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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 14:08

-         Tu as vu le thème cette semaine

-         Oui, c’est plutôt sympa, « les arbres ».

-         Peut-être mais c’est difficile aussi, elle a tout dit Dana avec cette photo, des enfants qui enserrent un tronc énorme. Ca évoque tout, la fraternité, la communication, l’amour de la nature Que dire de plus.

-         L’important c’est de faire passer ton message, d’afficher tes images. Tu peux faire dans l’exotique, tiens l’arbre du voyageur si commun sous les tropiques, montre-le !

-         Ouais et pourquoi pas un fromager ou un baobab, après tout.

-         Tu peux aussi montrer de beaux paysages continentaux, les couleurs, les nuances, les reflets dans l’eau.

-         On ne parle pas de paysages mais d’arbres.

-         Oui, de la verdure, de l’espace, la liberté c’est tout ça, les arbres. Ca n’est pas seulement un tronc et des feuilles isolés.

-         Bof, je me sens découragée.

-         Alors cause littérature, je ne sais pas moi, le Chêne et le roseau, ça ne te rappelle rien ? Ou le Saule d’Emile Verhaheren, qui est un bien joli poème. Et puis tu pleurniches un peu trop, ça te va bien le saule. Ecoute un extrait :

 

                                              Ce saule-là je l'aime, comme un homme.
                                              Est-il tordu, troué, souffrant et vieux !
                                              Sont-ils crevés et bossués, les yeux
                                              Que font les nœuds dans son écorce !
                                              Est-il frappé dans sa vigueur et dans sa force !
                                              Est-il misère, est-il ruine,
                                              Avec tous les couteaux du vent dans sa poitrine,
                                              Et, néanmoins, planté au bord
                                              De son fossé d'eau verte et de fleurs d'or,
                                              À travers l'ombre et à travers la mort,
                                              Au fond du sol, mord-il la vie, encor !

 

 

-         -  C’est ça, rajoutes-en, lance moi des vannes.

-         -  Oh et puis parle de l’arbre à came ou du tronc cérébral.

-         -  Han, han…

-         -  Voilà, tu souris.

-         -  Non, t’es pas marrant. Mais t'as pas tort, je  vais en montrer un d'arbre, juste le pied et mon chat qui fourrage dedans. Tu ne vois pas lequel?



 

 

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 21:50

...Sourire. Je me suis demandée de quoi j’allais parler.

Ce mardi mon horoscope disait : vous vous sentez vivre. Tout vous émerveille, vous semble inédit et magique. Et comme j’avais oublié ma clef, je me suis retrouvée coincée dans le couloir de mon immeuble. J’ai ainsi découvert la magie des lampes qui s’allument, qui s’éteignent, qui s’allument… Et j’ai souri. Aux voisins qui passaient, pour faire bonne figure. Puis j’ai tambouriné à la porte jusqu’à ce que ma fille réagisse. Vous savez, l’air de rien, agacée de l’autre côté de la porte : ça va, ça va, t’énerve pas, je cherche ma clef !

 

En ouvrant le journal, j’ai lu cette petite phrase de François Chérèque, secrétaire général de la CFDT : «  quand il y a un déficit de la sécurité sociale, c’est toujours la faute des arrêts maladie, mais les arrêts maladie, c’est quasiment rien, ils représentent dix pour cent des dépenses de santé ». Quelle a été ma réaction, à votre avis, devant mon bol de thé et mes tartines beurre, confiture ?

 

Dimanche, c’est la fête des pères. Enfin celle des magasins Nicolas, Marionnaud, FNAC et autres DARTY. Et j’ai flashé sur cet appareil photo HD, le premier reflex CANON EOS 500D à 949 euros avec optique 18-55. Des fois que mes mômes, à court d’idées, tombent sur la page cadeaux de METRO, afin d’alléger leur porte monnaie. Le sourire ? Je crois l’avoir esquissé. A peine.

 

Mais je râle, je râle…. Et j’oublie que la fonction première d’un sourire, c’est l’échange, le partage. Heureusement, je suis comme vous, je garde des traces, des preuves. Les miennes ont environ dix sept ans et je les contemple avec la même tendresse que vous envers les vôtres. Ces preuves donnent un sens à deux fêtes  qui ont lieu cette année, durant le même mois, à quinze jours d’intervalle.  

