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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 10:00

 

Pour les textoésies de Suzâme : miroir, envers ou endroit; inspiré de ma visite à la maison de l’Amant de Marguerite Duras à Sadec, Vietnam.

 

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On dit qu’elle n’a pas connu l’endroit à Sadec

C’est  pourtant elle qu'on vient chercher et qu'on dissèque

L’amant y installa sa famille ; des photos

Dans des cadres sur les murs, se répondent en écho

 

C’est un jeu de pouvoir, elle est là, on la guette

Et lui avec les siens dans leurs habits de fête

Ils se narguent, ils s’auscultent, ne parlent pas d’amour

Liés par le passé, ils se blessent toujours

 

Derrière leur histoire c’est toute une société

Qui feint de s’émouvoir que puissent se désirer

La femme dans le miroir,  cet homme distingué

Et veut obstinément, de force, les séparer

 

Campé devant la  glace, dans la demeure classée

Il est jubilatoire de se photographier

En un reflet tremblé, tenter d’apercevoir

La femme vénérée,   cet homme dans le miroir

 

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 08:00

 

Chez Enriqueta le défi est : c'est un petit lieu qui ne paie pas de mine, banc public, ruelle, place, arrêt de bus… un endroit qui ne vaut pas le détour sauf pour vous. Décrivez ce lieu et racontez pourquoi, il vous plaît ou déplaît tant.

 

Photo-008.jpg

 

C’est un réverbère pour moi, à Beaulieu sur Dordogne où nous avions passé nos premières vacances en amoureux, avec mon mari. L’été,  Beaulieu est une fourmilière : un terrain de camping à la sortie de la ville, des vacanciers  agglutinés autour de la Dordogne qu’ils traversent en pédalo, ou éparpillés dans les  nombreux bars. Le soir lorsqu’on s’assied sur le banc, dans la douceur des nuits d’août et sous le double halo de la lune et du réverbère, l’eau a une odeur de terre grasse et fertile.  Les générations s’entrecroisent à l’heure de la promenade, les accents de France se marient, quoique saupoudrés de flegme britannique. De là on aperçoit les silhouettes des maisons. Les pierres racontent des histoires du terroir, que les chats de la ville se transmettent le jour, en les écoutant, quand les briques brûlent sous le poil, au soleil. On se représente les rues étroites où il fait bon se perdre lorsque sonne le carillon de l’église, que le  vent soulève le lierre plaqué aux murs centenaires. Tout près, se tiennent de petits restaurants gastronomiques aux terrasses donnant sur la Dordogne. Des pensions de famille aux menus pantagruéliques où le confit de canard se marie aux pommes de terre et où les noix sont reines.  Il est agréable de s’imprégner du pays qui s’ouvre au monde et rajeunit  le temps d’une saison, comme pour s’aérer. Comme on déplie le journal et lit les nouvelles, se tient au courant de la vie, ailleurs. Un journal que Beaulieu referme ensuite afin de poursuivre un chemin de rocaille façonné par les siècles.

 

Photo 005-copie-2

 

Depuis nous retournons souvent à Beaulieu où notre jeunesse s’est accrochée aux murs, aux pavés, aux berges de la Dordogne. Au réverbère. Au printemps la nature est  verdoyante, moussue, les odeurs d’herbe mouillée montent du sol. Les tuiles des maisons luisent au loin comme vernies. La Dordogne  qui s’ébroue au sortir de l’hiver est glacée, et galope comme un jeune chien, la gueule baveuse. Ses berges désertées avides de sensations, bruissent de plaisir sous les pas des premiers touristes. A cet endroit, entre le banc et le réverbère, on entend sans les voir, les chutes et la rage qui les accompagne. Ce bruit sourd, incessant est celui de notre jeunesse qui rue. Mais si l’on se retourne, le regard porte sur la montagne paisible, incontournable, signe du temps qui vient. Celui des jours denses et précieux que savourent ceux qui ont déjà vécu une bonne part d’existence.  

