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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 15:42






Je l’avais appelée Hélène comme la première de ma classe. Le père Noël me l’avait offerte en 67. Sur la photo, elle est tout contre moi avec un gros front bombé et les cheveux sacrifiés  au ciseau, un jour de rage. Parce que la rage, ça me prenait des fois.  Cinq ans plus tard, elle était restée ma poupée préférée. Les bras ne voulaient plus rester collés au tronc et j’avais masqué les trous à son visage par deux yeux dessinés dans du carton. Mais l’amour ne s’explique pas, parfois il se cache. Je me doutais bien qu’on se moquerait de moi, de ma passion pour « Chucky », la poupée tueuse et monstreuse des films d'épouvante. C’est comme  ça que mon mari l’a appelée le jour où je lui ai montré la photo. Il exprimait, des années après, mes craintes de l’époque.

J’ai eu des tas de poupées par la suite, une qui parle, une Barbie, des poupons emmaillotés, mais jamais je n’ai ressenti cette bouffée de tendresse. Elle me submergeait quand je la prenais dans mes bras. C’était en l’absence des copines à qui je réservais des trophées récents et plus valorisants. Dans ces moments je l’embrassais et je passais du rouge à ses joues, à ses lèvres. Elle était mon bébé handicapé, fragile.

 

Un jour,  j’étais en classe de 6ème, et j’avais invité une copine pour goûter. Ma mère avait soudain interrompu nos jeux en brandissant Hélène. En exposant mon bébé. En violant mon intimité. Je l’avais pris comme ça, c’était un crime.  Elles n’ont pas compris, les affreuses, que je hurle, que je trépigne. Que je m'empare d’Hélène pour la dissimuler sous mon oreiller. Et que l’ayant couverte, je l’emporte dans la chambre des parents et m'y enferme à clefs. Ma mère suppliait derrière la porte et ma copine m’assurait qu’il n’y avait rien de grave, qu’Hélène était très jolie. Je n’étais pas dupe. C’étaient des menteuses, des méchantes. Ma copine est rentrée chez elle, désolée et je n’ai ouvert qu’en soirée parce que mon père m’avait promis une sacrée fessée.

Je ne connais toujours pas la raison de cette fureur. Trahison de ma mère ? Regard sacrilège de la copine sur mon trésor ? Fatigue scolaire ? Ou peur qu’on découvre un peu de moi, ce côté bancal, cabossé, qui entrave mes actes encore aujourd’hui. Quand je dresse des barrières pour m'empêcher d'avancer, qui sait…  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 21:58



On se demande ce qu’ils cherchent et pourquoi ils ne trouvent pas. Evidemment quand on ne sait pas ce qu’on cherche… Bien sûr, il y a la crise sociale, l’immobilier, l’emploi. C’est un faux problème, ça fait un bout de temps qu’ils hésitent, qu’ils attendent, qu’ils se tâtent. Ils veulent vivre, butiner, s’amuser. Découvrir, explorer, se tromper, recommencer, aimer, détester, haïr. Ils souhaitent s’épanouir, s’exprimer, exister. L’amour, le vrai, ils y croient comme à un concept. Ils ne veulent pas faire d’erreur, se marier c’est pour la vie. Avec tout le tralala, les fiançailles, l’église, la robe, la noce et le bal. Mais ça n’est pas garanti. Tout le monde divorce aujourd’hui, on a plusieurs vies. On préfère le PACS et le concubinage, ça fait moins peur, ça fait moins mal. Et ça autorise la teuf à moindre frais. Et puis on a le temps, être parents à vingt ans de nos jours c’est ringard. Ca veut dire que t’as rien vu, rien vécu, rien connu. Et puis t’es bloqué avec des mômes qui braillent, parfois t’en as tellement marre que tu les colles à tes parents parce que tu fais pas tes nuits.

 

Ca y est je vois où le bâts blesse. That’s where the rub is, disent les anglais. Le problème c’est les parents, trop gentils, trop généreux, trop présents. Les jeunes aujourd’hui, ils ont trop tout. Pas de contrainte, pas de soucis. Enfin pour certains. Alors pourquoi se casser la tête à fonder une famille, à en prendre pour vingt ans minimum, à se restreindre. Une règle d’or : PROFITER !

