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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 10:00

 

Piscine-Oberkampf--24-.JPG

Piscine Oberkampf à Paris, image prise sur le net

 

C’est l’été et à Paris, on va à la piscine. Il faudrait pédaler un peu vite, un peu loin pour trouver la mer. Les enfants  se contentent d’éclaboussures, je patauge, tu plonges, tu me prêtes ta planche, je te passe mes lunettes. On nage sous les gens, on leur rentre dedans. On fatigue, on a envie de faire pipi, on a faim, on rentre fourbu.

Pour nous, c’est plus monotone. Longueurs sculptant le corps, notre corps svelte et musclé. Mais si, mais si... Pauses, et force moulinets de jambe, avec les coudes sur les rebords. Séances bronzette et lecture si la piscine, découverte, possède un coin de gazon. Ou alors observation zélée d’autres nageurs en apparence,  décrochage de cerveau en réalité. Parfois, dans ces périodes d’absence, je pense à Aurélien, celui d’Aragon. Le type qui nage dans la piscine Oberkampf à Paris, XIème. Aurélien le bourgeois, se frotte au peuple. S’ébroue joyeusement. Se remémore Bérénice son amour impossible. Ronde  éternelle de l’eau, de l’amour et de la mort. Dans le livre, l’eau est le véritable symbole, le décor reste anecdotique.  Il est le héros de mon article.

 Je connais  bien cette petite piscine en forme de L. Mes enfants y ont appris à nager. Je me dis chaque fois, qu’elle n’a pratiquement pas changé depuis 1922, date à laquelle se déroule la première partie de l’histoire d’Aurélien.

« Si petit que fût l’espace, Aurélien préférait encore celles-ci (les piscines de l’est parisien) aux cuvettes pour gens chics qui lui étaient toujours suspectes pour la propreté… L’étroit balcon entouré de cabines de bois peint rouille ruisselait d’hommes qui s’ils venaient ici le faisaient par goût de la nage et du bain…C’était un boyau d’eau verte, assez propre, bien éclairé, faisant sur le côté un coude avec une branche latérale pour le petit bain, où allaient les enfants et les gens qui ne savent pas nager. L’eau était légèrement chauffée et cela faisait un peu de buée en l’air ».

Bien sûr,  elle a été refaite  au goût du jour, peinture fraîche et céramique clinquante. Il ne lui manque que les ferronneries pour paraître  aussi racée que la Piscine Musée de Roubaix.  Les cabines en hauteur, surplombant le bassin, ont gardé ce petit air vieillot. On parle de style paquebot avec des coursives pour arriver aux cabines. Des hommes comme ceux qui  étrennaient leur « maillot rayé emprunté à la caisse, leur cache sexe ou leur petit caleçon blanc » et « éclaboussaient l’air » s’y rendent aujourd’hui. Des femmes aussi, qui ne se baignaient pas avec les hommes à l’époque, semble-t-il.

 

piscine.jpg

La piscine. Musée de Roubaix.

 

Il existe peu d’endroits, de sites à l’intérieur desquels,  l’activité demeure inchangée par le temps et l’histoire. Nombreux sont les musées, les administrations, les ministères, les châteaux qui nous tiennent à distance. Un recul souvent matérialisée par un cordon qui sépare, qui éloigne. On peut imaginer les personnages, les gens célèbres, on ne se promène pas au milieu d’eux.  C’est  une petite frustration, une injustice.

Quand je me rends à la piscine Oberkampf, c’est comme si j’avais obtenu l’autorisation de m’asseoir dans un fauteuil à Versailles et d’y laisser mes empreintes. Je nage avec Riquet, l’ouvrier, et son « copain » Aurélien, le bourgeois. Il n’y a là aucune idée coquine, mesdames… je vous entends !

Je termine avec les mots d’Aragon qui évoque l’effondrement des barrières  sociales : « Il (Aurélien) avait éprouvé …ce plaisir, ce contentement qu’il retrouvait à cette heure : d’être, sans que personne ne s’en aperçût, introduit là où il n’avait pas le droit de se trouver, de ne pas se distinguer de ces gens d’habitude lointains, mystérieux, interdits… Il sentait ce qu’à rebours on imagine qu’un homme du peuple pourrait ressentir, brusquement transporté dans une société choisie, élégante, riche, éblouissante… »

La piscine m’envoûte, parce qu’elle résiste au temps. Je ne m’étais pas rendue compte que l’eau et la nudité gommant toutes les barrières, l’illusion de la rencontre entre deux époques s’en trouve renforcée.

 

 

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commentaires

S
Chère Mansfield,
Je retourne progressivement sur les blogs et j'apprécie vivement ton article qui fait le lien entre deux périodes sur un site qui reste présent. Tu donnes envie de lire le romancier Aragon. A
bientôt. Suzâme
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É
Je n'aime pas trop les piscines municipales, mais celle-là sort de l'ordinaire. Bisous
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M


Je n'aime pas beaucoup moi non plus, mais j'adore nager et me défouler, à Paris peu de choix hélas... Bise à toi.



