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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 10:00

Selon un challenge proposé par Lénaïg durant l’été, je me prête au jeu  de la proposition B : Commencer par :

"Il ne se passa rien, ou à peu près l'équivalent de rien, pendant plusieurs semaines ; et puis, un matin" ...

et finir par :

"Mais j'ai toujours fait mes choix à l'intuition, uniquement".

 

 Photographes4.jpg

Photo prise sur le net    

Il ne se passa rien, ou à peu près l’équivalent de rien, pendant plusieurs semaines ; et puis un matin, ce fut la délivrance. Son visage me hantait, me torturait depuis que j’avais eu son image, dans l’objectif par erreur. Ce fut lors un goûter d’anniversaire au cours  duquel   j’étais gardien des souvenirs. Emprisonnais des robes à fleurs, des culottes courtes et des nattes, pour la postérité. Par mégarde, j’avais attrapé une grande sœur, postée au second plan. Attrapée, afin que je lui courre après. Elle ôtait de l’éclat à ces visages ronds aux yeux brillants car son sourire dévorait le monde. A commencer par eux, ces enfants, princes d’un jour. Un halo, une blondeur phosphorescente l’enveloppait jusqu’aux épaules. Ses cheveux fonçaient dans l’épaisseur, lui donnaient de la consistance, de la profondeur.

J’avais tiré un exemplaire de la photo sur papier  que je gardais dans ma poche. Et mon ordinateur s’était accoutumé au curieux fond d’écran que je lui  avais infligé. Il grésillait bien un peu au démarrage, signifiait son agacement. Il me jugeait superficiel, entiché d'une Marylin,d'une coquille vide. Mais j’avais saisi quelque chose, j’avais besoin d’autres clichés. Comme lorsque les mots ne suffisent pas à exprimer des sentiments, ou qu’ils ne s’inscrivent pas spontanément sous la plume. J’avais livré ma commande, ça ne me regardait plus. Les jours passaient, amputés de leur folie, de leur légèreté. Enflaient, gorgés d’espoir, de désespoir, de quoi au juste... Cette perruque blonde passait devant mes yeux, des fils épais, de la soie douce, aérée. Je n’étais pas amoureux, les autres s'inventaient que je l’étais. Cela devenait une obsession, de celles qui poussent à téléphoner sans laisser de message, à n’importe quelle heure du jour, de la nuit. Lorsque la voix espérée au bout du fil apaise, ressource, abreuve. Je ne connaissais pas sa voix, je n’avais pas son numéro de téléphone. Je n’étais pas amoureux. J’étais malheureux, incompris.

 

Mon calvaire cessa brusquement au réveil, le lendemain de cette soirée, fameuse. Je l’avais revue par hasard, lors d’une exposition. Elle ne m’avait pas reconnu, m’avait-elle remarqué simplement, la première fois ? Elle regardait une photo au mur, un verre de champagne à la main. Semblait figée dans une robe noire cintrée à la taille. Son visage était pâle comme son sourire. Et pincé le sourire, ainsi que les narines. Elle se détaillait, détaillait son portrait. Par quelqu’un d’autre que moi exposé. Le chef-d'oeuvre par un autre réalisé. Toutes les subtilités, les contrastes, la fragilité, la force qui émanaient du modèle avaient été évalués et restitués. Je m’étais incliné, je ne prouverais rien avec elle. De sa beauté, de mon talent. Elle s’était tournée vers moi, avait chuchoté dans un raclement de gorge :

-         Ne trouvez-vous pas que je suis affreuse là-dessus?

Avant que  je réponde, surpris, l'artiste s’était approché, l’avait effleurée à l’épaule, puis avait déclaré, s'adressant à moi :

-         Elle est splendide n’est-ce pas ? J’ai eu un peu de mal à sélectionner des modèles. Mais j’ai toujours fait mes choix à l’intuition, uniquement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

D
Les artistes sont quelquefois leur meilleur public. Un cinéaste tombe amoureux de l'actrice, un sculpteur de son oeuvre, un photographe de son modèle. Une histoire écrite avec une main de maître
amoureux de son modèle, mais qui s'en défend bien. :-) J'aime beaucoup.
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M


Merci pour ce commentaire d'...artiste... J'ai voulu écrire un texte trouble, le héros ne sait plus où il en est, obsédé par sa vision mais l'amour, de quoi s'agit-il réellement quand il s'agit
de créer en prenant l'autre pour terreau? A bientôt.



