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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 08:00
MANIFESTER
Par précaution, il convient de respecter la distanciation, porter un masque, consulter son médecin par téléphone, n'entrer qu'à 2 ou 3 dans les magasins, ne plus trop voyager. Par précaution, il vaut mieux télétravailler, n'aller en classe qu'un jour sur deux, prendre son café en terrasse. Se protéger, c'est user de liquide hydroalcoolique, ne pas bisouiller ses petits-enfants, faire ses courses sur le net. 
Mais exiger de la reconnaissance, de la considération, le respect de sa personne, c'est se presser  en masse, avec pancarte, la rage aux lèvres, les poings levés, c'est crier, brûler, se battre, à mains nues. Quels que soient le virus, sa dangerosité et sa vitesse de propagation. 
Le besoin d'exister, d'être citoyen à part entière, même s'il expose à la contagion, emporte par son élan et sa légitimité. Voilà que nous enseignent les événements de ces derniers jours, partis de Minneapolis aux US.
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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 08:00
BOOMERANG
Il a quatre-vingt sept ans et trouve que les temps sont difficiles. Il pensait ne jamais devoir revivre ça. Se calfeutrer chez soi, ne pouvoir sortir sous peine de risquer sa vie, passer devant des rayons vides dans les magasins, faire la queue durant des heures. 
Son grand-père a creusé les tranchées en 1915. Son père est mort en 43, il avait sept ans. Il se revoit, de retour de l'école, le cartable en bandoulière, en galoches et culotte courte. La mère est assise sur une chaise de paille de la cuisine, avec un policier à ses côtés, et ce mort pour la France inscrit au coin de la bouche. il se revoit criant: "mon petit papa!".  Ses yeux se remplissent de larmes, il tend sa grande main sèche, tremblante, aux veines apparentes, vers moi et dit:
- C'est dur, vous savez. Ce qu'on vit en ce moment. Ca me rappelle ces vieux souvenirs, je n'ai jamais oublié. Je le pleure encore mon petit papa! On devient toujours ce que l'enfance fait de nous. Je n'ai pas fait le deuil. Je ne méritais pas de replonger là-dedans, à mon âge.
Et puis il part, il s'éloigne sur le trottoir, réajuste son masque sur son nez et se perd dans ces rues qui s'amusent à vous jeter le temps à la figure, comme un boomerang.
 
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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 08:00
Edward Hopper, Rooms By The Sea, 1951

Edward Hopper, Rooms By The Sea, 1951

Nous voici libérés. D'une autorisation de sortie. Des contrôles sans crier gare, des contraintes horaires. Nous voici bien dégagés derrière les oreilles, nos couleurs sont rafraichies, le fleuriste, le fromager, le Mac Donald nous accueillent, le caviste aussi. On s'exerce librement à la course à pied, les chiens ne servent plus d'alibi aux promenades. 
A part ça, on s'étiole. Défense de s'éloigner de plus de cent kilomètres. Peut-être qu'en chaussant des bottes de sept lieues... Le ciné, le resto, le bistro du coin, nada. Les magasins, ouais, bof. Essayer, acheter quoi? Toucher, porter, reposer, rendre. Se couper des sourires, se badigeonner de gel, se maintenir à distance. Les dés sont pipés, les contacts réduits. 
Et la plage, ah la plage, les grands espaces, la forêt, les arbres! Dérangeons la nature! Le déconfinement n'est pas la liberté, c'est mesurer ce qui est perdu et ne reviendra pas totalement avant longtemps. Un peu comme la jeunesse, qui passe, qu'on regrette, et ne demeure que dans nos têtes. Un peu seulement. Car, dans les coeurs, il y a ce pari fou de retrouver avant.
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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 08:00
ADVERBES
Il se passe quoi aujourd'hui? Cela fait deux mois qu'on a une vie d'intérieur même si parfois on se risque dehors, ou si notre métier nous y contraint. Deux mois qu'on croit que l'homme a déserté la planète, que la nature reprend ses droits, rampe, grimpe et s'étale, que les animaux s'attribuent les centres villes. Durant ces deux mois, le monde a prouvé qu'il peut se passer de nous, qui l'abîmons dès qu'il nous en laisse l'occasion.
Calfeutrée depuis trop longtemps, je ne sais pas avec quoi rime déconfinement. Peut-être avec déréglement, fatalement, désagrément. Ou raisonnablement. Puisqu'on ne peut pas prédire l'avenir, autant agir calmement, consciemment, logiquement,  pour que l'été nous prépare agréablement,  à une fin d'année heureuse.
 
