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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 10:00

 

 

Photo-134.jpg

 

 

Ces pompons bordent les murs  blancs de la maison,

Comme des  nœuds placés tout ronds sur des chaussons

Elle préfère qu’on enlève ses  souliers de ville

Et qu’on emprunte le chemin d’un pas tranquille

 

Dans un bruissement de soie, et sans falbala

Sabots aux pieds, elle arrive, à tous petits pas

Souveraine et altière dans ce manoir champêtre

Où entre le soleil  par de nombreuses fenêtres.

 

Elle l’a voulu coquet, chaleureux, romantique

Suscitant   la passion, les échanges  bucoliques

Un  cadre apaisé dans lequel tourmenter

Les muses ; et écouter  le sol, les murs pleurer

 

 Photo 138

 

Un lieu  où vibre l’âme, où déclarer sa flamme

Esquisser un portrait,  harmoniser ses gammes

Entre intellectuels, charmants, spirituels

Entre gens de salons, se voir pousser des ailes

 

Elle ne peut guère se passer des bois, des forêts

Qui entourent son domaine, son royaume des fées

Un pays de sortilèges et  de feux follets

Une vallée noire, haies vives, chemins encaissés.

 

Je l’imagine sans peine, au peuple associée

Elle observe de près Fadette ou Sylvinet

Partage leurs joies simples et l’amour de la terre

Consigne par écrit leurs émois, leurs galères

 

Dans son  jardin remarquable, se poste soudain

Entre les cèdres plantés par elle, de ses deux mains

A la naissance de ses enfants, défiant le temps, 

La Bonne Dame de Nohant est aussi maman

 

 

 Photo 129

 

 

 

 

 

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 10:00

Selon un challenge proposé par Lénaïg durant l’été, je me prête au jeu  de la proposition B : Commencer par :

"Il ne se passa rien, ou à peu près l'équivalent de rien, pendant plusieurs semaines ; et puis, un matin" ...

et finir par :

"Mais j'ai toujours fait mes choix à l'intuition, uniquement".

 

 Photographes4.jpg

Photo prise sur le net    

Il ne se passa rien, ou à peu près l’équivalent de rien, pendant plusieurs semaines ; et puis un matin, ce fut la délivrance. Son visage me hantait, me torturait depuis que j’avais eu son image, dans l’objectif par erreur. Ce fut lors un goûter d’anniversaire au cours  duquel   j’étais gardien des souvenirs. Emprisonnais des robes à fleurs, des culottes courtes et des nattes, pour la postérité. Par mégarde, j’avais attrapé une grande sœur, postée au second plan. Attrapée, afin que je lui courre après. Elle ôtait de l’éclat à ces visages ronds aux yeux brillants car son sourire dévorait le monde. A commencer par eux, ces enfants, princes d’un jour. Un halo, une blondeur phosphorescente l’enveloppait jusqu’aux épaules. Ses cheveux fonçaient dans l’épaisseur, lui donnaient de la consistance, de la profondeur.

J’avais tiré un exemplaire de la photo sur papier  que je gardais dans ma poche. Et mon ordinateur s’était accoutumé au curieux fond d’écran que je lui  avais infligé. Il grésillait bien un peu au démarrage, signifiait son agacement. Il me jugeait superficiel, entiché d'une Marylin,d'une coquille vide. Mais j’avais saisi quelque chose, j’avais besoin d’autres clichés. Comme lorsque les mots ne suffisent pas à exprimer des sentiments, ou qu’ils ne s’inscrivent pas spontanément sous la plume. J’avais livré ma commande, ça ne me regardait plus. Les jours passaient, amputés de leur folie, de leur légèreté. Enflaient, gorgés d’espoir, de désespoir, de quoi au juste... Cette perruque blonde passait devant mes yeux, des fils épais, de la soie douce, aérée. Je n’étais pas amoureux, les autres s'inventaient que je l’étais. Cela devenait une obsession, de celles qui poussent à téléphoner sans laisser de message, à n’importe quelle heure du jour, de la nuit. Lorsque la voix espérée au bout du fil apaise, ressource, abreuve. Je ne connaissais pas sa voix, je n’avais pas son numéro de téléphone. Je n’étais pas amoureux. J’étais malheureux, incompris.

