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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:00

 

Il arrive parfois qu’on prenne la voiture et qu’on dise on va se balader, on s’arrêtera quand on en aura envie. Ce sont les vacances, il fait beau, on a juste besoin de lumière, de couleurs et d’oxygène. Cette fois, on a choisi les Pyrénées, direction le Cirque de Gavarnie. Le trajet, sur la route, est semé de ruisseaux clignotants, de rivières clapotant, de campings gravitant le long des berges.

 

 2009-079.jpg

 

Enfouie sous les grands arbres à flancs de montagne et  tutoyant les pins, j’aperçois une maison de bergers, son toit pointu et l’unique fenêtre dans le mur qui luit comme l’œil d’un cyclope. On dirait une vieille dame au spectacle de sa rue,  cachée derrière un rideau de verdure ployant au vent, comme repoussé par une main tremblante.  Tout là-haut, les Pyrénées abritent des tapis de neige, allongés, bien à plat, qui prennent le soleil.

2009 082

A Luz-Saint-Sauveur, petite halte et repas sur une terrasse au-dessus d’un ruisseau caracolant sur les galets, moussu et baveux comme la langue d’un chien qui a bu.

2009 073

 

Ensuite direction le Cirque. Mais en amateurs, en touristes farfelus,c’est-à-dire, partis sur un coup de tête, un matin comme ça sans prévoir. La promenade dure trois heures trente, nous n’avons pas de chaussettes. Résultat, nos pieds en sang dans les baskets, et des douleurs aux mollets.  Nous n’avons  pas de sac à dos ni de casquette,  et  manquons défaillir sous le cagnard. 

2009 075

 

Mais le parcours  est enchanteur, les sentiers se maquillent comme des reines de carnaval, une touche de blanc-marguerite pour le fond de teint, de rouge fourni par le sureau à grappes, de jaune grâce au pavot de Californie et de bleu nuance buddléia.

 

2009 072

 

Nous croisons des randonneurs polis et souriants, nos glissades sont plus cocasses que dangereuses et nous avalons des goulées d’oxygène naturel.

 

2009 065

 

Arrivés au point de vue,  nous avons le sentiment  de vivre un instant qui compte. C’est la parade du cirque ! Sur la piste sableuse tournent les pins les plus hardis, les plus jeunes peut-être. D’autres, volumineux leur font une haie d’honneur.  Tandis que  les plus âgés, dressés à flanc de montagne jouent les spectateurs. Au sommet du chapiteau, on a dessiné une ville fantôme écrasée de lumière. Et notre regard se perd au loin, comme celui d’enfants ébahis.

 

 2009 097

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 10:00

 

dessin.jpg

 

 S’affranchir du classicisme, libérer les corps

Exposer la nudité, puis la revêtir

Monotypes charbonnés ; dessiner d’abord

Couvrir de papier humide et laisser agir

 

A l’empreinte révélée, donner la justesse

Des angles,  de la chair, sans idéalisation  

Courbes réalistes, refus de la joliesse

                                     Etres  imparfaits, souci de la précision                                 

 

monotype.jpg 

 

Ombres, lampes et miroirs, oser les reflets

A l’aide d’une pointe dessiner un détail

Tub, baignoire ; afficher du siècle les progrès

Repenser les antiques et sortir du sérail

 

Scènes d’intérieur bourgeois ou prostituées,

Chevelure dénouée, pouvoir sensuel

Vérité crue exposée, abandons soignés,

Bas de soie déroulés, poses  homosexuelles

 

Un-soir-au-musee-Degas-le-corps-mis-a-nu_portrait_w532.jpg 

 

Avec le temps, ajout du pastel, de nuances,

Apport gradué de couleurs, rouges sublimés

Traits esquissés au fusain à sa convenance

Gestes suggérés, muscles visualisés

 

fusain.jpg

 

Déplacements soulignés par quelques hachures,

Choix de décor naturels, des tableaux immenses

Un intérêt particulier pour la sculpture

Etude des mouvements, des pas, de la danse.

 

      danseuse.jpg 

 

 

 

Clin d'oeil à l'exposition "Degas et le nu" qui s'achève bientôt au Musée d'Orsay     

 

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 10:00

 

Afin de commenter la photo-sujet de la quinzaine chez Miletune

 

 

Sachez que nous sommes fiers de notre allure de chevaux musclés et harnachés tirant carriole et battant la campagne.  Car nos ancêtres nous ont raconté de bien  tristes choses….