 

 

BONNE FETE MESSIEURS!

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 17:00


Pour répondre au thème de la semaine: la première fois.


Mon fils est aujourd'hui un grand gaillard de vingt et un ans épanoui et à l'aise dans ses baskets. Je pense que l'éducation sans faille que nous lui avons donné, son père et moi y est pour quelque chose. Jugez plutôt.



Sa première prière: il est concentré, lèvres serrées, les mains tendues et le regard fixe. C'est l'extase d'un moment inoubliable, d'un recueillement sincère.



Sa première leçon de conduite. Tout est dans la tension des bras vers le volant, qui fait qu'on écrase un abdomen grassouillet. Et dans cet enfoncement discret dans le siège qui dissimule la couche sous le short.



















Sa première cuite: Comment faire face à une découverte fondamentale: sans argent et sans carte bleue, on n'obtient rien dans la vie. Junior n'avait qu'une solution, noyer son blues dans l'alcool!

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 09:55

Pour répondre au thème de la semaine, de Dana: l'empreinte ou les empreintes.






Dimanche c’est sa fête. C’est son empreinte que je vais évoquer, ce qu’elle a laissé en moi, qui m’a façonnée. J’étais une enfant sage, timide, réservée. Elle était douce, présente, attentive.  Mon enfance a été calme, sans heurts.  Même si elle détestait les fêtes à l’école et n’y mettait jamais les pieds. J’en ai souffert un peu et puis j’ai oublié. Quand il s’est agi de suivre mes enfants dans leurs fêtes, dans leur école, je me suis obligée à participer. Je tenais des stands de pâtisserie ou de pêche aux canards pour leur faire plaisir. Mais je détestais ça. A cause d’avant, pour moi.

 

J’étais une ado sérieuse, calme, bosseuse. Pas brillante mais besogneuse. De celles qui font des études parce que c’est ce qu’elles font le mieux. Je ne sortais pas beaucoup, ne fleurtais pas, n’étais inscrite à aucun cours de danse ou de musique. J’étais lisse et prévisible. Sans piquant, sans mystère. Alors mes enfants ont fait du judo et de la danse, du basket et de la flûte, de la guitare et du violon. Tout ce qu’on fait faire aux jeunes aujourd’hui, pour les former soit disant, pour les modeler. Parce que de nos jours, les enfants il faut les occuper, le mercredi surtout. Et j’ai suivi leurs études, qu’ils prennent un bon départ, qu’ils aient un bon niveau. Comme moi, grâce à elle.

 

Elle ne sortait pas souvent, avait peu d’amis, nous recevions peu à la maison. Je dois toujours faire des efforts surhumains pour inviter, décorer la maison, recevoir. Elle ne savait pas nager, ni conduire. J’ai attendu d’avoir vingt puis trente quatre ans pour pratiquer chacune de ces activités. Comme si je ne m’y autorisais pas avant. Elle était plutôt classique dans ses tenues, rigide dans ses raisonnements. Faut-il que je dise que je lui ressemble, le plus souvent. Sauf dans ces moments où j’ai envie d’être une autre, de montrer de la fantaisie, de l’humour, un grain de folie. Parce que c’est moi aussi. Parce qu’il y a des instants où ton empreinte devient pesante, qu’elle m’écrase malgré ton départ. Et je me révolte. Doucement. Tellement je t’aime Maman.

 




Il est une empreinte que j'avais aussi envie de vous montrer. c'est le résultat d'une bagarre entre mes deux chats, l'un ayant laissé la marque de sa victoire sur l'autre. Bien fait, un morceau de griffe près de l'oeil!



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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 21:58




Elles étaient deux, installées derrière moi au cinéma. Et elles piaillaient en attendant le début du film.

-         Ouais, t’as vu, elle a enfin décidé de le quitter.

-         C’était pas trop tôt, le pauvre avec la tronche qu’il avait.

-         J’osais pas le dire, il était moche, t’as raison.

-         On se demande ce qu’elle lui trouvait, j’avais mal pour elle.

-         D’autant que tous ses mecs d’habitude, ils sont plutôt mignons, ils sont pas de la loose, quoi.

