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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 10:00

 

Félicité est l’une des nouvelles les plus connues de Katherine Mansfield (1888-1923) et l’une de celle que je préfère. Je ne sais pas pourquoi, j’ai  envie de l’évoquer avec vous.

 

reception

 

Bertha est une jeune femme de trente ans à qui la vie a déjà tout donné. Elle a atteint cette félicité qui la fait vivre dans une bulle. « Comme si vous veniez tout à coup d’avaler un morceau brillant de ce tardif soleil d’après-midi, qui continuerait à brûler dans votre poitrine, envoyant de petites fusées d’étincelles dans chaque parcelle de votre être, dans chaque doigt et chaque orteil »

Bertha a une belle maison avec un beau jardin, ah ce magnifique poirier que l’on aperçoit par la porte-fenêtre du salon : «  Au fond, contre le mur, s’élevait un grand poirier élancé, en sa plus riche floraison. Il se tenait là, dans sa perfection, comme abrité contre le ciel vert de jade ». Bertha a un merveilleux bébé : « Tu es mignonne, tu es très mignonne dit-elle en embrassant le bébé tout chaud. Je t’aime ! Je t’adore ! » Elle l’appelle « le bébé » et la confie aussi souvent qu’elle le peut à Nany tout en regrettant bien sûr de devoir le confier à Nany. Bertha a un merveilleux mari, Harry, toujours un peu pressé : Oh ! c’est toi, Ber ? Ecoute je serai en retard, je prendrais un taxi, je viendrai aussi vite que je pourrai… », un peu impatient aussi.

Ils forment un couple mondain, aisé, connu qui adore  recevoir des gens connus, aisés, mondains. Ce soir, la réception est particulièrement réussie : « Ils sont des amours –des amours- et elle aime les recevoir là, à sa table, leur donner une nourriture et des vins délicieux. En fait, elle voudrait tant leur dire combien ils sont exquis, quels groupe décoratif ils forment, et comme ils se font mutuellement valoir, et lui rappellent une pièce de Tchekhov. »

Décoratif le groupe, comme la belle maison, le bébé, Nany, la jolie robe blanche de Bertha, ses souliers, ses bas verts, la tenue de couleur argent de la nouvelle amie, Miss Fulton, dont s’est entichée Bertha. Décoratif comme ce poirier « élancé tout fleuri, … qui semblait s’étirer, trembler, pointer dans l’air pur…..jusqu’à presque toucher le bord de la lune d’argent » Dans son décor, Bertha est heureuse, Bertha s’envole, submergée de bonheur.

Cependant au moment du départ de Miss Fulton,  la scène est ainsi racontée : « Harry se rapprocha de Miss Fulton dans le hall, lui mit les mains sur les épaules, la rapprocha avec violence face à lui. Sa bouche forme les mots : « je vous adore » Ses narines frémirent, il murmura «  Demain », et, de ses paupières, Miss Fulton dit « Oui. ». Décoratif comme Harry dans la vie de Bertha.

Bertha courut vers les portes-fenêtres, et s’écria : « Oh ! que va-t-il se passer à présent ? »

« Mais le poirier était aussi merveilleux que jamais, aussi couvert de fleurs, et aussi calme ».

 

KM

Katherine Mansfield

 

Si ce texte vous rappelle un peu les déboires sentimentaux qui agitent les hautes sphères de l’état, sachez que j’y ai pensé avant vous.

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commentaires

Thaddée 23/02/2014 14:46

Il est formidable ce texte, d'une rare élégance, et d'une grande légèreté. Tout a l'air si parfait ... presque une mise en scène. Bon dimanche Mansfield :-)

mansfield 23/02/2014 19:56



C''est vrai, la mise en scène dans la nouvelle est très réussie, c'est pourquoi je l'apprécie beaucoup!



marineLou 23/02/2014 08:55

Merci, j'adore ! Mais pas seulement l'état, avec moins de fioritures on en voit beaucoup de ces Bertha décoratives !

mansfield 23/02/2014 19:56



Tout à fait, hélas pour elles!



M'mamzelle Jeanne 20/02/2014 17:01

Un passage de vie comme il y en a tant.. au moment où l'on s'y attends le moins !
Elle est superbe Katherine.. mais quelle grande tristesse!

mansfield 23/02/2014 20:04



Une belle nouvelle dont j'aime beaucoup la construction!



Martine 20/02/2014 07:54

Tout a l'air si parfait dans la vie de Bertha. Mais la perfection n'existe pas. C'est bien connu...
Un peu de Feydeau peut-être

Joli texte Mansfield
Bonne journée;)

mansfield 23/02/2014 19:28



Merci Martine, la vie réserve toujours des surprises



juillet58edwige 20/02/2014 07:03

moi , je pense plus , je savoure !!

mansfield 23/02/2014 19:44



Hum, la bonne odeur de pain au chocolat!



enriqueta 19/02/2014 12:43

Heu..Non, je n'y pensais pas...C'est un beau début pour une tragédie, une enquête policière ou voir même une comédie, selon l'humeur du lecteur.

mansfield 23/02/2014 19:48



C'est vrai, une nouvelle dont la chute sonne comme un début... A bientôt chez toi.