 

Ainsi en ce siècle où l’amour était l’unique affaire d’une vie, il s’en passait de belles à Rouen. Il s’appelait Léon, elle Emma, c'est ce qu'on nous a raconté. A moins qu'il ne s'agisse du prénom des personnes qu'ils transportaient. Et ils connurent l'aventure de leur vie. Cette fois-là, leur fiacre avait les stores tendus comme un corbillard et menait une course folle à travers la ville. Dès que Léon faiblissait ou qu’Emma renâclait, le cocher recevait l’ordre de partir derechef. Car les gens de la bonne société qui se trouvaient à l’intérieur refusaient de stopper ou de descendre comme si le rythme et la cadence agrémentaient leur parcours aveugle.

Depuis la rue des Quatre vents, la place des Arts, le Pont-Neuf de la rive droite de la Seine, passant  le carrefour Lafayette, le jardin des Plantes sur la rive gauche,  et l’ile Lacroix en retraversant le fleuve, puis sur les quais et vers le centre-ville, la voiture zigzaguait sur toutes les places, dans toutes les rues, devant tous les édifices.

De treize à dix-huit heures, Emma, Léon et leurs curieux passagers parcoururent la ville sous les yeux des bourgeois ébahis. D’ordinaire les trajets étaient des promenades qui attiraient le regard des voyageurs, il était conseillé de s’ébrouer mollement, de maintenir de petites foulées tranquilles. Nos ancêtres cautionnaient des badinages, de douces paroles, des rêveries, des baisers chastes. Leur sort de chevaux de fiacre, mélancoliques, abattus, gaspillant leur énergie dans des ballades mièvres les frustrait. Ils ne révoltaient pas mais ne se résignaient pas non plus.

 

Mais voilà, Léon et Emma étaient perplexes, leur fiacre était minable, autant que les amours qu’ils trimballaient crinière au vent, des rendez-vous d’un quart d’heure qui en duraient cinq. Peu importait,  ils s’en donnaient à cœur joie, étirant nerveusement leurs longues jambes de chevaux bien nourris. Ils oubliaient les rênes de l’attelage et les œillères dont on les avait affublés ; ce qui était une bonne chose en fin de compte. Pas la peine de constater l’effroi des bonnes gens alentour. Ils entendaient des soupirs, des halètements portés par le vent, qui les revigoraient. Ne se demandaient pas quelle en était l’origine. Ils soupçonnaient un élan, une quête, des illusions, de l’ennui. Un désespoir qui servait leur grand besoin d’exercice.

 

 Ils ont rapporté cela au fil des siècles, et nous savons qu’au détour d’une course  ivre, sauvage et libre dans notre campagne se profile le circuit désenchanté et fougueux tout à la fois, d’Emma et Léon.

 

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:10

Elle est jeune, grande, longue, vive,  a les cheveux  coupés en brosse.  Assise à l’unique guichet disponible, à la banque, elle porte un jean et une veste en jean. Ses lunettes sont larges, à tour blanc. On imagine une fille dynamique, dans le vent, pressée. On a tort.

Elle : Comment faire ?

L’employée : Pour profiter au mieux de vos intérêts, il faut retirer l’argent de votre ancien compte le seize et le déposer sur le nouveau ce même jour.

Elle : Alors il faut retirer de l’argent. Si j’y vais demain et que je le dépose le dix-sept, ça ira ?

L’employée : Non, il faut effectuer les deux opérations le seize.

Elle : Oui mais je travaille à Saint Lazare et mon autre compte est encore plus loin, ce sera difficile !

L’employée, imperturbable : Faites un virement !

Elle, qui s’agite sur son siège : Ce n’est pas ce que m’a dit Mr V. il m’a parlé d’une autre opération !

L’employée, voix sifflante de cocotte -minute : Mr V. est en vacances jusqu’à la fin du mois.

 

guichet.jpg

 

Nous, autres clients, assis plus loin contre la baie vitrée, cuisons gentiment au soleil de quatorze heures. Un monsieur frappe le sol de la pointe de son mocassin. J’interprète son langage, mayday,  mayday,  je ne sais pas s’il connait le morse mais il appelle au secours. Un autre a les fesses tout contre le bord du siège, prêt à bondir. Il se contient et pose ses deux coudes sur ses genoux, se tient  la tête entre les mains. Evoque-t-il  Dieu ou Satan ? Je dévisage la fille au guichet qui gère son match. L’autre  lance des balles  comme armée d’une raquette sur un court de tennis. Un vrai travail de banquier que de relancer ! Suivre le trajet, smasher, gagner la partie. J’entends le pas précipité des petits ramasseurs…Pardon, c’est mon voisin qui piaffe toujours.

