Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 10:00

 

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Jules Ferry est à l’honneur aujourd’hui. Il suscite la controverse aussi. Le père de l’école laïque, obligatoire et gratuite était un « colonisateur ». C’est toute l’ambiguïté d’un homme qui agaçait déjà à son époque. Le paradoxe d’un citoyen qui était franc-maçon par ailleurs. Ceci a titillé ma curiosité. Je me suis rendue au musée de la franc-maçonnerie rue Cadet à Paris. Pour y découvrir ce qu’on me donnerait à voir.

Il y a le secret qu’on ne dévoile qu’aux initiés. J’étais préparée. Des locaux dans l’ombre d’une lumière tamisée, entretiennent le mystère. Je me tiendrai à la surface, je n’aurai que les grandes lignes. Les débuts, l’Angleterre, l’arrivée  du mouvement en France à la Révolution, sa place au sein des pouvoirs  dirigeant  le pays depuis lors. Les représentants des loges et leur adaptation face aux évolutions.

 

Je détaille. Jérôme Bonaparte,  Jules Ferry, Victor Schoelcher, Abd El Kader, quelques femmes Joséphine Bonaparte, Louise Michel. De beaux portraits éclairés, des personnages importants vêtus de tabliers, cordons ou sautoirs. J’admire. Trésors du patrimoine, médailles gravées, statues, Marianne maçonnique, vaisselle. Les vitrines sont impressionnantes. Les compas, les équerres donnent le tournis. On perçoit cette notion de faste, d’exception. On imagine de grandes cérémonies, des réceptions. Au XVIIIème et XIXème siècle, cela rassurait les souverains qui pensaient les maçons occupés à ripailler, donc peu influents. La pénombre, le mystère créent l’illusion. Je participe un peu, comme retranchée derrière un lourd rideau de velours, de la fraternité qui unit ces hommes. Mais je me sens petite, inférieure. Car je n’ai pas vécu le rite, qui consiste à se défaire symboliquement de son existence pour renaître en une vie spirituelle, philosophique, tournée vers son prochain. Un passage vers l’autre monde.

 

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Louise Michel

Tous nos gouvernements ont été et sont proches de la franc-maçonnerie. Les qualités d’humanisme, d’égalité, de fraternité constituent la base de la doctrine. Et la philanthropie conduit à la question sociale. L’école est laïque, obligatoire, l’esclavage est aboli, nous avons droit à la retraite, les femmes sont devenues majeures au même titre que les hommes, le divorce est légal, l’avortement aussi, nous luttons contre le racisme.. Voici quelques mesures proposées aux gouvernements par les francs-maçons au fil du temps, et adoptées.

 

 

L’exposition Hugo Pratt-Corto Maltese se tient actuellement dans les locaux. Pratt était franc-maçon et a initié son héros de bandes dessinées à la maçonnerie. J’ai aperçu des croquis magnifiques, noir et blanc, aux bulles en italien, langue de Pratt qui détestait la couleur, même s’il l’a adoptée pour ses lecteurs. L’atmosphère des loges, ces tribunaux rendus inquiétants compte tenu des cagoules portées par les membres est saisissante. Pratt lui-même avoua que c’était pour produire un effet, les cagoules ne sont plus portées à l’heure actuelle. Mais, et je terminerai ainsi, j’ai admiré des masques, des statuettes, africains, amérindiens, examiné des photos de derviches tourneurs francs-maçons. Ils ont servi de support aux expéditions de Corto Maltese.

 

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Et je me suis évadée avec lui. J’ai vu, ou compris à travers ce musée que la maçonnerie est un projet d’humanisme autant qu’une forme d’enrichissement personnel. Je rapporte cela à ma condition, pas si petite. Je ne suis pas toujours dans l’échange, j’ai besoin de solitude parfois. Et d'évasion. Mon épanouissement passe par l’écriture.

 

 

Par mansfield - Publié dans : ecriture de soi - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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