Sauf que, les jeunes, ils deviennent moins jeunes, moins fêtards, moins convaincus d’avoir tout bon. Ils attrapent trente cinq balais comme une angine, ça coince dans la gorge. Et ils paniquent, ils veulent ce qu’ils rejetaient jusqu’alors. Le conjoint, la famille et la maison. Le plus souvent ça se passe bien, ils prennent le coche en route et avant quarante ans tout est bouclé. Sauf qu’ils sont cloués jusqu’à soixante. Quand d’autres abordent la cinquantaine, tout frais et libres comme des ados dès que les enfants sont partis vivre leur vie de conquistadors.
Quelquefois le jeu est truqué, le train déraille. C’est pas facile de trouver un copain, une copine, passé trente ans. Ya moins de choix, ils sont casés ou cassés, les potentiels. Le conjoint, la compagne pour la vie, ça prend du temps. Et question fertilité, à trente huit ans pour un premier bébé, ça craint. C’est le parcours du combattant, le stress, la déprime. On a besoin de soutien, les parents encore, les amis. Et ce sentiment encore diffus qu’on n’a plus toute la vie devant soi. 

 

Je ne sais pas, moi, ce qu’il faudrait pour les réveiller tous ces jeunes. Je sais trop bien en réalité, il faut de la confiance, des valeurs, le goût de l’effort. Et nous les anciens (à cinquante ans je crois faire partie du club), sommes responsables de la banqueroute. Nous avons placé sous leurs pieds un tapis rouge, et ils se sont pris dedans.

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 09:50






Pour certains Pâques ne signifie rien. Pas même un changement de saison, l’approche de mai et des ponts, les examens, ou les fleurs, les champs, les randonnées.  Il ne peut s’agir d’une fête religieuse, de sacrifice, de crucifixion, de résurrection. Ce n’est pas la procession aux bougies des orthodoxes, treize jours après la Pâques catholique, et ce n’est pas Pessah, la Pâques juive non plus. Ca n’est pas une orgie de chocolats, des jardins pris d’assaut et le gigot d’agneau. Ce ne sont  pas des œufs peints, des poules et des lapins. Ni les cadeaux de l’école en pâte à papier, le week end à Noirmoutier ou dans la maison de campagne, les premiers barbecues de l’année. Ni Mamie et tonton qui rappliquent avec les cousins et l’anniv du grand frère qui tombe au même moment. Et puis l’énorme gâteau décoré de petits œufs à la liqueur.

Ca n’est pas la semaine de vacances à l’étranger, les « youcaïdi » joyeux et le stage de plongée ; la tournée des parcs d’attraction avec les enfants et l’indigestion de dessins animés au ciné. Pas le temps des semis, des gazons fraîchement tondus, des bourgeons. Pas l’heure des amours, des promenades en tête à tête, des serments éternels échangés deux jours d’affilée. Les journées rallongent, le soleil caresse la peau, la lumière éclabousse les lieux, les êtres. D’ailleurs c’est le printemps ça, pas la fête du bon Dieu et des boulangers.  Pourtant tout se mélange en réalité, tout s’amalgame.

 

Mais pour certains ce n’est pas vrai. Le Chemin de croix et la Messe,  ils suivent, à la télé parfois. Muets, immobiles, esseulés. Il n’y a pas de dimanche, de lundi, de matin, d’après midi. Avril et novembre ne sont que mots. Les rires, le brouhaha sont un luxe. Des contacts, échanger des paroles, exceptions, utopies !  

Mais…Une tranche de gigot, une galette de pain azyme, une bougie allumée, une part de gâteau, de la friture en chocolat, ça se partage sans effort, sans que ça coûte. A nous, les autres, de penser aux personnes âgées ou malades, oubliées, délaissées ou démunies.

Parce que sincèrement, quand on y réfléchit, Pâques est la meilleure période pour se faire  sonner les cloches !

 

 

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 14:40




Gaby a cinquante quatre ans. Elle est dépressive et c’est la faute à sa vie. Il y avait un père autoritaire, une mère soumise et Gaby au milieu. Gaby dévouée, inhibée, annihilée. Depuis toujours. Ca c’est arrêté l’année dernière quand les parents sont partis. Gaby s’est retrouvée seule avec le vide. Ca ne remplit pas une existence le vide. Gaby  ne s’est jamais demandée ce qu’est la vie et si ça servait à quelque chose de la combler. Elle faisait les courses et supportait les jérémiades, elle ne pensait à rien d’autre.

Elle a toujours été coincée sexuellement, les propositions des hommes claquaient comme des affronts. Alors ils se sont détournés, même les plus courageux, les plus persévérants.

Les amies de Gaby ont son âge et ses idées. A plusieurs elles se soutiennent.  Il y en a une qui habite en France, à l’étranger. Elle a une autre mentalité et des projets, un mari, des enfants. Elle ne se morfond pas dans un trou perdu de Bavière. C’est un paradoxe mais il est plus facile de lui confier ses soucis au téléphone, que de s’adresser aux copines en tête à tête. Parce qu’elle ne voit pas, elle devine seulement. Ca préserve la dignité, ça évite l’humiliation. De plus, elle a du recul, elle apprécie mieux la situation, elle réagit, elle s’étonne, elle s’énerve. Elle oblige Gaby à réfléchir.