Elle : Oui je sais. Il rentre quand, le 28 ? Alors, il faut que je retire mon argent ?  Oh c’est compliqué ! Et je ne veux pas faire attendre les gens.

Elle coule un regard «  je m’excuse, bientôt fini, mais j’en ai pour un moment encore » dans notre direction.

Elle : Vous dites que pour profiter au mieux de mes intérêts, il faut… Bon je vais rappeler, mais je veux tomber sur quelqu’un qui connaisse mon dossier... Parce que sinon, il  faut que je raconte toute mon histoire à nouveau.

L’employée, extrêmement attentive, fronçant les sourcils et croisant les mains : Eh bien il y a Mr V. et Mme D.

Elle : Oui mais vous dîtes qu’il est en vacances ! Mme D. alors, ça s’écrit comment ? Si je l’appelle, elle saura ? Parce que c’est compliqué ! Bon vous dîtes Mme D. alors….

Elle nous toise de nouveau, se dandine sur son siège, se lève, se rassied. Un gros cabas leste  ses pieds. Elle s’en saisit, se relève franchement cette fois, au revoir, se dirige vers la porte, en sautillant. C’est qu’elle est pressée ! On n’avait pas tout à fait tort finalement. Les mêmes pas sautillants la ramènent vers le guichet tandis qu’un autre client, vient de prendre le siège. Il a le soulagement coincé dans le gosier.

Elle, un peu contrite, juste ce qu’il faut, pas trop : Vous m’avez donné un reçu pour le chèque que j’ai déposé tout à l’heure ?

L’employée, une main sur la bouche : A oui, excusez-moi !

Elle, magnanime : Ce n’est pas grave vous avez tellement de choses en tête !

Elle s'en va tête haute, sûre d'elle et de son importance.

 

 

 

 

 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 10:00

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : photo de vacances

 

Photo-043.jpg

J’ai choisi Stockholm pour la lumière particulière qui baigne la ville. En avril et en journée, on a réellement le sentiment qu’un filtre se pose sur les bâtiments et sur l’eau, comme si le ciel et les nuages n’acceptaient que de la poudre d’or. Qui agirait comme un révélateur, les couleurs tranchent et les immeubles semblent posés sur les embarcations et alignés comme des touches de piano. De loin, la ville semble flotter au milieu d’une vaste étendue bleue, tant le ciel et la mer s’accordent à se parer d’une même nuance azuréenne.

 

 

 

 Photo 022

 

A la tombée de la nuit, les bâtiments n’ont plus que des contours et se détachent, fantomatiques, dans le ciel qui luit derrière eux, du dernier éclat d’un soleil timide. Au­-dessus, l’azur persiste quelque temps encore, comme pour braver la mer. Peine perdue, celle-ci étale implacablement un miroir à l’émeraude victorieux. Stockholm est magique, il suffit de fermer les yeux au bon moment, que change le décor, introduisant la scène suivante et que se poursuive le spectacle. Comme au théâtre quand on plonge la salle dans le noir entre deux actes.

 

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 10:00

Chez Suzâme cette fois,  le thème est :

Que la poésie soit semence !

Demain les fleurs….

 

aloe 

 

En hommage à Katherine Mansfield 1888-1923)  écrivain néo-Zélandaise, de qui j’ai emprunté le nom, lui-même étant un pseudo car elle s’appelait en réalité Kathleen Beauchamp :

L’ALOES

Ne fleurit que tous les cent ans

Il vous ressemble et ruse avec le temps

Rare, précieux, éphémère

Vous rappelle votre île et la mer

Grâce, fragilité, innocence,

Symbolise votre enfance

Vous lui avez consacré une nouvelle écrite à Bandol

Et vous, papillon exquis, avez disparu en plein vol.

 

 Katherinemansfield

 

 

 

 

En clin d’oeil au festival de jazz Django Reinhardt de Samois-sur-Seine qui s’est déroulé le week-end dernier.

 

 rose tremières

 

ROSES TREMIERES

En longeant les maisons des bords de Seine,

Envoûtée par des arrangements mélancoliques et voluptueux

Ces notes de désespoir, ces sonorités douces et lointaines

Je vous ai observées, qui preniez un air mystérieux

Le vent dans vos trompettes, improvisait le blues,

Et vous épanouissait,  à me rendre jalouse.