 

Mon calvaire cessa brusquement au réveil, le lendemain de cette soirée, fameuse. Je l’avais revue par hasard, lors d’une exposition. Elle ne m’avait pas reconnu, m’avait-elle remarqué simplement, la première fois ? Elle regardait une photo au mur, un verre de champagne à la main. Semblait figée dans une robe noire cintrée à la taille. Son visage était pâle comme son sourire. Et pincé le sourire, ainsi que les narines. Elle se détaillait, détaillait son portrait. Par quelqu’un d’autre que moi exposé. Le chef-d'oeuvre par un autre réalisé. Toutes les subtilités, les contrastes, la fragilité, la force qui émanaient du modèle avaient été évalués et restitués. Je m’étais incliné, je ne prouverais rien avec elle. De sa beauté, de mon talent. Elle s’était tournée vers moi, avait chuchoté dans un raclement de gorge :

-         Ne trouvez-vous pas que je suis affreuse là-dessus?

Avant que  je réponde, surpris, l'artiste s’était approché, l’avait effleurée à l’épaule, puis avait déclaré, s'adressant à moi :

-         Elle est splendide n’est-ce pas ? J’ai eu un peu de mal à sélectionner des modèles. Mais j’ai toujours fait mes choix à l’intuition, uniquement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 10:00

 

Casablanca-001.jpg 

 

La gare est le noyau de toutes les artères

Ils s’y rendent, ils en sortent  et mordent la poussière

Comme des coccinelles affriolées de sève

Ponctionnent les nervures dès que le jour se lève

 

On s’entasse, on se pousse, on s’écrase en cadence

Sur des sièges éventrés, de la tôle en souffrance

On se dit en en riant que ça vaut bien le tram

Et qu’on ira partout, pour seulement cinq dirhams

 

Place des Nations Unies, quartier du Belvédère

Des circuits, des trajets, et laissez-vous donc faire !

Vous dépayseront,  l’aiguille de la Mosquée

Non loin de la Corniche, est une Belle très prisée

 

Casablanca 024

 

 

Et si vous leur plaisez, et s’ils sont  un peu fous

Les chauffeurs sauront mettre la ville à vos genoux

 Offrent un thé à la menthe, une corne,     aux gazelles

Car c’est  le nom qu’on donne, ici, aux demoiselles

 

Si vous le souhaitez,  vous mèneront à Rabat

Dans les parfums fruités, au cœur des Oudayas,

Des abords feutrés aux marbres du Mausolée,

De ces Princes Alaouites qui règnent au Palais

 

Pour s’oxygéner retourneront à la gare

Envers d’autres touristes auront bien des égards

Gourmands, ils  se nourrissent de globules, du sang frais

De délicieux oisifs qu’il fait bon promener

 

 Casablanca-045.jpg

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:00

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : suggestion

 

20-juillet-2012-1261.JPG 

Au loin à l’horizon, incident de parcours

Posées au creux des vagues, flottant sur du velours

Imposent le silence, se pulsent avec aisance

Approchent de la coque, translucides nuisances

Suggestion ?

 

20-juillet-2012 1186

 

 

 

 

 

Regroupées dans le port, enkystées sans un bruit

Silhouettes fantômes ballotées par les flots

 Tandis qu’un ultime rayon persévère et luit

On entend de la nuit, le tout premier sanglot

Suggestion ?

 

Photo 002    

 

 

 

 

 

 

A l’avant et crinière dressée, caracole

Les dents serrant le mors, dirige la gondole

Berce les amours, lumineux guide d’un jour

Illusion des cœurs sourds flirtant avec toujours

Suggestion ?

