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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 10:00

En janvier, il y avait une exposition Boris Vian à la BNF. Je ne sais pas pourquoi j’en parle seulement aujourd’hui. Ou plutôt si : Vian est de la génération de mes parents et me plonger dans sa jeunesse, les années 45 à 59, c’est un peu marcher à côté d’eux. Comme si le temps, les heures, avaient fondu. C’est cette histoire de pendule qui me perturbe. En fermant les yeux, j’ai le sentiment d’entendre la voix douce et grave de Juliette Gréco ou  le rire franc, explosif d’Henri Salvador, me racontant leur ami.

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Je n’aime pas raconter les expositions mais l’effet qu’elles produisent sur moi. Eh bien, je suis tombée amoureuse. Complètement sous le charme d’un homme dont j’ai admiré l’élégance, le charme, la fragilité obligée d’un corps qui se refuse. Un homme grand, beau, à  œil visionnaire et inquisiteur, au nez long, fin. Un banlieusard de Ville d'Avray  portant costume et imperméable. Un parisien des beaux quartiers, qui ne connut pas la guerre. Il fréquentait les boites de jazz,  et célébrait la vie qui s’écoule, insaisissable. Les photos, les films  le montrent évoluant au milieu d’une jeunesse dorée, dans une bulle. Pourtant  qui mieux que lui, dont les jours étaient comptés, savait ce que le temps, les heures, les mots confiés au papier, pour la dernière fois peut-être, voulaient dire.

 

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Il était joueur de jazz mais n’avait pas assez de coffre, écrivain mais n’était  pas assez conventionnel, il avait à vivre vite, tout essayer, tout explorer : le théâtre, la chanson, la traduction de polars américains. Et le parcours tracé tout au long de l’exposition était un long tourbillon  au rythme de ses idées, de son bouillonnement, de ses conquêtes aussi. Il avait le sens de la formule ; « Un homme digne ce nom ne fuit pas, la fuite c’est pour les robinets » « Le travail de construction du désert commence par une  destruction ».

 

 A la sortie, un vieux monsieur m’ a abordé, disert, ému.  A salué les compagnons de route de Vian, Serge Gainsbourg, Gérard Philippe qu’il avait vu sur scène au théâtre, m’a parlé de Mouloudji, du groupe Octobre qu’il accompagnait. S’en est allé, m'a souhaité une bonne journée. Puis est revenu sur ses pas, a glissé une anecdote sur Vadim qu’il n’appréciait pas particulièrement, sur Jeanne Moreau qui échange quelques répliques avec Vian dans les" liaisons dangereuses",  et sur les grenouilles du fils Rostand, ami d’enfance de l’auteur.

Imperméable, écharpe, il  promenait ses années cinquante avec lui. Et l’ombre de Boris. Et l’ombre de mon père qui était fou de jazz. 

 

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commentaires

E
Merci pour ce très bel article sur cette exposition Boris Vian, auteur que j'ai beaucoup lu adolescente. J'ai choisi mon pseudo à cause d'une de ses phrases dans l'arrache-coeur : "Il sourit d'un
sourire timide comme un écureuil bleu"...
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M


Je comprends d'autant plus ton intérêt pour Vian. C'est comme moi qui ai choisi Mansfield comme pseudo, par admiration pour l'auteur Katherine Mansfield contemporaine de Virginia Woolf. A bientôt



A
"J'irais cracher sur vos tombes", une merveille. Merci pour ce portrait d'un homme hors du commun.
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M


merci Askelia, C'est vrai Vian on l'adopte ou on le quitte!



M
Quel bel hommage.. à Boris, mais aussi pour ton papa qui devait être quelqu'un de bien.
je t'embrasse Mansfield
Jeanne
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M


Je te remercie pour ce commentaire qui me touche vraiment beaucoup



L
Vian et le nénuphar, la beauté est éphémère, la maladie aussi finalement
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M


C'est vrai tout disparaît, à nous d'en profiter et de garder le meilleur!



A
Salut

J'aime ses textes et ses écrits. Une troupe a monté un spectacle et c'était vraiment génial. Par contre, son livre j'irai cracher sur vos tombes m' mis mal à l'aise.

Un Homme humaniste avec plein de talents.

BoN Dimanche

Vincenzo
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M


C'est vrai, il y a un côté trash chez Vian, pour déranger. Plutôt moderne, à mon idée. Ce qui comme tu le dis n'empêche aucun de ses autres talents.



M
Un superbe article, j'adorais Boris Vian aussi et nous rappelle nos parents et les bons souvenirs !!! Bisous bon week-end Mansfield
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M


Merci Marie, je passerai chez toi ce WE, à bientôt!



J
bonsoir, Mansfield
là, je suis commblé par tes mots merveilleux sur Boris que j'adore...
au passage tu cites Marcel Mouloudji, que j'ai eu le bonheur de rencontrer...
excuse-moi, je serais intarissable...
bonne soirée
amicalement
jean-marie
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M


Je suis vraiment touchée de voir que Vian réveille toujours quelque chose en nous, un peu comme Cloclo, dans un autre domaine. Morts au même âge tous les deux ils nous font croire à la jeunesse
éternelle, à l'avenir à bâtir encore et encore... C'est magique!



C
Super ton billet Mansfiels, j'avais 14 ans quand Boris Vian est mort et j'ai connu tous ceux dont tu parles... les jeunes générations n'ont guère de connaissance de Mouloudji !
merci pour ces beaux souvenirs.
douce soirée et bon week end
chatou
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M


Merci Chatou, ces personnalités réveillent beaucoup de sovenirs en nous, elles font partie de nos repères et c'est tant mieux. En ce qui me concerne Vian et Gérard Philippe sont morts l'année de
ma naissance  et j'ai le sentiment d'avoir loupé une époque, un élan, une certaine jeunesse, car ma jeunesse s'est déroulée au rythme des paillettes et de la fièvre du samedi soir. C'était
différent!



F
un homme qui a marqué son siècle !
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M


Une jeunesse éternelle que de nombreux jeunes découvrent encore de par le monde.



C
Un p'tit coucou du pays basque où je séjourne en ce moment gros bisous
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M


Profite bien d'une région que j'aime beaucoup, à bientôt Gegouska



M
Merci pour ce texte émouvant
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M


Merci à toi, à bientôt sur ton blog!



L
Un beau personnage, doué pour tout même pour la vie qui ne lui a pas pardonné de la suivre à 100 à l'heure
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M


C'est très juste, il savait goûter la vie et nous fait encore partager ce formidable appétit. 



J
Bonjour mansfield... Une journée que tu n'as pas perdu en y allant... L'auteur de L'Ecume des jours, j'irai cracher sur vos tombes, le déserteur est décédé des suites une vie prise à vive allure à
39 ans, de santé fragile sans doute le fallait-il.... Bien à toi, jill
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M


C'est vrai, comment ne pas penser que c'est l'urgence qui lui a aussi permis d'écrire de si beaux textes!



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  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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