Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 08:00

 

 faucheuse.jpg

 

 

Le défi 110 est proposé par Cétotomatix chez les croqueurs de mots

J’enfilai mes bottes machinalement et me retrouvai sur le palier, avec les clés de la maison dans la main. Elle m’attendait dans sa voiture avec chauffeur, je détaillai sa longue silhouette brune, sa main gantée. Elle avait sur le  front un épais  bandeau de cheveux. Abaissant la vitre, elle  cria « montez ! », sèchement. J’obéis, conquis par ses beaux yeux en amande. Je ne savais pas résister à ce ton sévère, je n’étais pas intuitif.

Nous traversâmes la ville comme on entre dans un couloir éclairé par des lucioles, nous parcourûmes des bois, des champs dans le brouillard. C’était comme franchir des miroirs, plonger dans des lacs, se noyer. C’était bondir sans se retourner, vers une destination qui m’était inconnue. Assis à l’arrière, je ne distinguais pas le trajet indiqué par le GPS, et quelqu’un déclamait  sans arrêt des poèmes à la radio. J’étudiai le profil de ma voisine, son nez mutin, sa  haute queue de cheval, ses jambes fuselées. Elle vapotait, la buée sentait le chocolat.  Et autre chose encore, bien autre chose…

Je me réveillai contre une dune au bord de la mer. Le cri des mouettes, le bruit des vagues... Et le sable dans mes yeux. J’étais seul et sale, j’avais faim. J’avais été drogué, ma tête pesait des tonnes. J’atteignis la route, la voiture attendait. Une porte s’ouvrit à l’arrière et… J’hésitais avant de grimper, je regardais la fille. Je crus voir ses lèvres briller ; sa gorge frémir. Je me frottais les yeux, ma vue se troublait.

Je me réveillai dans une salle, à l’hôpital, on s’acharnait sur moi. « Je le perds, il revient », ces mots  me tournaient autour, j’étais relié à des liquides et à des machines par des fils. Mon lit roula jusqu’à une chambre où mes bottes attendaient sous un fauteuil. Un infirmier crut bon de plaisanter : « La faucheuse n’a pas voulu de vous, vous revenez de loin, avec ces bottes, vous l’avez semée ! »

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
Une mort très séductrice à laquelle on échappe grâce aux bottes de sept lieues.
Répondre
M


une mort de cinéma, bien sûr...



E
J'aime beaucoup ce mystère, cette énigme. Faut-il se méfier des vapoteurs? (Mon compagnon vapote...);)
Répondre
M


Comme mon mari  alors, méfiance!



J
le début me fait penser au roman La formule de Dieu. Mais point d'espionnage ici, du mystère et du polar ou du cauchemar ...
Ouf il s'en souviendra
Répondre
M


Et je me suis inspirée d'Orphée de Jean Cocteau, comme quoi...



C
Bravo....et superbement raconté. Chloé
Répondre
M


Merci encore, bises.



M
Bonjour Mansfield, j'adore ce texte, un joli suspense !! bisous et bon vendredi
Répondre
M


Merci Mireille bonne semaine à toi.



J
un jeudi bien humide , mais ici il fait bon bise
Répondre
M
J'adore cette histoire à rebondissement, bravo elle est fort bien tournée Mansfield
Merci pour le joli commentaire chez moi, et surtout qui sort de l'ordinaire !
Bises
Répondre
M


Merci Marine, c'est que lorsque la photo ou le tableau  accroche le regard, il faut le dire, c'est tellement beau, ça fait du bien!



J
oh làlà , ça sent le vécu !!!
Répondre
M


Hum, certainement!



W
J'ai manqué beaucoup de textes, mais je vais revenir régulièrement pour prendre le temps de les savourer.
Répondre
M


Merci, à très bientôt!



C
Bonsoir, c'est sous la pluie que je viens te souhaiter une bonne soirée et pour t'indiquer que je vais bientôt fermer mon blog OVER. Mais tu peux suivre la suite de mes aventures poétique sur mon
blogspot tu clic sur le lien sur mon nom en fin de com merci et à bientôt
Répondre
M


J'ai vu ton lien, il va falloir que je m'inscrive sur ton nouveau blog! Bonne semaine à toi



J
comme c'est joliment dit , bravo !!
Répondre
M


Merci à toi, à bientôt.



C
Orphée ? (de Cocteau)
Répondre
M


Bien sûr, voyons, je savais que tu le remarquerais tout de suite! Bonne semaine à toi.



P
Bonsoir Mansfield,
Une bien étrange histoire que chacun peut interpréter à sa façon. La fille, les dunes, la réa, les bottes, tout est lié mais votre esprit tortueux nous laisse le choix d'extrapoler.
C'est ambigu mais très plaisant.
Bonne soirée
Répondre
M


Merci Pascal, mais Orphée de Cocteau m'a beaucoup inspirée!



J
Etaient-ce des bottes de sept lieues ? En tous cas, il vaut mieux se fier à ses impressions intérieures avant d'obéir à n'importe qui ! Amitiés. Joëlle
Répondre
M


Oh oui, intuition, je ne dis que ça!



F
et bien quelle histoire pour des bottes une opération qui aurait pu mal tourner mais quand l'heure n'a pas sonné on revient de loin
Répondre
M


N'est-ce pas, tu as la morale de l'histoire!



E
c'était les bottes des 7 lieues... un beau texte dont je ne prévoyais pas la fin :-)
Répondre
H
Bonjour Mansfield,

Une histoire de botte hallucinantes qui heureusement se termine bien, mais quelle frayeur. Bises bien amicales.

Henri.
Répondre
M


merci Henri, à bientôt.



L
Bonjour Mansfield, un superbe texte d'horreur qui pour notre propre confort de lecteur se termine bien. Et reste une ambiguïté : les bottes de ton héros l'ont-elles vraiment sauvé, ou ... c'est par
elles que le malheur est arrivé (s'il ne les avait pas mises, tout aurait tourné autrement, peut-être)? J'aime ce doute, mais probablement que l'infirmier ne fait pas de l'humour noir involontaire,
il explique ce qui s'est passé ! Merci beaucoup !
Répondre
N
Une belle ogresse...
Répondre
F
Un coma stressant ...Et le retour à la vie : voir ses bottes en premier est peut-être rassurant !
Un beau texte
Répondre

Présentation

  • : Le blog de mansfield
  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
  • Contact

Rechercher

Liens