 

Photo 013 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 10:00

 

 barrieres

 

Nous avions décidé de visiter l’exposition Helmut Newton le 22 juillet. Il faisait beau, l'exposition s'achevait le 30, des arguments qui se valaient. Et compliquons-nous la tâche, c’était l’arrivée du tour de France. Plus évaporés que ça, tu meurs! Juste derrière le Grand Palais, un bazar de grillages, barrières, barricades en plastique. Un brouhaha de paroles mâchées dans des hauts parleurs,  langues baragouinées avec enthousiasme, drapeaux haussés par des Marianne en short  ou roulés sur le torse. De la couleur, de l’imprévu, un événement, de quoi shooter sur le vif.

De quoi entrer dans l’univers d’un photographe par la petite porte. Helmut Newton, c’est un nom célèbre, une légende. Je n’avais que ces indications-là. Naissance à Berlin en 1920, a fui le régime nazi, a voyagé, Australie, Etats-Unis, Grande Bretagne. Et puis le choix définitif, la France et Monaco. Une épouse dévouée, organisatrice de l'exposition, célèbre aussi sous le nom d’Alice Springs.

 

 cdeneuve.jpg

 

Je connaissais sa Catherine Deneuve, et quelques grands noms de sa mode comme Inès ou Kate. C’était beau, lisse, chic. Des images pour glacer le papier épais des magazines qu’on feuillète chez le coiffeur.  Grâce à lui  les couturiers faisaient la roue dans Vogue. Il envoyait des stimuli hauts de gamme à des mâles raffinés et en rut. Il prônait l’extravagance, la démesure, comme tous ceux qui souhaitent qu’on parle d’eux. Helmut ne m’était pas accessible, ne me touchait pas, n’était pas de mon monde.

 

 08-Helmut-Newton.jpg

 

Et j’ai découvert un petit monsieur charmant, rieur, un rien cabotin. Très proche de vous, de moi. Il ne fallait pas rater le film projeté au cours de l’exposition.  Qui renseigne sur l’homme et sur son travail. Ce regard incisif sur les corps, cette matière, la chair, cet outil. Le besoin de femmes à charpente  musclée, au look  androgyne ou totalement sexué, décomplexé. La force qui se dégage de ces photos, de ces mouvements à l’arrêt. On croit voir des cuisses  s’écarter, les mains caressent, les seins provoquent, se tendent, détachés du corps.  Helmut, c’est Degas, un siècle plus tard. Ce même intérêt pour la nudité, que les corps soient dévoilés ou habillés.

Lorsqu’on ferme les yeux dit-il et qu’on les rouvre ensuite, on perd tout  ce qu’on avait dans la tête. Lorsqu’on  obture l’objectif, un millième de seconde, il restitue tout sans tricher, dans la netteté, dans la vérité du photographe. « Ce n’est pas toi, que je veux montrer, c’est l’idée que j’ai de toi ».

J’ai fermé les yeux  pour continuer ma balade chez Helmut. Quand je les ai rouverts, il était à  mes côtés, il me donnait une petite tape sur l’épaule. Arrête-toi là, cette femme ficelée, ses gants en latex, ce portrait de Mr Le Pen avec ses dogues, célèbre pour de mauvaises raisons, est-ce que ça te dérange ? Parce ce que j’ai toujours des menottes, des chaînes, des cordes dans ma voiture, ce sont des outils de travail. Je ne me soucie pas du convenable, du conforme, je veux interpeller.

 

helmut-newton-grand-palais-3845074384.jpg

 

Observe ma Léni Riefenstahl, le visage de la vieillesse, sa noblesse, sa hideur ! Concentre-toi sur cette main, ces doigts boudinés, l’argent, le vernis, la pierre. Demande-toi ce que je veux exprimer ! Prends le temps, regarde mes Saint Laurent, Mugler, Chanel, n’y a-t-il que du luxe, de la préciosité, de l'exceptionnel? N'y a-t-il rien qui te touche, toi dont l'univers est tellement loin de tout ça. Ca peut être la fille, le tomber du vêtement, l'amorce d'un geste, une attitude, fierté, modestie, arrogance. L'arrogance chez l'autre, a quelque chose d'insupportable, d'admirable aussi qui paralyse. J'avais toujours pensé ça. Là, on me le montrait, c'était palpable. Et sa voix à lui, cet accent délicieux. Quand je fabrique des situations loufoques, femme mangée par un crocodile, Walkyrie, nu contre un réfrigérateur, suis-je dément ou créateur ?