 

Le problème de Gaby aujourd’hui, c’est son travail. Avec la crise tout s’est compliqué et elle risque sa place. A son âge, en Allemagne normalement on ne peut plus la licencier. Mais il faut que l’entreprise ait signé la convention, ce qui n’est pas le cas. Alors on la harcèle, c’est sournois, c’est vicieux. Ils ont commencé par diminuer son temps de travail, d’une journée puis deux. Pendant dix huit mois, elle aura une compensation versée par l’état, ensuite plus rien. Comme elle travaille moins, on a collé des heures supplémentaires à une collègue. Logique, non ! Et vexant. On lui a demandé de peaufiner son allemand. Parce qu’on a crée une nouvelle langue allemande; c’est l’ancienne revisitée. Et Gaby ça la gonfle, vous imaginez vous, un nouveau français avec des mots au goût du jour. Et d’autres mis au placard. Elle s’est plainte au chef. Elle aurait pas dû. Ca n’a pas plu. Elle a intérêt à se surveiller, à prendre sur elle, sinon…

Sinon, pour se défouler Gaby, elle a le yoga. Et l’amitié. Quand le stress monte et que ses yeux s’embuent, que les médicaments ne font plus d’effet, elle s’offre un billet de train pour Paris. Parce que parfois, la copine au téléphone, ça ne suffit plus. Il faut un contact physique, des embrassades, des bras autour des épaules.  Quel bien fou ça fait !  Pour tenir bon et reprendre des forces et que la prochaine brimade glisse sur la peau sans toucher l’âme. Jusqu’à quand ?   

 

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:07





J’ai déjà parlé des voyantes et de leur boule de cristal dans un article que j’ai intitulé " les prédictions de Mme Irma". Mais c’était fantaisiste, j’extrapolais à partir d’une image, je jouais les pseudos devineresses, les rassurantes. En fait je ne racontais que ce que chacun à envie d’entendre, des promesses de félicité.

 

Cette fois, j’observe les femmes du voyage, celles qui opèrent en groupe dans les halls de gare. Au milieu d’une foule bigarrée qui va et vient, pressée, fatiguée, énervée, elles choisissent une personne, comme ça au hasard. Enfin, pas tout à fait. Je ne sais pas comment ça fonctionne, c’est l’instinct, le fluide. Elles ont l’air de mendiantes, portent des robes longues, informes, et se parent de breloques. Elles ont l’accent traînant des gens de l’est, des voix douces, apaisantes, et semblent supplier humblement. Mais quand elles arrêtent un passant, elles le tirent par la manche et l’obligent à stopper sa course. La voix se fait soudain plus forte, décidée, persuasive. Un conseil, si cela vous arrive et si vous êtes vulnérable, bouchez-vous les oreilles, ce qu’elles ont à dire se vérifie parfois. Alors bien sûr, elles peuvent annoncer d’heureuses nouvelles, de quoi bondir au plafond. Eh bien d’accord, cela va arriver, n’est-ce pas, alors que vous soyez au courant, par avance, n’est pas important.

 

Mais j’ai deux mauvais exemples. Deux personnes de mon entourage qui ont accepté d’écouter. Parce que ce jour-là, elles n’étaient pas pressées et curieuses,  ou amusées. Peut-être que la pression sur la manche s’est faite insistante et le ton sans réplique. C’est l’étonnement qui les a paralysées. A l’une, on a révélé que son mariage était en sursis, qu’elle ne finirait pas ses jours avec son compagnon de l’époque. Un an après, elle divorçait. A l’autre, on a appris qu’elle n’atteindrait pas l’âge de soixante ans. Elle a soufflé soixante bougies il y a trois mois, et aujourd’hui, assommée par les morphiniques elle attend que quelqu’un là-haut décide de la rappeler.

Pour ma part, je suis lâche, je rentre les épaules, je scrute le sol, et je fuis. Le futur ne m’intéresse décidément pas. Le préparer, un peu, me suffit bien.  Vive le présent !

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 14:22

Aujourd’hui et pour respecter le THEME DE LA SEMAINE: les collections, je vous présente quelques timbres témoins du parcours de mon grand-père en tant que soldat dans l’Armée Coloniale, à la grande époque de l’Afrique Française. Après Verdun et les Dardanelles mon grand-père, originaire de Martinique,  a parcouru l’Afrique avant se fixer au Maroc où il a terminé sa carrière militaire et choisi ensuite le poste de douanier sur le port de Casablanca.