-         Ouais et tu te rappelles à la soirée brésilienne, comme elle s’est dépêchée de le remplacer.

-         Faut dire qu’Eric est super beau gosse, attends, t’as vu l’autre à côté !

-         Ya pas photo.

 

Alors là je m’étais retournée. Des fois qu’elles aient eu l’intention de me plomber  le film, j’avais envisagé la solution repli, quatre rangées plus loin. Et puis j’avais imaginé des minettes, dix sept, dix huit ans, des  minis et des bottes, des yeux charbonneux et des cheveux lissés au fer avec des doigts qui jouent dedans. Eh bien, j’avais eu le regard bloqué en vol. Mes nénettes approchaient de la trentaine, c’était dans la tenue, déjà classique, déjà dadame, et dans l’économie de gestes. Dans l’absence de maquillage et la dureté du regard. Les voix aigües et excitées tranchaient avec le look. Elles m’avaient dévisagée un instant, et avaient baissé la voix comme pour me punir de mon indiscrétion. Je n’avais pas demandé mon reste, j’avais obtempéré en fixant l’écran. Et c’était reparti de plus belle.

 

-         C’est pas facile d’aller sur MSN, je te jure, pour communiquer.

-         Ouais, les types, ils trouvent toujours qu’on est trop mystérieuse, qu’on n’en dit pas assez.

-         Ils sont vite collants, moi je les bloque, c’est pas cool mais ils sont lourds.

-         Moi, j’ai du mal, c’est pas comme ça que je rencontre des mecs d’habitude, et je sais pas si j’ai envie de les voir tous ces nazes.

-         Faut en prendre et en laisser, t’as qu’à essayer une fois.

-         Et toi, t’en penses quoi ?

-         J’sais pas pour le moment j’ai Walter.

-         Ah…

 

J’avais envie de cogner dans le tas, de leur écrabouiller le nez. Je ne sais pas si c’était ma cinquantaine envieuse, mes kilos superflus ou l’approche de la ménopause mais il fallait que je me les fasse. La salle a été plongée dans le noir, elles se sont tues.  Quand la lumière est revenue, elles avaient déjà quitté leurs sièges, en prévention. Comme si elles avaient redouté la haine d’Attila. 

  

    

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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 21:09

Un potager, pour moi citadine ignorante, c’est un défouloir, un reposoir. On y regarde pousser la vie avant de la croquer. On le cajole, on le bichonne, on l’arrose et on lui parle. C’est comme un enfant. Il fait le beau, il s’étale, il s’étire, il prend de belles couleurs, de belles rondeurs. C’est un séducteur. Il a des parfums enivrants, des formes voluptueuses, il sait vous manipuler le bougre. D’après ce que j’entends, ce que je vois, quand il vous tient, il ne vous lâche plus. C’est le besoin de retourner la terre, de soupeser les tomates, d'admirer les citrouilles, de planter un alignement de salades et de poireaux, d’arracher du persil. Ca ne se contrôle pas, c’est viscéral.

 

Un potager, c’est un compagnon de route. Il va bien quand on va bien et que le temps s’y prête. Et comme le temps joue sur le moral…

Autant dire que ça ne trahit pas un potager, ça a des humeurs parfois mais quand on en possède un, on est forcément solide sur ses deux jambes. Lui c’est la béquille de secours.

Moi à Paris, j’en ai pas. Je l’ai inventé. Et j’ai extrapolé comme j’ai pu. J’y vois des stalactites de courge pendues à des plafonds feuillus. On se croirait dans des grottes végétales. Hum…

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 06:43

Pas besoin d'être un grand artiste ni de prendre des photos superbes, ni même de chercher à faire des effets. Pas besoin d'originalité, de spirituel, de don ou de génie, de paysages grandioses ou exotiques. ll suffit de repérer le merveilleux, l'exceptionnel, bref, ce qui fait que c'est à nous et en nous. Ces photos de famille, ces clichés communs qui indiquent qu'un jour, nous nous sommes extasiés devant la lumière.

 


  

Quand elle poudroie sur les plafonds de Chenonceau pour nous séduire en grande coquette.