N
Bonjour Mansfield, je découvre ce blog et ce texte m'a beaucoup plu, il est très prenant. C'est une belle analyse de ce qu'un photographe peut ressentir.
Bonne journée !
Nais'
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M


Merci, heureuse d'avoir su émouvoir par ce texte. A bientôt.



C
Après votre billet sur Helmut Newton, un autre texte qui dit avec finesse votre amour de la photographie.
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M


Merci encore Catheau



L
j'ai beaucoup aimé ce texte qui fait preuve d'une belle imagination
Répondre
M


Merci, je suis très touchée. A bientôt



M
Très beau texte, j'aime beaucoup !
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M


Alors  je suis comblée! Merci



L
Et voilà, cela m'apprendra à arriver chez toi trois jours après ! Maintenant, je ne trouve pas de mots pour t'indiquer mon admiration d'avoir bâti une histoire si fine, si subtile entre les deux
phrases proposées (qui sont de Michel Houellebecq dans La carte et le territoire, chapitre X). Une superbe nouvelle, joli morceau de littérature. J'aime beaucoup le commentaire de Lorraine : "De
l'exaltation d'une image à l'abandon d'un rêve", joli et juste ! Et on voit passer Marilyn, en ombre chinoise ! Merci beaucoup et merci de me rendre visite, à bientôt.
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M


Je suis très touchée par ton commentaire Lénaïg, merci à toi surtout, qui m'a fourni le prétexte à une histoire qui m'est tombée dessus dès que j'ai lu tes deux phrases. Merci encore.



L
Bonjour Mansfield. Je découvre ta participation au jeu, enfin je suis chez toi aujourd'hui et tu étais restée bien discrète (trop !), ce qui me vaut l'agréable surprise de te lire, je vais m'y
plonger et je reviens !
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A
Superbement écrit, l'intrigue est passionnante, bravo !!
Albiréo
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M


Merci Albiréo,  bientôt.



C
Challenge fort bien relevé!Un autre regard et façon de voir à travers l'objectif!Bien trouvé et finement raconté! chloé
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M


Encore merci de ton passage sur mon blog.



P
Chacun voit sa beauté qui ne plait pas à l'autre. Mais, si lui, avait eposé, qu'en aurait-elle pensé ?
Où est la beauté ?
Tu t'es bien débrouillée en tous cas.
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M


Que de questions sans réponse! Et comment analyser l'art, le beau particulier, le beau universel? Difficile! Merci de ton passage.



C
Bon dimanche gros bisous
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P
Une belle écriture et une réflexion bien étayée par les ressentis .
Le modèle happe le regard de l'artiste mais est insaisissable, la beauté réside dans l'oeuvre .
Merci Mansfield pour ce défi qui a inspiré des récits très intéressants .
Bonne soirée, Plume .
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M


Merci Plume, à très bientôt.



C
Je viens te souhaiter un charmant week end gros bisous
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M


A bientôt Gégouska



C
Brillante interprétation. Le meilleur des modèles n'est-il pas celui qui échappe toujours ?
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M


Tout à fait, 'est cette part de mystère qui reste à saisir et qui échappe sans cesse. Merci à toi.



J
Bravo l'artiste, ton histoire est géniale et tu as toujours des chutes bien trouvées. Bises. JOëlle
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M


Merci Joëlle, à bientôt!



S
J'ai quitté dès les premiers instants, le personnage pour la personne, l'être aux aguets, qui se défend de posséder ce qu'il a surpris, ou consciemment pris, qui s'interdit mais désire tout retenir
de la beauté. Sait-il qu'il s'efface derrière son objectif quand celui-ci capture un modèle qui l'a captivé, lui ou un autre; ici, un autre...
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M


Jolie analyse, nos personnages nous échappent et échappent à eu-mêmes aussi! Perpétuel jeu de cache cache



M
Très bonne journée.
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M


Merci Malika, à bientôt.



M
Quel beau récit j'ai bien apprécié Mansfield et bravo pour ton défi !
Répondre
M


Merci Mireille, à bientôt!



L
Superbe écriture ! Rien d'autre à dire..
Répondre
M


Merci Louv, à bientôt pour le plaisir de te lire



J
Je rejoins les mots de Lorraine... et ceux de Liza... Bienvenue au club du jeu/défi de Lenaïg, bonne journée mansfield ! Bravooooooo !
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M


Merci Jill, ravie que ça t'ait plu!



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  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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