A
Merci pour cette analyse bien illustrée et cet article, qui pourrait s'étendre, pourquoi pas, à d'autres lieux publics... mais la piscine et Aurélien, c'est une idée originale et sympa. J'aime bien
ce présent de narration dont vous partez pour arriver à cette évocation.
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M


J'approuve votre idée de lieux, d'auteurs et de points de vue personnels. J'y repenserai, merci à vous. A bientôt.



C
Bonjour merci de ta fidélité à mon blog gros bisous
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M


A bientôt Gégouska pour un beau poème!



C
Bonsoir Mansfield,
Un très bel écrit qui me plonge dans un monde de réminiscences et qui me fait voyager dans cette piscine, à la croisée d'autrefois et d'aujourd'hui. L'eau fait frissonner l'âme des lieux.
Merci et gros bisous. Je te souhaite une excellente soirée.
Cendrine
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M


Merci Cendrine, à bientôt chez toi.



C
Quel bel article ! On n'imagine jamais pouvoir "vraiment" entrer dans les lieux que décrivent les romanciers.
Merci, Mansfield.
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M


C'est exact, et vivre cela pour une fois, c'est magique. Merci Carole!



C
"La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut enfin..." J'adore cet incipit que me rappelle votre billet d'un siècle à l'autre.
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M


Et j'aime beaucoup la conclusion d'Aurélien qui, il me semble, constate qu'il s'était trompé d'histoire d'amour. Cette femme n'était pas son genre. La trame de nombreux romans, tout comme le
complexe d'Ophélie qui apparait en filigramme dans ce chapitre. Merci Catheau de votre passage.



F
Très beau texte qui donne envie de se jeter à l'eau....(Un regret: je suis allé 2 fois à Roubaix et je n'ai pas eu la chance de visiter la piscine-musée). Bonne fin de journée
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M


Ce n'est que partie remise, je suppose, car la curiosité et le goût des découvertes se lisent sur ton blog. A bientôt Fethi.



E
un billet original et très intéressant ! celle de Roubaix, en effet est une superbe réussite (sur laquelle on n'aurait pas parié a priori)
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M


merci Emma, comme toi j'ai trouvé ce musée très réussi et le lieu bien réutilisé.



J
longtemps que je n'étais pas passé , le cheval de mer bridé m'a bien plu , la fille qui guette le bateau et la dame de Nohant qui va venir cueillir ses fleurs ou pourquoi pas une longueur de
piscine bien tentant
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M


Merci à toi, d'avoir navigué sur mes pages. A bientôt chez toi.



M
Bel article.
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M


Merci Malika, à bientôt sur tes pages



C
Un coucou du matin gros bisous
Répondre
P
Au bonheur de l'eau, de l'histoire et de la littérature ... quel bel écrit Mansfield !
des envies de re-lecture d'Aragon ...
Bisous, Plume .
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M


Merci Plume, Ce roman-là, énorme il faut le dire, est très agréable à lire et m'avait particulièrement marquée pour ces descriptions de lieux, notamment l'est parisien que je connais bien.
 Bise à toi.



A
Une pisicine qui t'a beaucoup inspiré.
Nous avons la chance d'avoir des athlétes doué en natation
qui nous rappelle que le sport est bon à la santé...

C'est un endroit d'échanges, de rencontres et de joies.

Amicalement Votre
Vincenzo
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M


Eh! d'accord avec toi, un gros bravo pour nos athlètes, cela compense des défaites en escrime. Mais le sport quel qu'il soit est signe d'unité et d'entente, alors gardons ce terrain là, il est
précieux. A bientôt!



R
très beau texte et très belles photos - une magnifique plongée dans l'eau fraiche et les souvenirs anciens qui rejoignent finalement aussi le présent.
Bisous
régine
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M
C'est étonnant de voir des statues a la piscine !!! Bisous bonne semaine Mansfield
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M


C'était ce qu'on appelle aménager des lieux pour les habiter et leur donner un côté pittoresque. Je trouve que la piscine de Roubaix devenue musée a trouvé un beau contre emploi! Merci de ton
passage sur mon blog



F
Ces piscines sont de vrais monuments historiques ;je n'en fréquente pas souvent car il n'y en a pas près de chez moi, mais j'aime assez .
Les temps ont changé depuis Aurélien;on ne se pose plus de questions!!
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M


Tout à fait, tout le monde patauge et profite de la magie des lieux quand elle existe! Merci de ton passage



M
je trouve du charme aux piscines anciennes
celle que tu nous montre est superbe
je n en ai jamais vues de telles )

je ne fréquente plus les piscines
tant pis si l' eau est froide en mer j' ai appris à nager en riviére
et aprés à la piscine pour apprendre à plonger
mais c 'était une piscine à l air libre dans une petite ville
maintenant j' ai de la chance d'etre proche de la mer

bonne soirée pour toi MANSFIELD
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L
Ce sont souvent des lieux clos les piscines, d'où cette impression d'être hors du monde
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M


C'est vrai, et comme il  m'en faut peu pour décoller... Bise à toi.



M
Impressionnante cette piscine en forme de paquebot, j'ai bien apprécié cet article et merci pour les infos.
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M


Ce sont les anciennes piscines avec cabines en hauteur, ça ne se fait plus aujourd'hui mais comme tu le dis, ça impressionne, parce qu'une partie du public vous observe de haut! Bise à toi.



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