée. Dans la rue, j’aperçois un panneau : Maison Henriette fondée en 1848. Ca me perturbe de voir ce que les yeux de ma mère ont vu, exactement.

 

Je m’installe dans un café, cent mètres plus loin. Le garçon dédaigneux qui me sert, se demande ce que je peux faire attablée et lisant de vieilles lettres. J’écoute la conversation de deux hommes portant Rolex et écharpe en cachemire. Ce sont des directeurs d’hôtel évoquant les exigences de leur clientèle. Des nantis qui réclament des chambres face à l’église. Je suis au chaud, un peu ankylosée  et ces gens sont futiles. Il est doux et facile de plonger dans tes lettres comme s’il me fallait ce décalage, ce décrochage entre hier et aujourd’hui, entre mon monde et celui-là pour m’extraire de ma peau  et entrer dans la tienne : tu avais trente- cinq ans en 1957.  Dans mes yeux, il y a ce brouillard humide. Et je détiens un trésor entre les mains, le témoignage d’une époque, les bases de ta relation avec mon père, la naissance de votre amour. J’en ai pour un moment, je crois.

 

 t-MadeleineJPG1.jpg

 

 

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commentaires

M
l'avenue de la grande armée ne doit pas être loin .. mais les dates .. non, ma mère était déjà passée par l'église de la Madeleine ( hé attention, une chapelle ! même qu'il y avait un autre
mariage, grand celui-là et que les photographes ont failli faire des photos de mes parents à la sortie avant de se raviser rapidement hi hi )mais bon c'était en 52 ;-)
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M


Comme quoi comme disait Andy Warhol, chacun de nous a droit à son moment de célébrité!



O
Bonjour Mansfield,
Se plonger des années plus tard dans la lecture des lettres de ta maman, ce décalage entre cette rue toute pimpante de modernité et celle que ta maman a connue, oui cela doit être perturbant, une
impression de ne plus rien connaître...
Belle évocation...
Belle journée
Olga
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M


Merci Olga, c'est tout à fait ça, et en même les lieux ont quelque chose  d'immuable...



J
Un récit bien émouvant qui embrouille notre regard. Elle est là, bien vivante, au fond de ton coeur ! Douce journée à toi. Joëlle
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M


Merci Joëlle d'avoir vu que maman était là, vivante pour moi.



L
bonsoir !
une belle plume pour extérioriser ces sentiments- ces souvenirs- bravo !
bonne continuation !!
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M


Merci à toi pour ton passage sur mon blog.



M
Récit très beau et émouvant à la fois .
Bel après-midi.
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M


Merci mimiche, profite bien du soleil



A
merci pour la visite....je sens que je vais revenir....;)
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M


Merci Annie, à bientôt.



C
Un p'tit coucou du matin gros bisous
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M


A bientôt Gegouska



R
Plongeon au coeur des origines...
Rose
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M


C'est vrai, ça fait souvent du bien.



R
C'est du réel Mansfield????'' Alors ce doit être émouvant si oui..Bisess
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M


Tout à fait vrai, la nostalgie en plus!



L
Et oui dans les beaux quartiers il n'y a pas que des appartements de luxe - il y a aussi les chambres de bonnes avec des gens qui y vivent et qui ne roulent pas sur l'or
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M


C'est vrai, et je pense que ça n'est pas tous les jours facile à vivre.



J
Bonjour mansfield ! Un pélerinage que les autres ne savent pas, chacun son histoire de famille, ses lettres et son brouillard dans les yeux en remontant un cetain passé... Je te laisse... avec ces
beaux souvenirs... jill
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M
Très émouvant. Je passais tous les jours devant la maison Henriette en allant à notre cantine situé rue d'Anjou et je me suis toujours demandé ce qu'il y avant dans cette maison. Aujourd'hui, c'est un garage.
M


Merci à toi qui a aussi de lettres du passé dans le coeur. Bisou;



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  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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