Quand elle se glisse par les fenêtres d'Azay le Rideau, comme autant d'yeux hypnotiseurs.






Quand elle dépose un voile sur des fontaines, resplendissantes comme de jeunes mariées, à Bordeaux





Quand elle éclaire et n'émeut que moi, devant la façade de la clinique Mers Sultan, où je suis née à Casablanca.





Quand elle sublime les couleurs, les déplacements, les transparances. Elle nous rappelle qu'elle est dans notre esprit, avant tout.
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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 18:02

Cette fois, c’est d’une pièce de théâtre dont j’ai envie de parler. Ce n’est pas un choix personnel au départ, j’avais des invitations pour ce spectacle. Marie Christine Barrault seule en scène durant deux heures au théâtre Daunou, à Paris. J’avais peur de bailler aux corneilles, de me trémousser sur mon siège et de soupirer en fermant les yeux. Mais c’était sans compter sur le texte de Françoise Chandernagor, une adaptation  de son livre « L’allée du Roi ». La vie passionnante de Mme de Maintenon a de quoi retenir l’attention à elle seule : le siècle de Louis XIV, ses fastes, ses femmes légères et ses gens  d’esprit. Le décor est épuré et ingénieux, la statue du Grand Roi  à cheval,  est de profil et nous tourne le dos. On ne perçoit que les boucles de sa perruque, son épée et la croupe de son cheval. Comme pour rehausser sa majesté et  signifier son dédain de nous, petit peuple. Au début du spectacle il est recouvert d’un drap. La dame de compagnie de la Montespan le découvre au fur et à mesure que grandit sa passion pour le souverain.

 

Et il y a Marie Christine Barrault. Une immense actrice qui réussit une performance extraordinaire. Elle est Françoise d'Aubigné puis la veuve Scarron, puis la favorite, l’épouse cachée et enfin la veuve vieillissante. Elle est enfant, adolescente, adulte, femme. C’est dans les gestes, les mots, la voix. La silhouette un peu lourde prise dans une robe longue et noire, mincit par le truchement des costumes enfilés puis retirés, des postures adoptées. Le visage est expressif, il brille, rougit, pâlit, s’éclaire, se voile, raidit, s’éteint. La Barrault devient les personnages que côtoie la Maintenon. Tour à tour, religieuse, tante sans scrupules, libertin, femme galante, dame de la cour, favorite et roi Soleil, elle affiche une détermination sans faille. Elle évolue avec humour, grâce et esprit au milieu de ses fantômes. Au déclin d’une vie fastueuse, Mme de Maintenant reste pétillante et Marie Christine Barrault sait nous envelopper dans ses bulles.

 

Tout ça pour dire qu’on ne parle pas assez des pièces de théâtre géniales qui se montent à Paris, nous croyons à tort  que tel ou tel spectacle va nous déplaire et  les invitations sont un bon moyen de nous attraper au tournant. Il faut reconnaître que le théâtre reste un loisir onéreux et  permettre aux entreprises d’en faciliter l’accès aux employés, est une très bonne initiative. Allez voir Marie Christine Barrault dans «  L’allée du Roi », si vous le pouvez !  A Paris le spectacle est bientôt terminé, mais s’il passe en province, ne le loupez pas.


Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon


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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 12:36

D’habitude les lois sont examinées par l’assemblée nationale et le sénat puis adoptées et promulguées par le président de la République. Ca c’est pour les lois ordinaires mais le silence, lui, dicte ses lois. Tout seul.

Art 1 : La loi du silence ou Omerta. On ne la transgresse pas ou alors, c’est qu’on n’a pas peur des armes à feu.

Art 2  ou 1 bis: Se murer dans le silence. C’est un article additionnel de l’article 1. On ne s’autorise pas à parler par peur, par choix, ou à la suite d’un choc psychologique.

Art 3 : Faire vœu de silence. C’est certainement plus qu’un choix, c’est une conviction, un don de soi. Un contrat entre soi et l’autre, ou l’Autre, le Divin, le Sacré.

Art 4 : Etre condamné au silence. C’est ne pas avoir de choix. Devoir se taire pour ne pas faire de vague et vivre  dans une harmonie toute relative, fragile, incertaine.