Vous êtes un artiste, Mr Newton, définitivement. Il y a votre style qui  fait votre renommée. Il y a votre travail, votre influence. Et votre oeil, votre profondeur, votre sens de l'humour, de la dérision, des couleurs, des profils, des contrastes... Si j'arrêtais...

 

       Elmut.jpg

      Là c'est moi dans la galerie, et mon mari n'est pas Helmut Newton!

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 10:00

Pour commenter la photo-sujet de la quinzaine chez Miletune

 

Les salles de jeux ne signifient rien pour moi. La seule fois où je m’étais présentée au Casino de Monaco à l’âge de vingt-et-un ans, les agents de sécurité avaient malmené ma carte d’identité, suspicieux.  Je m’étais collée aux machines à sous. Et m’étais ennuyée très vite.

Mais ces lettres illuminées disposées en arc de cercle sur le fronton d’un édifice, les mots salle et jeux,  les dés bondissant comme l’eau d’un torrent, les jetons qu’on balance en masquant la nervosité sous de la nonchalance, la roulette aux encoches bicolores, comme des sentiments tourmentés, m’évoquent la passion. Celle du Joueur de Dostoïevski, celle de Grégory Peck pour Ava Gardner dans le film tiré du livre : Passion Fatale. Peu importent l’histoire et les ravages de l’amour et du jeu. Je ne vois que deux héros sublimés par une rencontre et par le lieu où elle s’épanouit.

 

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Il est beau, grand jeune, mince, torturé. Comme ces êtres qui n’ont pas encore vécu mais sont prêts à succomber à la grande aventure de leur existence. Il est malléable, manipulable, et perméable. Le jeune homme en costume, nœud papillon et gants blancs, est fasciné par le jeu puis possédé. Dépossédé de lui-même. Sa fièvre de gains le conduit à boire les paroles du croupier, à se désaltérer à grandes lampées de « les jeux sont faits ». Sa fièvre d’amour l’envoie se noyer dans des lacs clairs, les yeux d’une Ava, fière, angélique et démoniaque. Nous sommes à Hollywood, rouflaquettes et gomina pour lui, boucles torsadées, robes sublimes, perles pour elle. Nous sommes chez Dostoïevski, la passion est un moteur et se heurte aux calculs, aux intrigues, aux coups bas. Toutes les composantes du jeu sont là. Et l’atmosphère aussi, on boit, on se mesure, on se toise, on baisse les yeux en usant de l’éventail, on exerce son charme. Parmi d’autres joueurs, tout aussi enjôleurs,  perfides et perdus.

Moi spectatrice, comme dirait Mr Hollande, je m’étais régalée avec ce film  en noir et blanc, qui n’avait pas eu tant de succès que ça, à sa sortie en 1949. Si bien que l’image proposée par Miletune, me l’a automatiquement remis en mémoire.

 passion-fatale-the-great-sinner-robert-siodma-L-68hY_5.png

 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 10:00



Pour la communauté Textoésies et vous de Suzâme : des pensées aux rêves, ce qui existe des bactéries à l’univers…

 

 

Photos 20110922 002

 

 

 

Rêves, manque de cohésion, désorganisation

Une lampe fortuite et son pied en terre cuite

Un profil animal, seconde d’hésitation

Frôlement de moustaches, se risque et prend la fuite

 

 

 


 

 

 

20-juillet-2012-0343.JPG

 

 

 

Clapotis sur la vitre, étincelles et dentelles

Gouttes d’eau martelées, transparence et reflets

Et vogue l’imaginaire, voici une demoiselle

Dans les serres d’un aigle; par les ailes capturée.