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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 08:00
PEUT-ETRE QUE...
Il suffit d'observer le ciel. Redevenu bleu et pur, il est magnifique sur la région parisienne en ce moment. Quand les nuages s'en vont bien sûr. Puisqu'on ne peut pas aller bien loin et longtemps, puisque sortir est problématique, je ne connais que ce moyen de m'évader. En dehors de la lecture, du sport et de la télévision. Le ciel est parfois si bleu qu'on se croirait ailleurs, sous d'autres latitudes. 
Alors je pars. Un maillot de bain, un paréo, une orangeade et des glaçons, une serviette de plage, quelques longueurs dans la belle bleue. Retour sous les palmiers, détente. Apéro sous la véranda, barbecue. 
Sinon, une canne, des hameçons, des chaises pliantes, un panier pique-nique et la rivière  qui reflète les saules des berges. Des libellules, des moustiques et des nageoires qui frétillent.
Ou encore, un sentier escarpé, de la rocaille, des genêts, une végétation sauvage,  ça grimpe, un sac à dos, de bonnes chaussures de marche, des monts, des vallées, des ruisseaux, de l'oxygène. 
Et toujours, le ciel, dans lequel on  visse le regard. Dont la pureté guide le moral et réactive le sentiment de liberté, d'envol, d'infini. 
 
 
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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 08:00
A PLUS TARD
Quand je n'ai pas de mission, cette période me demande une grande organisation, et de la discipline. Temps d'écriture consacré à mon prochain roman, temps de sortie, télévision, sieste, prise de repas. Et sport. Je me suis préparée, chaque jour, une heure de tapis de marche. Efficace, endurant, bon pour le coeur et la circulation. Vitesse 6, inclinaison 6.  Un bon rythme. Tenue de sport, baskets, bouteille d'eau. Toute la panoplie, quoi!
Je télécharge un film sur l'ordinateur, comme ça, pas d'ennui, le temps passe, je ne pense à rien, je marche. J'ai imaginé toute une installation, afin de placer mon portable à hauteur des yeux. C'est impeccable. Sauf que parfois, tout ne se passe pas comme je souhaite. 
Alors je remets ma séance à plus tard.
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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 08:00
Une série qui a bercé mon enfance!

Une série qui a bercé mon enfance!

Le problème c'est qu'on aimerait éviter le sujet. Vous me l'avez toutes répété en commentaire sur mon dernier post. Alors je me suis aperçue que  pour cela, il fallait faire marcher mon imagination. Un peu comme quand on envisage de marcher sur mars, dans un futur lointain. On analyse le sol, l'atmosphère et on étudie les moyens d'y parvenir. Pour le moment c'est utopique et risqué. Mais on continue de photographier la belle rouge sous toutes les coutures. Elle fait rêver.
Parce que marcher dans la rue, normalement sans avoir à se justifier, ne pas porter de masque, s'entasser sur les plages, aller au cinéma ou au théâtre, embrasser ses enfants, prendre un Spritz à la terrasse d'un café, c'est devenu tabou, téméraire, explosif. La vie d'avant, banale et quotidienne, n'est plus la vraie vie. Elle appartient à une dimension suprême, un monde parallèle. Depuis que l'envahisseur est là, nous naviguons en pleine science fiction. Et ne connaissons pour le moment aucun David Vincent susceptible de l'arrêter.
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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 08:00
LEÇON
On aimerait évoquer autre chose, parler de vacances, du temps qu'il fait, des projets des uns, des autres. De recettes de cuisine, oui, pour des repas de partage, d'amitié, de famille et non pour quelques personnes confinées. 
Mais aujourd'hui tout tourne autour du virus, nos vies lui sont dévouées. C'est lui qui décide, qui oriente, tue, épargne. Il se prend pour le créateur. Pas Dieu, on ne combat pas Dieu, on ne cherche pas à l'anéantir. On aurait plutôt tendance à anéantir en son nom. Non il est dictateur, s'imagine qu'on doit obéir, ne plus réfléchir, se laisser marcher sur les pieds.
C'est peut-être ce qui motive les réfractaires au confinement. Le refus d'obéir à un virus impalpable et qu'ils ne fréquentent concrètement. Mais autant un dictateur est grotesque, malade, narcissique, un virus est sournois, futé, et s'insinue partout. L'éliminer c'est l'isoler, tant qu'on ne peut pas le détruire.  Je crois qu'il faut faire avec ça, ne penser qu'à ça, que ça devienne un objectif. Comme chaque fois qu'on a un but à atteindre. Se focaliser sur, puis changer de bataille. Et passer à autre chose, rembobiner le fil de son existence.. 
Le confinement est aussi une leçon de vie. 
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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 08:00
Vincent Van Gogh, le Docteur Paul Gachet, 1890.