Art 5 : Le silence de la mer. C’est la part culturelle du silence. Un beau livre de Vercors sur les différences culturelles, la tolérance et la guerre.

Art 6 : Hôpital, silence. Autre rappel de la tolérance. La maladie qui affaiblit l’individu doit inciter au calme, au silence.

Art 7 : Souffrir en silence. C’est le lot des délaissés, des oubliés, des invisibles.

Art 8 : Respecter une minute de silence. Un hommage à ceux qui sont partis, et nous laissent dans un silence terrible.

Art 9 : Le silence est d’or. C’est pour nous les bien portants, les avides, les joyeux. Qu’on prenne le temps parfois, de taire certaines vérités pas très agréables à dire. Qu’on observe, qu’on écoute et qu’on garde les petites mesquineries pour soi.

 

Depuis le début, vous me lisez en silence, je n’ai pas eu besoin de le réclamer. Et encore, je n’ai pas écrit  la liste complète de tous les articles de la loi. Vous en connaissez bien d’autres, alors j’arrête là. Mais faites attention, le silence est manipulateur, il en impose, il a ses mots et son discours. Il est paradoxal. Ne vous laissez pas faire, soyez bref, coupez lui la parole, intimez lui de faire si…

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:12







L’ANPE, on ne dit plus comme ça aujourd’hui, on parle de Pôle Emploi. Ca fait lointain, ça fait pôle sud, pôle nord, ça veut dire que pour s’y rendre faut s’équiper. De bonnes chaussures d’abord, car l’agence dont vous dépendez n’est pas forcément celle qui se trouve au bas de chez vous, sectorisation oblige. Il faut prévoir aussi d’y aller l’estomac vide, ne rien boire avant de partir, sinon il faudra serrer les sphincters et garder pour soi l’envie pipi. Eh, c’est le plan vigipirate, pas le droit d’aller aux toilettes, qu’est-ce que vous imaginez, vous les chômeurs ! On n’est pas là pour vous dorloter. Achetez-vous des couches culottes, il n’y a qu’un rendez-vous par mois, c’est pas la mort !   
N’attendez pas qu’on vous conseille ou qu’on s’occupe de votre recherche. Les employés ne sont là que pour vérifier que VOUS recherchez effectivement du travail, pas pour vous orienter. Depuis la fusion ASSEDIC ANPE, les serveurs ne peuvent répondre aux demandes. C’est trop lourd, ils ne sont pas conçus pour ça. C’est comme ça, c’est tout. Et puis les logiciels sont incomplets, alors si toutes vos attentes ne sont pas prises en considération, c’est normal, que voulez-vous !

Surtout, surtout, ayez toujours le réflexe d’un sourire, d’une parole aimable. Pas de trépignement, de doigts pianotant sur le bureau de l’employé qui vous reçoit. Il faut maintenir le contact, ce fil ténu sur le chemin de l’embauche. Exercez-vous dans votre salle de bain, prenez la voix d’aéroport, mesdames, messieurs, ladies et gentlemen… Vous verrez ça marche.
Enfin, sachez que ça peut être dangereux, brutal, hargneux. Sauvage parfois. Vous avez l’air d’un bébé Cadum abreuvé à l’eau d’Evian et lancé dans un monde de brutes. Mais il faut vous endurcir à l’intérieur. Le chômeur, ce spécimen en voie d’extension, cet autre qui vous ressemble, pète un  câble de temps en temps. Il cède à la mode d’aujourd’hui. Il prend le directeur d’agence en otage pour des motifs des plus futiles. Avec l’appui d’un comité de soutien, il proteste contre sa radiation, ou ne comprend pas qu’on lui réclame 2000 euros dont il aurait bénéficié à tort. Il campe sur ses positions jusqu’à ce qu’une solution lui soit proposée.

C’est le moment, je ne sais pas pour vous, mais moi, je choisirais cet instant-là pour tailler la route. Sortir, respirer l’air pollué des bouchons de Paris, c’est toujours plus agréable que le spectacle de la détresse humaine. De toutes façons, du travail, yen a pas, et le mois prochain, faudra se blinder et revenir. Pour faire son petit numéro de clown  au milieu des pingouins dans le grand cirque du Pôle Emploi.

 

 

 

 

 

 

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