 

 

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 10:00

 

Photo-002-copie-2.jpg

 

Il y a deux ans, j’avais déclaré que je passerais à Charleville- Mézières durant mes vacances. On m’avait demandé ce que j’allais y faire. Mes grands-parents s’y étaient mariés, ce qui était une raison sentimentale, et j’avais envie de rencontrer Arthur Rimbaud. Boutade, tout le monde m’avait rétorqué qu’il était mort. Mais tout le monde sait aussi qu’à Charleville, le poète se balade dans toutes les rues. Alors je l’avais suivi comme j’avais suivi ma grand-mère, et je m’étais arrêtée quai Rimbaud devant sa maison. J’avais grimpé des escaliers vers ailleurs et m’étais envolée dans des contrées lointaines, à la recherche d’un univers poétique. J’avais eu des mots et des rimes plein la tête. Un nuage dansait autour de moi. Aussi quand j’avais aperçu le musée de l’autre côté de la rue, en équilibre sur la Meuse endormeuse, j’avais su qu’Arthur rôdait tout près. C’était un matin triste de septembre. Le fond de l’air était doux, et le ciel gris. Les toits se détachaient, métalliques, les murs flambaient comme des épées issues de la forge et trempées dans un baquet d’huile immense et sinueux, au-dessus duquel nageaient des canards insouciants.

 

Photo 001

 

Illumination suprême, ces murs semblaient lancer leurs jambes arquées à la conquête du monde et les saules agitaient leurs tignasses de gamins mal peignés, sur les berges. Arthur, tu te tenais là, je n’avais qu’à tendre les bras pour te toucher….

 

 

 

 

 

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De Charleville à Bouillon, il n’y avait qu’une frontière. Et la curiosité me la fit franchir. Le ciel belge était bas, moutonneux, pesant, là aussi. Et pluvieux. Ce qui me convenait. Comment imaginer un croisé à la tête d’une armée partant pour Jérusalem, par une journée radieuse et ensoleillée. Même si Godefroy de Bouillon avait vendu son château pour financer sa première croisade, j’avais entendu les chevaux franchir le pont-levis, et le cliquetis des armures. J’avais vu ces murs épais dégorger leur cargaison humaine au service du Christ.

 

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Et en s’éloignant,  les chevaliers se retournaient pour un dernier regard sur leur construction imprenable, comme des enfants quémandant un encouragement de leur mère.

 

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De là-haut, j’avais contemplé la Semois qui faufilait son ruban argenté à travers la ville comme le glaive pourfendait l’hérétique au travers de sa cotte de mailles.

 

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 10:00

 

Marseille était l’étape obligée avant Bastia. Une journée dans la cité de Marius, le ferry, et à nous la Corse. La ville a su nous retenir comme un bonimenteur devant son échoppe. Nous ne verrions pas tout, pas même l’essentiel mais nous éprouverions le besoin de revenir. Comme si nous avions entrevu la caverne d’Ali Baba.

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Nous avons eu notre premier contact avec le port grâce à Notre Dame qui pointait le doigt sur nous au détour  de la route comme une invite. Un lieu de culte mais aussi un guide touristique très persuasif. Elle nous présentait sa ville comme une jolie fille enroulée au soleil,  l’eau clapotant sur son flanc.

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Nous avons voulu voir à quoi ressemblait la demoiselle et nous sommes posés bien des questions  à l’entrée du Vieux Panier. Des rues grimpantes et serpentant, des escaliers usés par les rigoles d’écoulement de l’eau. Le linge séchait aux fenêtres comme s’il nous saluait ou qu’il se moquait de nous, peuchère ! Des murs tagués, des façades ridées, pelées mais comment dire…

 

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Remuantes, agitées comme pour signifier : nous avons été belles vous savez, regardez,  il suffirait d’un lifting, d’un ravalement… et puis zut nous ne voulons pas nous débarrasser de l’histoire, nous retenons notre pelisse de peinture écaillée comme une armure protectrice. Et  d’ailleurs ça vous plaît à vous de penser qu’en nos murs « la vie est plus belle ! ».