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 10:00

 

Le casse tête cette semaine chez Sherry est: expressions animalières

 

 

Photo-0030--2-.jpg

 

Je suppose que vous les avez toutes nommées, alors j’ai décidé de ne pas les évoquer. Mais comment relever ce casse-tête alors ? En parlant d’animaux malgré tout. J’ai choisi les biquettes qui squattent dans le jardin mitoyen de celui de mon beau-père dans l'Oise. Elles sont arrivées là un jour que les voisins parisiens avaient décidé de jouer les fermiers. Un paysan leur  avait offert une paire de biquettes « domino ». En omettant de dire que la plus claire attendait des petits. Voilà nos parisiens ravis, ils construisent un enclos dans leur jardin, et mon beau-père fouineur repère le petit ventre rond de la demoiselle. Mais il se tait car les parisiens sont un peu snobs c’est bien connus. Ils lui auraient répondu de se mêler de ses affaires. Alors motus….

Il joue l’étonné quand les petiotes arrivent et plaint ses gentils voisins  de tout cœur. Bien sûr, sans vouloir jouer les Cosette la suite est prévisible. Les biquettes,  les bêlements incessants, les galopades telles qu’il devient indispensable d’agrandir l’enclos, tout ce tintouin c’est rigolo deux minutes. L’enclos est vite tondu par la petite famille et on oublie de la nourrir ensuite. La petite chèvre noire devient jalouse de la jeune maman fiérote. Tout le monde a faim et les bêlements redoublent.

Mon beau-père se faufile en douce dans l’enclos et y dépose quelques salades de son carré, des carottes aussi. Quand il arrive, l’accueil est triomphal, tintement de clochette, sérénade, petits galops précipités, mouvements de barbiches. Joie, bonheur, félicité ! Avec les voisins c’est l’entente cordiale à présent qu’ils sont déchargés d’un fardeau. Vous vous en doutiez ? D’ici peu, allez, un mois, deux mois ?  les biquettes auront changé de propriétaire. Gratuitement, à n'en pas douter. Et puis franchement, elles sont mignonnes, et les nourrir  ne casse pas trois jambes à un humain !

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 08:00

 

Défi 89 chez Enriqueta pour les jeudi en poésie : rendez-vous

 

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Nous avions décidé d’un rendez-vous secret

Afin de retrouver intactes nos années

De lire, moi dans ses  yeux, elle dans les miens

Que la vie n’avait  pas éloigné nos chemins

 

Quelque part dans la foule, en dépit des regards

Nous nous étions livrées, l’une à l’autre sans fard

Avions réinventé  nos jeux d’adolescentes

Et ri pour des bêtises, papotages d’étudiantes

 

Un petit vin aidant, de la chaleur aux joues

Et nos mots libérés, les fou-rires, le bagout

De la folie dans l’air, l’instant des confidences,

S’était institué un climat de confiance

 

Fi de la discrétion, des pudeurs, des soupçons

Nous avions évoqué nos maris, nos garçons

Echangé des photos et contemplé nos filles

Banalités sans nom de la  vie de famille

 

Mais nous avions aussi déballé les forfaits

       Les sottises, les  regrets de nos jeunes années

Comme pour justifier l’usage que l’on fait

De l’expérience acquise au cours du temps passé

 

A l’heure du départ, il restait tant à dire

Qu’une journée entière n’y aurait pu suffire

De nous revoir bientôt nous fîmes la promesse

De cette complicité renouveler l’ivresse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 10:00

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Dans le silence et loin de nous, il prend la brise

Au parfum  doux, déplie ses ailes mouchetées

Se pose en star désabusée, sur un lacet

Oblique, prêt à l’envol,  parfaite maîtrise

 

 

 

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Il navigue dans la soie et épouse les crêtes

D’une eau calme et moirée par un matin d’été

Pour lui, à l’horizon, le ciel clair azuré

Compose le couvercle d’une sublime cassette

 

 

 

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Fascinée, je ne me lasse pas de l’admirer

Impossible de deviner quelle fleur dressée

Ainsi racée, offrant l’or pâle de ses pétales

Gantée de rose, me snobe, orgueilleuse, verticale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 10:00

 

Casse tête cette semaine chez Sherry: pannes et solutions

 

