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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 08:00
Entracte, Edward Hopper, 1963

Entracte, Edward Hopper, 1963

Un moment étrange. Le film, ou la pièce, n’a pas commencé.  Peu de spectateurs, il est trop tôt. Ce qui compte c’est la femme assise, sage, attentive, un peu raide. Résignée aussi. Ce qui va se dérouler sous ses yeux ne regarde qu’elle. C’est à peine si nous percevons l’estrade, entrevoyons  le rideau.
Elle est belle,  jeune encore. Sa robe dévoile des bras blancs et potelés, une ligne fine, laisse entrevoir  de petits seins pointus, s’enroule aux genoux. Glisse sous les doigts. La femme est distinction, détachement, recul. Elle est une île au milieu des vagues de velours  que sont les fauteuils. Il y a ce mur comme en prison, blafard, interminable. La porte à ses côtés est échappatoire. La remarque-t-elle ? Elle baisse les yeux, renonce-telle ? Son nez est volontaire, ses joues sont creusées. Ses talons marquent la moquette au sol. Elle est sur le point de… Elle a trouvé sa place,  excentrée, choisi son jour, dimanche 1er janvier.
Elle pense à son couple, solide, un peu terne, à ses enfants éloignés. Qui ne reviendront que pour lui placer un bébé entre les bras. Elle a des pulsions, des passions que son métier ou les voyages ne comblent pas. Elle a une vie devant elle, vers laquelle embarquer. Quitter l’île ! Elle ressent des fourmillements dans les pieds.  Gagner l’estrade, succomber à l’appel de sensations extrêmes, de situations fantasques.  Crever l’écran 2017. Renaître.
La femme est sur le point de se lever.
 
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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 19:23
BLOG EN PAUSE
QUE 2017 VOUS SOIT DOUCE!

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 08:00
J'AIME ASSEZ
J’aime assez l’idée d’un livre voyageur qui parcourt le monde par la poste. Et dont les pages sont couvertes d’empreintes, de poussière de tous les pays. Pliées, chiffonnées, par des lecteurs curieux et avides. Dont les mots, entourés, soulignés, ajoutés dans la marge sont la preuve de l’intérêt qu’on manifeste à la lecture. Dont la couverture cornée ou arrachée, la reliure décollée, la quatrième de couverture inexistante, les grains de sable, les tâches de graisse ou de chocolat certifient : « j’ai été manipulé, adoré ou rejeté, trimballé dans un sac, lu dans les transports, dans un lit ou aux toilettes mais j’ai apporté quelque chose».
J’aime assez l’idée d’un voyage par la lecture. Echappatoire, découverte, enrichissement, enseignement, divertissement. Oubli du lieu, du moment, de l’entourage. Perte de la notion de temps ou d’espace, des sensations de fraîcheur, de chaleur, des besoins de boire ou dormir. Lire assis à une table à la bibliothèque, debout entre deux rames du métro, à genoux entouré d’enfants aux yeux écarquillés, à plat ventre sur le canapé, dans la position du lotus ou sur un tapis à clous, peu importe. Pourvu que ça signifie : « J’en apprends autant qu’avec une valise ou un sac à dos en parcourant le monde »
J’aime assez ce cliché car à lui seul, il rassemble  deux idées  qui me sont chères.
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 08:00
AU SOL HUMIDE ET FROID
 
Qui t’as déposée là
Au sol humide et froid
Dressée tout contre un arbre
Aussi dur  que le marbre
 
As-tu  couru la lande
De Bretagne ou d’Irlande
Sifflé  sur la colline
Vibré,  cœur grenadine
 
Es-tu tombée à terre
Lancée par Marc Knopfler
Le nez dans le ruisseau
Faute à Manu Chao 
 
Penses-tu comme Nicolas
Qu’on ne veut pas de toi
Clames-tu ici et là
Je n’brigue pas d’autre mandat
 
Sur la mule de Pancho
Danses-tu le Flamenco
Promenais-tu Django,
 Jazzy, au fil de l’eau
 
Sous les doigts fins, agiles
D’un jeune ado fébrile
Qui caressait tes cordes
Semais-tu la discorde
 
Tu étais jeune et belle
Avide de ritournelles
Et tu ronges ton frein
Nul sac à sapin
 
Masquant ta déchéance
De ce trou la béance
Escamotant le bois
Si lustré autrefois
 
Sais-tu qu’au cimetière
Repose à même la pierre
Ta p'tite sœur de chagrin
Veillant sur Fred Chichin
 
Il  suffirait de peu
Le geste d’un curieux
Artiste mélomane
T’emportant dans ses mannes
Tombe de Fred Chichin ( Rita Mitsouko), au cimetière Montmartre

Tombe de Fred Chichin ( Rita Mitsouko), au cimetière Montmartre

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:00
FOLKLORE
Décembre en place, c’est Noël qui s’oublie. La fête approche et file entre nos doigts. Se prépare dans l’effervescence. Dans une débauche de lumière, de couleurs. La foule gesticule, se masse, se bouscule. Odeurs de parfums et de sueur, chaleur oppressante des grands magasins. Nourriture étalée, coffrets, boites, papier glacé, bolduc, ficelles. Sapins emmaillotés, jacinthes pailletées, thuyas enneigés. Etoiles en vitrine, marchés, épicerie fine, repas d’entreprise, cadeaux surfant sur la crise, robes scintillantes,  bourses parfois défaillantes. Surprendre et faire plaisir. Offrir et recevoir. Un mois de frénésie, de courses et de folies. D’intenses préparatifs, d’assauts démonstratifs.
Pour un soir pareil aux autres, dont la  magie est de rassembler ceux qui s’aiment. Au-delà du folklore de décembre.
 