 

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Allez admirer d’autres façades, d’autres balcons ouvragés. Accoudez-vous mesdames, dans la fraîcheur du soir, écoutez ces troubadours dont les chants parfumés au romarin racontent la Provence.

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Et vous messieurs, suivez ces autochtones. Ils avancent dans les ruelles, ils se dirigent vers le port, c’est l’odeur de l’anis, le tintement des glaçons dans les verres qui les attire. Ils se sont donné rendez-vous au café, ont le verbe haut et la langue pendue. Il y a là Escartefigue, Raimu, Mistral, Pagnol, Daudet. Avec un peu de pot, hum, vous les verrez conter fleurette à Fanny et à Mireille. A moins qu’ils ne coursent l’Arlésienne ou les cagoles!

 

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Ecoutez, les « Pays » qui se traitent d’enc..lés toutes les deux secondes, en pleine rue ou le téléphone pendu à l’oreille. Ici c’est affectueux, c’est enrobé de thym et de farigoulette, ça siffle à l’oreille mais ça ne rentre pas dedans !

 

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Nous avons visité l’église Saint Laurent toute proche du bord de mer, sur le vieux port. Elle est immense, magnifique évidemment, et de style roman provençal.  Ses arcs bicolores me rappellent Cordou en Espagne.  Comme si la Provence avait du mal à être entière, comme s’il lui fallait partager avec d’autres pour se sentir unique. Cette idée me plaît. 

 

08-03-2012-0444.JPG

 

Nous avons retrouvé la jeune fille à la tombée de la nuit. Elle dansait dans la rade sous les projecteurs. Il ne manquait que les boules à facettes pour lui donner ce côté rétro si actuel ! Elle gesticulait au milieu des bateaux, s’enroulait aux mâts, emprisonnait la lumière. Elle voulut grimper vers les remparts et nous la perdîmes tandis qu’elle escaladait la roche violette.

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 10:00

 

Il ne s’expliquait pas pourquoi il avait pris le métro ce mardi. Non il savait, il était trop perturbé pour conduire. Et elle avait improvisé. Elle avait pensé qu’elle devait lui remonter le moral. Il s’était retrouvé sur un banc à côté d’elle, en attendant la rame, après le travail. Ils n’étaient pas dans leur cadre habituel dans l’entreprise, ne parvenaient pas à s’adresser la parole. Et se comportaient comme deux étrangers. Mais il avait reconnu les longs cheveux fins et blonds,  la raie au milieu du crâne,  les lunettes de myope qu’elle chaussait avant de quitter le bureau car les lentilles la faisaient souffrir. Une robe arc-en-ciel à franges dessinait ses seins et soulignait sa taille. Elle avait un pardessus de laine noire, une sacoche en cuir vert posée sur le banc à sa droite. A un moment, elle lui lança un regard bref. Il feuilletait un journal mais c’était comme si elle lui griffait le visage.

 

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Elle se mit à fouiller sa sacoche, en extirpa un miroir de poche et un tube de rouge à lèvres. Posa les mains sur ses joues, écarta ses cheveux vers l’arrière, s’ébroua. Il rangea son journal, le remplaça par un livre de comptes et un stylo. Il lorgna dans sa direction, se détourna, crayonna sur le papier, l’épia de nouveau. Passa des pages. Lorsque le métro arriva, elle tira sur son manteau et se leva brusquement. Machinalement il la suivit. Ils évitaient de se regarder durant le trajet mais, profitant d’un coup de frein brutal, elle eut un élan de courage et sa main encercla le poignet de l’homme : « Je… Si vous voulez ce soir… »

C’était sa station. Il se dégagea si rapidement qu’elle sursauta. Il descendit sur le quai sans lui répondre.  Il donnait l’image du type qui échappe à un traquenard. Et réalisa qu’il était ridicule en collègue effarouché. Demain, il s’excuserait.

 

 

 

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