 

 

220px-Django Reinhardt (Gottlieb 07301)

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:00

 

 

 

volage.jpg

 

 

 

Comment se rapprocher, lui glisser à l’oreille

Les phrases du moment, les morsures de l’instant

N’exposer que des mots, éviter les merveilles

Dans ses yeux  doux voir brûler un feu crépitant

 

S’être rendu esclave de son corps disponible,

Et l’espionner de loin lui devenait pénible

Désir de s’étourdir et de se perdre en elle

Sans toutefois promettre de lui rester fidèle

 

Caresser ses cheveux d’un blond si voluptueux

Un élan, une douleur, un besoin impérieux

Et dans le soir couchant quand pointent les étoiles

En dérouler la soie, s’en saisir comme d’un voile

 

S’interdire la ruse,  les formules falsifiées

Les scénarios tout prêts, beaucoup trop galvaudés

Réinventer la vie, créer deux personnages

Comme  ceux que l'on en fabrique en scrutant  les nuages

 

Qui gonflent, approchent, se fondent, s’effilochent enfin

Les suivre du regard, la prendre par la main

Et tandis qu’elle frissonne, qu’une ombre passe, cruelle

Se convaincre qu’elle savait ce qu’il attendait d’elle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 10:00

 

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Elle m’a dit ce matin : « tu es bien belle aujourd’hui, tu as pris un amant ou une maîtresse ? » Elle m’a dit cela pour rire évidemment, avec sa gouaille et son franc parler. Elle a ajouté : remarque, j’te drague pas, à soixante balais, j’ai passé l’âge. Elle, c’est une de mes clientes à l’allure de baba cool, jupe de gitane, boucles d’oreilles surdimensionnées  et bagues assorties. Elle incarne l’est parisien et la banlieue à folklore. Ma banlieue. Elle jette ses mots comme des pièces sur le comptoir, ils cognent et se puis se posent. Il n’y a qu’à les ramasser et  les entasser dans les compartiments de la caisse enregistreuse. Elle lance des « ma belle, tu me connais, j’vais pas t’embêter ». Elle précise : « Prépare mon ordonnance, j’viendrai la chercher après la messe ». Elle me vante son site de brocante sur internet, me raconte sa passion pour les boutons anciens. Sait qu’elle accapare l’attention, les clients piaffent derrière elle. Alors elle se déplace, jette un œil sur les rayons, ou feuillette une revue mise à la disposition de la clientèle. Puis quand la pharmacie se vide, elle revient, l’œil pétille et la langue se déroule : « Alors dis-moi, tu sais bien que je n’aime pas vouvoyer les gens, qu’est-ce que tu caches ? Depuis le temps que t’es mariée, t’as besoin d’un petit extra ? ». Son rire est franc, tonitruant, malicieux. Lorsqu’elle s’en va, on a l’impression qu’un petit diablotin tout rouge la suit, portant une fourche avec des caoutchoucs sur les dents, pour ne blesser personne.

 

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Comment dire ? Elle a égayé ma journée et celle de mes collaboratrices qui vont me mettre en boite, a apporté sa fraîcheur, son aisance, sa bonne humeur. La prochaine fois elle me racontera ses filles, étudiantes brillantes, parlera de son compagnon musulman, et me taquinera de nouveau. Elle est un exemple de partage, de tolérance, d’intelligence.  Est-ce si difficile ?

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 10:00

 

Elle avait saisi son sac ce vendredi dix-huit novembre. Je lui avais emboîté le pas, je désirais tellement la convaincre de rester, ou de revenir, ou de m’appeler. Me précipitant à sa suite, j’avais coincé mon pied  dans la porte de l’ascenseur. Prendre l’ascenseur alors que j’habitais au premier ! Moi, je préférais les escaliers.  Pour elle c’était une habitude, elle n’y pensait pas. Elle  avait jeté son sac à terre, s’était tiré les cheveux à se brider les yeux. Elle s’était massé les tempes,  avait sifflé entre ses dents : « Je ne veux plus te voir, tu comprends, je n’en peux plus. »

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Elle souhaitait gagner le rez-de-chaussée mais j’avais le pouce sur le bouton d’ouverture de la porte et mon bras l’empêchait de sortir. L’ascenseur s’ouvrait, se refermait. Nous tournions en cage, comme  une mangouste et un serpent. Elle était le trigonocéphale, elle ondulait, mes dents ne lui faisaient pas peur. Elle m’inoculait son venin paralysant et mortel. J’avais le museau tendu, l’œil rond, je subissais. Je n’avais pas esquissé un geste pour  me défendre. Son mascara coulait le long de son nez ainsi que sur mes mains levées vers elle. Elle s’agrippait à moi, me repoussait puis se collait contre les parois de la boîte métallique. Elle piaffait. Ses trépignements se répercutaient le long de la colonne.