 

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 08:00
BAL D'HIVER
Comme une abeille au bal d’hiver, elle a dansé devant l’estrade. Son insouciance était son arme, la force des purs, des innocents, qui luttent sans cesse contre le vent. A la périphérie de Paris, bien loin du cœur et des poumons, la vie semble arrêtée. Les commerçants s’en sont allés, banques et médecins ont déserté. Le supermarché fait grise mine, Noël oublie de s’installer, avec son cortège de lumières. Alors danser dans la poussière, en écoutant chanter le groupe, se  remuer au bal d’hiver, c’est indiquer qu’on est vivant, qu’il est  encore  temps. De bousculer monsieur le Maire et ses adjoints, tous les élus. Loin des endroits favorisés, loin des grands axes oxygénés, certains quartiers sont asphyxiés. Nous sommes les extrémités de Paris, ses doigts gelés. Réchauffez-les, donnez à d’autres abeilles en devenir, à leurs parents, à leurs aînés les moyens de profiter du temps présent.
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 08:00
LA BOITE
Il a dit : la prochaine fois je ramène la boite. De chocolats bien sûr.  Il y a le plaisir de recevoir, la gourmandise, le goût sucré dans bouche. C’est ce à quoi on pense tout d’abord. Il y a la période aussi. Quand les chocolats circulent, c’est que Noël ou Pâques  approchent. Ce n’est pas une question de religion mais de coutume, le sens de la fête, du partager ensemble. Il y a le plaisir d’offrir. Quand les chocolats circulent, c’est aussi pour remercier, sans s’encombrer de mots. Quelle que soit l’époque de l’année.
Il y a le geste. Touchant chaque fois. Parce qu’on n’est pas obligé, qu’on n’attend en retour, rien de plus que ce qui l’a motivé. Parce qu’il est pensé, réfléchi, qu’il n’est pas anodin.
Pour nous pharmaciens, comme pour d’autres professions de service,  en cette période, la gourmandise, le plaisir, les remerciements contenus dans une boite de chocolats sont un petit supplément. La preuve d’un échange, d’une communication, d’un lien précieux avec le client.  
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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 08:00
Hommage à Delacroix  par Fantin Latour ( Le peintre en blanc, Baudelaire face à lui)

Hommage à Delacroix par Fantin Latour ( Le peintre en blanc, Baudelaire face à lui)

J’ai voulu rattraper mon retard. Trois expositions en trois semaines. Fantin Latour, Baudelaire et Oscar Wilde  m’ont fait revisiter le XIXème siècle. J’ai admiré les peintures du premier, ses portraits de groupes saisissants, ses natures mortes. Adoré les commentaires du second sur les toiles de ses contemporains, étonnée quand même de découvrir qu’il rejetait les productions de Manet, précurseur des impressionnistes. Me suis régalée des remarques grinçantes du dernier, ses boutades, ses impertinences de dandy irlandais. «  Vivre est la chose la plus rare du monde. La plupart des gens ne font qu’exister »
Comme souvent durant mes visites, j’ai eu à observer de loin, sauf pour Baudelaire avec qui j’ai pu converser en tête à tête, des œuvres devant lesquelles s’agglutinait une foule dense, immobile, des groupes accompagnés d’un guide volubile, un peu précieux. Subir les foudres des gardiens lorsque j’approchais les murs d’un peu trop près. Ecouter les commentaires d’une grand-mère s’extasiant devant les cadres dorés à l’or fin qui lui rappelaient ceux de sa maison de campagne. Et m’apercevoir, effarée qu’on devait épeler le mot « esthète » aux élèves d’une classe de troisième, leur indiquer qui était Verlaine. Quoique, à leur âge, ça me disait quoi Verlaine? Bref comme toujours, j’en ai autant appris sur des hommes illustres du passé que sur mes contemporains anonymes. Tout cela m’a fait du bien.
 
Oscar Wilde

Oscar Wilde

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 08:00
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:00
BALLET
Ils entrent timidement le samedi jour de marché, dans l’officine. Choisissent un moment où la foule se fait moins dense ou une période de vacances scolaires. Ils ont l’air sérieux, sont conscients de l’importance de la tâche qui leur incombe. Ils ont une sacoche en bandoulière ou portent un cartable d’écolier qui ne pèse vraiment pas. Leur voix est douce, ils parlent tout bas, leurs yeux observent nos mimiques, notre langage. Arrivés au comptoir ils déterminent le nombre de personnes qui composent l’équipe, ouvrent leur précieux bagage, tendent la main discrètement mais fermement, interrogent : «  Tout le monde est là, personne  à l’arrière ? » Et distribuent de belles affiches. Avec au recto le portrait flatteur d’un candidat au sourire ravageur. Au verso de belles promesses établies à l’encre noire sur du papier bleu, rouge ou blanc.
Le ballet précédant  la course à l’Elysée vient de commencer, et chez nous commerçants, cabrioles, pas chassés et changements de pied se succèdent avec virtuosité.
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