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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 10:00

 

 

 

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Terminus Nord vingt heures, c’est l’heure de pointe. Un incessant ballet de placeurs, d’hôtesses et de serveurs encadre une foule impatiente. Affiche un sourire systématique, obligatoire, c’est du commerce.  Et tripote l’ordinateur car les tables se libèrent informatiquement. La clientèle est  aisée, costumée, étrangère souvent, âgée quelquefois. Epicurienne. Elle aime la France, enfin l’idée qu’elle s’en fait : fruits de mer et Chablis, viande rouge ou canard en confit et Bordeaux. Des serveurs zélés manient la poêle en salle, des flammes hautes s’élèvent et des cris de surprise. Des odeurs de grill chatouillent les narines. D’autres messieurs en tenue, essuient le bord des assiettes avant de servir des clients gourmets qui salivent, beurrent des tartines et aspirent des huîtres. S’essuient le coin des lèvres, avec distinction.

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Certains croient aux déclarations  et roucoulent en se tenant par la main. Font peu de cas du cliquetis des fourchettes, du tintement des verres, de l’effervescence  des discours et du martèlement des pas sur le carrelage.L’amour ça fait qu’on patauge dans la ouate n’importe où.

 


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Ici et là un homme ou une femme, esseulés, se délectent  en tutoyant la foule du regard. Dans la lumière ocre et vive, leurs yeux sont rieurs ou étonnés, jamais tristes. C’est comme lire un roman de gare. Ou visionner un  film. Et il est plus rigolo de se frotter aux gens, en vrai. De lire dans les yeux, de décrypter les gestes. La spontanéité, le mensonge, l’ennui sont gratuits à table. De même que le sel, le poivre ou le pain.

 

Tout compte fait, on n’est pas seul dans une brasserie. C’est un établissement qui porte bien son nom, on est tous brassés, remués, on fait partie d’un grand mouvement.On n'est pas là pour le cadre, la décoration années vingt, les affiches à la Toulouse Lautrec, les miroirs ouvragés. Ou si peu. On s’agite un soir pour couper la semaine et lui prouver qu’elle n’est pas forcément banale ou monotone. Ca fait des bulles, ça pétille, et puis on laisse reposer jusqu’au week-end. L’attente semble moins longue.

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commentaires

J
bien vécu !!!!!!!
bizzz
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M


Merci, à bientôt!



F
On retrouve , grâce à tes mots, l'atmosphère de ces lieux .
C'est très vivant et réaliste. bonne soirée
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M


Merci fanfan, à bientôt sur ton blog



A
souvenirs, souvenirs, puisque j'ai habité 30 ans à Paris
bonne soirée
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M


Alors souvenirs veut dire nostalgie même fugace... parce qu'à mon avis tu préfères ton petit paradis



C
Bonsoir je viens te souhaiter un bon week end gros bisous
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M


Merci à bientôt pour de nouveaux poèmes sur ton blog!



M
Quel jolie façon de décrire l'ambiance d'une brasserie chic ! mais les photos donnent faim (lol)
Bonne fin de journée
Monelle
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M


Merci, je suis certaine que Prévert en aurait fait un joli poème!



N
Magistralement rédigé.
Tableau très vivant dans les détails et les phrases pointues ourlées d'humour.
Félicitations !
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M


Merci Nina, tu sais toujours me faire plaisir, je vais devenir aussi vaniteuse que ma mouette...



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