Vincent Van Gogh, le Docteur Paul Gachet, 1890.

Le dimanche midi en famille, en cette période, c'est rendez-vous apéro, sur le net. Chacun y va de son petit Crément, cacahuètes, ou rhum, accras.  On blablatte, tout va bien. C'est devenu un rituel. On a instauré une routine, rien de folichon, puisque les sorties sont interdites. C'est le confinement, c'est passager, c'est prendre son mal en patience.
En ce moment je lis un livre de Doris Lessing: "Si vieillesse pouvait". Elle y parle de l'amour, passé la cinquantaine, des enfants, des vieillards. Le très grand âge, pour lequel chaque jour est une routine, un rite  imperturbable. Le lever, l'aide d'un déambulateur, la toilette, le petit déjeuner, apercevoir par la fenêtre, les jeunes, les actifs qui vont travailler. Les visites de l'aide ménagère, de l'infirmière, de la bonne voisine. Chacune passe en courant, chacune a sa vie. Et puis les vieux, ça sent mauvais. Alors, un petit caprice, une colère, afin de retarder les visiteurs, de les accaparer, ne fait pas de mal. Les minutes s'enchaînent jusqu'au retour des mômes, de leurs parents, jusqu'à l'heure du feuilleton, de la toilette et du lit. C'est le confinement de l'âge. Celui-là est sans issue.
Le virus fragilise ou démolit notre présent. Lorsqu'il s'attaque aux anciens, qu'ils soient chez eux ou en structure spécialisée, il nous flanque au visage le futur que nous refusons de voir. Remercions ceux qui en prennent soin et tentent de l'adoucir.
PS: son air las, sa solitude, m'ont fait choisir Paul Gachet pour illustrer mon texte.
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 08:00
LUEUR
Samedi matin, dans les couloirs du métro à la station Châtelet. C'est la première fois que je suis seule à glisser sur le tapis. Le plus étrange, c'est le silence. Il manque les pas pressés, les talons nerveux, le froissement des manteaux, le roulement des valises, tout ce qui fait que le sang de la ville circule dans ses veines, dynamique, oxygéné. Depuis que j'ai vendu mon officine, je travaille en intérim et sillonne l'Île de France de pharmacie en pharmacie. Dans un futur pour le moment hypothétique,  j'espère aider mon fils lorsqu'il s'installera à son tour. Alors je fais marcher la machine, j'entretiens le rythme, les jambes, je reste au coeur du métier. 
Malgré la fatigue, quand j'assure parfois 10 heures d'affilée sans pause, malgré le devoir de protection, masques, gants, solution hydro alcoolique, quand c'est possible car toutes les pharmacies ne sont pas pourvues de la même manière, je me sens portée par les témoignages, les encouragements, la gentillesse des clients. 
Les temps sont difficiles et le plus compliqué est à venir. Mais il me semble qu'une lueur est au bout du chemin. Celle de notre Renaissance.
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