Carole 19/02/2014 01:53

Une très très belle nouvelle, et que tu résumes très bien.

mansfield 23/02/2014 19:47



Merci Carole,je suis toujours admirative de l'écrvain quand je la lis!



Amicalement Votre 18/02/2014 19:54

Salut

Y a t il un lien entre cette romancière et ton nom de blog ?

Amicalement Votre

Vincenzo

mansfield 23/02/2014 19:46



Bien sûr, c'est l'un de mes écrivains favoris!



juillet58edwige 18/02/2014 06:30

ah les élans du coeur !! que ne font ils comme dégats !!

fanfan 17/02/2014 22:20

Oui, il y a un parallèle avec les frasques "étatiques" !
Je connais cet écrivain mais je ne connaissais pas cette nouvelle

mansfield 23/02/2014 19:45



Merci Fanfan, porte toi bien sous le ciel bleu!



Pascal 17/02/2014 21:21

Bonsoir Mansfield,
Je ne connaissais pas Katherine Mansfield et je vous remercie de nous la faire découvrir.
Oui, même dans les milieux aisés, quand tout semble beau et facile, les drames peuvent survenir à tout moment.
J'aime la conclusion, car ces gens pensent que lorsqu'il ont des problèmes le monde doit s'arrêter de tourner, et ils tombent de leur piédestal en constatant que tout se poursuit comme si de rien
n'était.
Bonne soirée

mansfield 23/02/2014 19:44



C'est exactement cela, l'image du poirier est essentielle dans cette nouvelle, et quand on la lit on peut trouver idiote sa description détaillée. Mais C'est tout le style de K Mansfield qui se
perd dans des descriptions de végétaux pour souligner les étrangetés de la vie. Merci à vous.



catiechris 17/02/2014 21:06

Ouais, suis pas réceptive, c'est bien écrit,j'apprécie le texte mais ne voit aucun lien... Peut être parce que je suis bloquée sur les prénoms Bertha et Katherine.. Ma grand mère et moi...

mansfield 23/02/2014 19:40



Chut.... Voilà, les coincidences font parfois de drôles de voyages, alors laissons-les filer...



flipperine 17/02/2014 18:45

je ne sais pas commenter un livre nous l'aimons ou nous ne l'aimons pas je m'abstiens de commentaires bien souvent c'est comme pour la musique

mansfield 23/02/2014 19:38



Oui je te comprends, j'avais envie de défendre une nouvelle classique, et dans l'air du temps, écrite par un écrivain que j'aime beaucoup!



lizathenes 17/02/2014 18:14

Je ne pensais guère à ce que tu évoques dans ta conclusion mais je me disais que je crois n'avoir jamais lu de livres de Katherine Mansfield

mansfield 23/02/2014 19:37



Elle est peu connue et est morte si jeune que son oeuvre n'est pas immense, bonne semaine à toi.



Catheau 17/02/2014 15:00

Une héroïne pour une robe "décorative" d'Alice Alleaume ? Un joli billet dans l'atmosphère des Années folles.

mansfield 23/02/2014 19:36



C'est vrai,  vous avez raison Catheau,j'avais fait le rapprochement, bonne semaine à vous.



Renée 17/02/2014 14:24

Peut-être que c'est parce que tu a mis en nom de blog le nom de Mansfield?? Hasard ou? Bises

mansfield 23/02/2014 19:34



C'est voulu justement, je suis une  admiratrice de K Mansfield!



Cathy 17/02/2014 13:55

Avant même de lire ta dernière phrase, j'avais établi le rapprochement, Mansfield !
Ces infidélités, quelle que soit la façon dont elles se déroulent, marquent l'Histoire... Et les romanciers s'en sont inspirés ! D'autres s'en inspireront encore... (sourire).
Merci pour cette nouvelle que je ne connaissais pas.
Bonne semaine,
Cathy.

mansfield 23/02/2014 19:33



Merci Cathy, c'est l'écriture de K Mansfied qui est très particulière et qui étoffe une histoire banale par ailleurs!



jill bill 17/02/2014 10:36

Ouille ouille ouille... l'amie très chère de madame qui devient la très chère de monsieur l'époux... eh oui dans la mondaine comme ailleurs, merci Mansfield de nous avoir fait connaître une
autre... non je ne connaissais pas, honte à moi...

mansfield 23/02/2014 19:31



Merci Jill, cette nouvelle est très classique, c'est l'écriture qui est délicieuse!



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