« Mais pourquoi, pourquoi… bredouillai-je. 

- Laisse-moi,  Marc, s’il te plaît, laisse-moi… »

Nous avions des rimes pitoyables.

Et ce fut l’obscurité. Elle me donna le dos, elle se mit à pleurer doucement. Ses épaules tressautaient, la boucle de son ceinturon éraflait la peinture de la cage. Nos reniflements marquaient le silence. Nous étions hagards, débraillés, sentions le whisky et la cigarette. Je réprimais un frisson. 

La lumière nous surprit subitement, l’ascenseur descendit tout droit vers les parkings. Nous nous raidîmes comme des coupables à l’énoncé d’un verdict. D’instinct je marchai en titubant  vers ma voiture, elle me suivit sous l’œil inquiet d’un couple qui montait vers les étages. Et je ne sais plus…

 

Un détail me revient à l’esprit. Avant de la courser, j’avais retourné la seule photo que je possédais et qui nous représentait ensemble. Je l’avais retournée contre la tablette du téléphone. Avais-je senti combien cette poursuite était vaine?     

 

 

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : chemin.

 

Ils sont de deux sortes : j’avance sur les uns et emprunte les autres. Les premiers sont censés mener vers une destination bien précise. On y marche en mesurant ses pas, on détermine le temps que dure un parcours. En général, je regarde devant moi sans voir personne. Ou je fonce tête baissée. Mon champ de vision est fait de blocs, de vitres, de monuments, de statues.  Mais tout cela reste flou. Ces chemins sont en ville le plus souvent, les arbres poussent cadenassés dans leur petit carré de verdure. Dans ma ville de banlieue, ils ont les pieds dans l’avoine comme des citadins ayant troqué leurs mocassins pour des sabots. Et pour se donner des airs ma ville fleurie a aussi ses jardins amateurs, tâches rouges et violettes posées au milieu des immeubles comme les portraits d’Andy Warhol colorisés sur fond noir. Je les longe rapidement sur le chemin.  Happée par mes préoccupations, je les oublie. Je tourne dans mes pensées et dans les bruits de l’agglomération,  comme un hamster dans sa roue. Parfois cependant,  je m’attarde, rattrapée par le monde alentour. Ainsi, ce petit bonhomme au ras du trottoir, qui porte fièrement un stetson  sur la tête, comme un grand, et pour lequel cheminer s’apprend en donnant la main. Je m’arrête un instant, et lui adresse un sourire.

Chemin1.jpg

Ah, cheminer à Paris sous la pluie!

 

Les seconds se repèrent avec soin, et le temps qu’on leur consacre, en ville ou à la campagne,  est variable. Ils se dégustent comme les glaces et les tartes aux fruits que Kérouac avalait sur la route. Nourriture et gourmandise à la fois. Mieux encore,  alors qu’on avance sur le chemin en solo, on l’emprunte comme on assiste à un concert dont l’environnement est le chef d’orchestre. On donne un nom aux arbres, aux plantes, aux monuments, aux statues, comme on distingue précisément les instruments, lors d’un concert. On pose les pieds sur le bitume ou dans un sentier herbeux, on marche allegro ou fortissimo. Le chant des oiseaux, les odeurs de sève ou de foin, les parfums des fleurs, l’arrondi d’un bassin de pierre ou le jet  d’une fontaine, créent une harmonie parfaite. L’onde se propageant sur un lac dans le sillage des canards, la pluie tambourinant  au sol, la lune pianotant sur la cime des pins, se répondent. Tout éveille les sens au bord d’un chemin que l’on emprunte. Quand cela m’arrive, je me laisse submerger par la musique, prête à applaudir au signal du chef.

Dans la vie il arrive que les chemins choisis et empruntés se révèlent décevants, que les autres, obligés, enrichissent, épanouissent. C'est ce qui rend l'existence cruelle et passionnante à la fois.

 

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Tableau d'Edouard Vuillard, je l'ai choisi car son travail influançait la musique de Claude Debussy.

 

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