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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 08:00

 

La première fois que je l’avais rencontré il m’était apparu comme un grand chef de tribu vêtu à l’européenne. Des tamtams résonnaient dans ma tête et des chants guerriers, un panache de fumée m’embrumait l’esprit. Il était debout devant le fauteuil directorial comme devant un trône, face à la foule. Je me représentais son  couvre chef, un képi imposant, et des galons dorés  à sa veste rouge. Il ne manquait que la haie des gardes, l’alignement des sagaies, le sol rouge et poussiéreux. En guise de porte étendards, les délégués du personnel, à l’étroit dans leurs costumes, se tenaient face à direction. Ils remerciaient le patron venu fêter le nouvel an avec eux : « Monsieur le directeur, c’est un plaisir de vous avoir parmi nous.

images--28-.jpg

- Mon épouse me demande tout le temps de vos nouvelles…

- Vous voyez, je me sens si bien dans l’entreprise que j’y ai fait rentrer mon fils… »

Il regardait devant lui, fixant la porte de la salle de réunion sans ciller. Il toisait chaque arrivant, risquait un sourire, un regard oblique ou admirait le plafond.

 

A sa gauche, se tenait le conseil des sages, les ingénieurs, juristes, commerciaux. Et peut-être des  mages aux paroles sibyllines, des astrologues et leurs prophéties inquiétantes, je ne connaissais pas encore tout le personnel.

Je me trouvais au milieu des sages, et je sentais le regard du chef posé sur moi, curieusement glacial et complice. Il avait refusé de répondre à mon salut à l’entrée. Nous n’avions pas échangé de poignée de main. Il me pistait à la manière d’un  tigre gonflant le poil, sortant ses griffes et dressant l’oreille pour effrayer un jeune mâle fougueux. La salle était surchauffée, j’avais les mains moites et mon col de chemise me démangeait.  Je me sentais malade tel un occidental au milieu des peuplades indigènes, incommodé par le climat, atteint de paludisme ou ayant abusé du vin de palme.

 

images--27-.jpgLa popularité du chef était immense, intacte.

Il avait une cinquantaine d’années, un visage fin, encore ferme, des lèvres petites mais pleines. Son nez était légèrement retroussé, piqué de taches de rousseur. Ses yeux verts, très rapprochés, avaient la transparence de la gelée. Lorsqu’il braquait sur vous ses longs cils et fronçait ses sourcils broussailleux, il vous crucifiait sur place. Il était grand, mince, d’allure sportive, large d’épaule, parlait peu et ne se déplaçait pas. Nous devions venir à lui comme des enfants auxquels il tapotait la tête avec indulgence. Son regard mobile, expressif, perforant, fouillait nos cerveaux comme pour dire : QUI M’AIME ME SUIVE ! J’avais le sentiment d’être un singe  vivant, décalotté, à qui l’on mangeait l’intelligence à même le crâne, comme cela se pratique dans certains pays, paraît-il.

 

 images--26-.jpg

 

 

 

Ceci répondait aux consignes de LENAIG:

A partir du mot "couvre-chef," écrire ce que l'on veut. Une seule condition inclure: QUI M'AIME ME SUIVE! dans le texte.

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commentaires

L
Bonjour Mansfield, je suis déjà venue te lire, pardon de ne déposer mon commentaire que maintenant. Tes juxtapositions, tes surimpressions sont superbes, c'est pour moi un excellent texte et tu as
parfaitement raison d'évoquer les deux mondes, l'ancien, tribal, et la nouvelle jungle ultralibérale. Chapeau bas, le chef sous le couvre-chef, tu fais le tour de la question avec brio. Bien
amicalement.
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M


Merci Lenaïg Boudig, je suis heureuse que mon texte t'ai plu et j'apprécie le soin que tu mets à faire un commentaire bien explicite. Bon dimanche à toi.



J
mince j'allais manquer ce texte ! très réaliste ...
Mais j'en goûte encore plus l'intérêt avec les premières pages d'un livre que je viens d'entamer
La revanche du rameur du Dr Dominique Dupagne, qui sait de quoi il cause en matière de harcèlement au travail
sous-titre du bouquin "Comment survivre aux médecins, aux hiérarchies et à notre société
bises et belle fin de soirée
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M


Tous ces petits chefs qui se croient des empereurs font froid dand le dos...



M
C'est effrayant.. il y en a encore beaucoup comme cela qui "... crucifie sur place" ?
Comment peut-on donner le meilleur de soi dans une entreprise qui a un chef est si imbu de lui même.
Il faut du courage de rester... ou de partir !!
Bon après midi et bizzzoux de Jeanne
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M


Cela existe et je crois malheureusement que ça n'est pas sur le point de disparaître par ces temps de crise...



V
Une description de Chef....
On te suit ::))))
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M


Merci à toi qui me suit pas auprès du chef en tout cas!



C
Bientôt une plainte pour harcèlement moral ? La chute est des plus réussies !
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M


Tout à fait, c'est très à la mode aujourd'hui...



N
bonjour Mansfield, c'est le chef dans toute sa grandeur !! on se sent petite souris avec ton texte.. j'en ai es mains moites (hihi) merci pour ce haut de forme gradé !
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M


Merci d'avoir su te mettre dans l'ambiance de la boîte, pas facile hein...



C
Bonjour chère amie gros bisous à bientôt
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M


A  bientôt Gégouska.



A
Défi superbement relevé !
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M


Merci à toi, à bientôt.



J
Très beau texte ... Chapeau !
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M


Merci à toi, à bientôt.



M
Bien vu. Bonne semaine.
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M


Merc à toi, à bientôt



H
On se fait parfois de drôles de paradoxes.
Un texte plein d'émotion qui nous traverse, on s'en sent imprégné.

Défi bien relevé.

Bisous
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M


Merci, je suis touchée que mon texte ait suscité de l'émotion chez toi.



L
Bonjour Mansfield,
Une belle histoire bien contée et bien écrite, défi bien relevé. Bien amicalement.
Henri.
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M


Merci Henri, à bientôt.



D
Bonjour Mansfield,

Un texte très réaliste, et particulièrement la référence au singe. Pratique cruelle hélas vraie, de Malaisie ce me semble.

Amicalement

Dominique
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M


c'est en effet ue manière de dénoncer ces pratiques de harcèlement moral qui existent dans les entreprises hélas! A bientôt. 



F
il a fière allure avec ce couvre-chef de ... chef! Il ne passe pas inaperçu: c'est cela qui lui donne de l'allure!! Une belle histoire
Bonne journée
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M


Merci à toi. A bientôt



C
Joliment écrit Mansfield et des passages succulents teintés d'humour et de dérision dont un de mes préférés " un singe vivant décalotté à qui on mangerait l'intelligence... Bonne journée à toi.
Amicalement Chloé
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M


Merci d'avoir apprécié ma prose un peu cruelle. A bientôt.



M
il s'en passe des choses dans la tête des employés de cette entreprise , merci pour ce voyage imagé , c'est un plaisir à déguster surtout de loin .. brrr quel chef !!
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M


C'est sûr, on n'en voudrait pas!



N
Je n'aimerais pas être "chef".
Ni exécutant, d'ailleurs.
Chapeau, pour ton écrit.
Bisous !
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M


Merci Nina, la liberté dans le travail, ya que ça de vrai! Malheureusement, ça n'est pas toujours possible. a bientôt.



J
Un personnage que le tien... Bon lundi mansfield ! Amitiés de jill
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M


Merci Jill à bientôt.



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  • : Le blog de mansfield
  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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