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Avec le changement d’heure, j’ai pensé à la panne d’oreiller inversée. Au réveil précoce. Parce que c’est le risque, de l’été vers l’hiver. En se couchant le soir, très tard car il y aura du rab, on abuse un peu, on croit pouvoir profiter de cette petite heure. On espère s’endormir dessus comme sur un oreiller moelleux. Cette petite heure heure-là, elle est magique, peuplée de marrons éclatés, de citrouilles évidées, de bonnets rouges bordés de fourrure blanche. Elle raconte des événements à venir, attendus et sans surprise. Elle revient tous les ans comme un cadeau sur le temps, c’est une heure pendant laquelle on ne vieillit pas. Elle devrait agir comme un élixir et stopper tous ces phénomènes hormonaux et physiologiques qui attaquent nos cellules. Et, pourquoi ne pas inverser le processus ensuite. Benjamin Button a dû connaître ça, la petite heure déboussolée….

Mais c’est sans compter sans l’horloge biologique qui traque la petite heure et la coince entre les aiguilles et la trotteuse. On peut dire que c’est de l’excès de zèle, on a beau faire, on ne se lève pas plus tard que la veille. Parce que le corps a son compte, il est persuadé d’être à l’heure. Il est en panne.  Il ne le reste pas longtemps, il s’adapte. Sa solution est là, c’est le principe de la vie. Il intègre le nouveau paramètre, il avale et digère la petite heure. Et oublie très vite qu’elle a existé.

 

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 10:00

 

Pour illustrer le tableau-sujet de la quinzaine chez Miletune

 

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Edward Hopper

 

Celui-là est américain. Alors c’est autre chose. Il n’y a rien à admirer chez lui. Pas d’architecture particulière, de majesté, pas de passé. Il  semble dérisoire,  n’est même pas perdu. N’a pas l’étoffe  des géants solitaires. On n’y débarque pas hélitreuillé comme aux phares d’Armen ou de la Jument. Il y a trop de bâtiments autour, de toits, de cheminées. De vie en dehors et tout près. Il n’est pas cœur battant. Il est fonction, chiffres, calculs. Il est propre, impeccable, entretenu comme tous les phares. Il n’a qu’un dieu, la lumière.  Il est à son service et guide les marins. Ici, pas de lit, de pantoufles, de photos, de livres. Ca se devine, ce côté technique, machines, radios. Il y a le phare, ses murs épais brisant des lames d’eau salée, et la maison à côté. Dehors l’humain. Ce phare-là n’est qu’un bloc.

 

Cependant il domine, comme le clocher d’une église, il rassemble, il fédère. Comme il est accessible, on vient le consulter. Il apprend la mer aux terriens. La mer, on l’attrape tout là-haut par les yeux. On lui montre qu’on est fort, au-dessus d’elle et près de Dieu, le vrai. Il y a  de la prétention à grimper dans un phare, de l’arrogance, un sentiment de puissance. Ca donne le vertige, toute cette écume, ces vagues fracassées au pied, adoratrices sacrifiées. Alors on imagine la nuit, tous ces feux, ces signaux, ces nœuds sur le littoral. Aussi beaux, aussi doux que des rubans dans la chevelure d’une enfant. De beaux repères sautillants.

 

Il me plaît ce phare, en fin de compte. Il n’a pas d’histoire comme Le Stiff ou Cordouan.  Il n’a pas la vie en dedans, mais  il éclaire le jour comme il allume la nuit. Dans ce tableau, le ciel a une couleur d’eau de vaisselle et les bâtiments semblent enfoncés dans la toile. Lui se détache, triomphant. On dirait qu’il bouge, qu’il rayonne, emportant nos rêves.  

 

Clin d’œil à l’exposition PHARES qui s’achève bientôt au musée de la Marine, à Paris.

 

 

 

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 08:00

 

 

Pour les jeudis en poésie chez Un soir bleu, thème: de la cave au grenier.

 

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Je les entends courir, je les entends piailler

Dessous les portes grises, aplaties, effrayées

Elles glissent, comme éprises d’un vent de liberté

Elles sautent et tétanisent les gros chats du quartier

 

De nos pièges, elles se moquent, de nos ruses elles s’amusent

L’homme n’est qu’un gros bênet,  et à ces jeux il s’use

Ce qui les fait courir, sursauter, rebondir

C’est la valse du balai qui les prend dans sa spire

 

De la cave au grenier, il fouette le pavé,

Le carrelage, la moquette et frotte le plancher

Derrière les tuyaux, elles doivent se retrancher

Les  canalisations constituent leur foyer

 

Car au fond c’qu’elles adorent c’est l’odeur du gruyère

Qui emplit la cuisine et leur museau s’y perd

De toute la maison c’est l’endroit qu’elles préfèrent

    Mais c’est aussi la loge du bourreau tortionnaire.

 

 

 

 

 

 

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 10:00

 

Pour évoquer l’automne en textoésie chez Suzâme

 

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L’automne racole sur le périphérique et va

Rampant, comme une fille dévoile ses appâts

Dessous des bas résilles, montre sa chair roussie

Et tend les bras, soucieux d'attiser vos envies

 

Aguiche sans vergogne, lance des rameaux de feu

Se colle aux murs en un tango audacieux

Tout en douceur, le vent écarte son feuillage,

Avec ferveur, il  sait répondre à vos hommages

 

Si, pressé de cueillir la saison qui se vend

De franchir le grillage,  la fantaisie vous prend

Telle une demoiselle offerte dans une vitrine

La belle peut  jouer de votre humeur libertine

 

L’automne a bien deux sexes, Hermès et Aphrodite

L’ont condamné à plaire, à séduire sans limite

Sachant pertinemment que ses jours sont comptés

Il savoure  lentement, des heures la volupté

 

 

 

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 08:00

 

Pour évoquer mon « grenier imaginaire » comme m’y invite Un Soir bleu dans le défi 88

 

 

grenier jardin

 

Le mien serait organisé, un vrai un jardin maraîcher. Avec des carrés séparés et des touches de couleurs. Il serait parfaitement ordonné. Couvrant le sol avec des allées et des bruits de pas sur le gravier. Les visiteurs prendraient le temps de s’arrêter, de se pencher, de respirer l’odeur du passé exhalée par les souvenirs. Certains froisseraient des feuilles, ouvriraient des cahiers comme on casse une tige de basilic, comme on frotte une branche de thym en salivant par avance sur le  menu du soir. Il y aurait les disques de jazz de mon père, soigneusement rassemblés, Sydney Bechet gonflant les joues sur sa trompette, tout en haut d’une pile solide, tel un tronc d’arbre à l’ombre duquel mon humeur potagère s’épanouirait.

Il y aurait un classement par années, par catégories, par photos, cahiers, objets. Ce serait rigoureux avec des étiquettes et des images, on procède de cette manière pour les graines chez Truffaut. Il y aurait des bijoux cassés, des perles disséminées ainsi que des fraises rampant au sol. Il faudrait parfois extraire de la mémoire au rangement, en plongeant ses mains gantées dans des bacs, on s'imaginerait arrachant des patates à la terre. On s’esclafferait : oh les bottes de Mamie ! et on détecterait un carré de poireaux au loin, à la simple vue des feuilles engainantes. Il faudrait empêcher le chat de mordiller les ficelles autour des journaux comme si c’étaient de jeunes et tendres pousses de persil. De faire pipi sur la menthe comme si c’était les chaussons du grand-père. Ou le contraire. On chercherait à cueillir des salades en ramassant des vêtements de poupée, à croquer des radis en mordant dans une pièce dorée,  à  peler des oignons en pleurant sur la photo du chien Toby. On aimerait dépoussiérer un vieux sapin et le décorer de boules afin qu’il ait l’air d’un plant de tomates. Et évacuer des chaises bringuebalantes ou des verres cassés, de la mauvaise herbe tout ça. On s’efforcerait de redresser des étagères, on lève bien les salsifis, de ramasser des cintres pendouillant,  les haricots verts, ça tremblote aussi. Enfin vous l’avez compris, mon grenier serait écolo, et chacun y trouverait de quoi faire une bonne soupe, sa bonne soupe.

 

 

 

 

 

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