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous fais découvrir la Côte d’Ivoire, le Dahomey, la Guinée, la Mauritanie, le Liban, le Sénégal, le Soudan, le Togo et les pays du Maghreb représentés par des timbres des années 30 et 40. Avez-vous remarqué mon grand père incrusté dans un timbre de la Martinique ?

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 13:27






Je viens d’achever la lecture d’un recueil de nouvelles : « Petites faiblesses inavouables » de VERONIQUE FISZMAN aux éditions Leo Scheer. J’ai apprécié le ton narquois, moqueur, impertinent, désabusé. J’ai adoré ses phrases courtes, simples. Ses remarques font mouches. Et surtout les personnages sont les gros lourds qu’on croise au quotidien. Ce sont vous et moi, avec nos préjugés sur les riches, les pauvres, les juifs, les blacks, la zone et les gens bien.

 

Je dresserais bien ma liste perso de lâchetés pas jolies, jolies. Je la placerais là sur mon blog mais j’hésite. D’abord ça ne regarde que moi, le principal est que je m’en rende compte et tente de me corriger. Et puis écrit comme ça sur l’écran, tout me paraît criminel. Ou alors c’est du charabia, comme d’entendre Bruel commenter un match de Poker sur Canal. Des petites mochetés, moi je ne peux pas en avoir fait. D’ailleurs si j’interroge les autres, autour, ils  jugeront que je suis quelqu’un d’honnête, franc et loyal.

Plus encore, je suis intelligente donc je sais où se situent les limites. Je ne dépasse pas. Ou si peu. Et je suis la modestie incarnée. En douteriez-vous ?

Si vous affirmez le contraire, c’est par méchanceté, d’ailleurs vous n’êtes pas très malins dans l’ensemble. Je n’attendais pas grand-chose de vous.

Au début je vous trouvais sympathiques, je vous aurais offert le restaurant ou une place de concert sans me poser de questions. J’aimais bien votre compagnie. Mais là, à vous écouter dire que … parfois… je peux être mesquine… Je ne veux plus vous voir. Non, je rigole, mais pourquoi vous faites cette tête ? Allez, je vous offre un verre.

 

Non, pas ce soir. Je suis mal, c’est à cause de ce que vous avez colporté la semaine dernière. Moi, j’aurais critiqué vos amis ? Qu’est-ce que vous avez à parler de moi comme ça derrière mon dos. C’est dingue ! Vous vous êtes passés le mot ou quoi ! Consulter un psy, mais je ne suis pas malade. Il faut juste que je me blinde, que je ne me laisse pas déstabiliser par les idiots qui m’entourent, que je les fuis. Tous des imbéciles. J’ai le cœur vide, je ne ressens rien pour mon prochain.     

 

Tout ça pour dire qu’il y a une palette de travers à combattre en nous, il y a le narcissisme, la perversion, l’indifférence aussi. La vigilance consiste à de ne pas tomber dans ces excès et d’avoir l’œil, toujours. Près de nous quelqu’un est peut-être dans la peine.  

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 19:22





J’ai appris le décès de José Carlos en furetant sur les blogs de la communauté ARCHITECTES D’INTERCHOEURS et je voulais  partager  mon sentiment avec vous. Son blog est toujours là et nous incite à découvrir ses passions, ses goûts musicaux, littéraires, picturaux. Et bien sûr son amour du Portugal. Je m’y suis attardée un peu plus que je ne le faisais d’habitude. Je cherchais quelque chose de particulier, un blog c’est tellement vivant, présent, c’est l’idée du moment qu’on exprime. On guette les réactions, les visites, ou leur absence. Chacun sait qu’il y a quelqu’un derrière, et tout plein d’accros avec leur souris. C’est un échange, un peu comme un salon au parc des expositions à Versailles. On baguenaude de stands en stands, on s’arrête, on discute, on découvre. On trouve même le temps de prendre un café ou un sandwich. Une pause et on repart. En fin de parcours, épuisés mais heureux on ramène des dépliants ou on passe commande.

Tout ça pour emporter chez soi un peu de fièvre et l’ambiance particulière de ces « kermesses » à l’esprit bon enfant. Mais les expositions ont un début et une fin, nous le savons  et somme préparés à çà. On se précipite ou on laisse passer, on ira l’an prochain de toutes façons. Alors que faire quand l’exposition est permanente et que l’un des exposants s’en va en abandonnant son stand. Eh bien, mon premier réflexe est celui du pilleur, je pique des idées, j’ouvre des yeux, mes oreilles. Puis je m’aperçois qu’au lieu de lire le blog, j’essaie de débusquer le bloggeur, sa personnalité, pas vraiment son âge puisque ses choix permettent de le deviner dès le départ.

Voilà j’ai trouvé ce que je cherchais, le départ d’un bloggeur lève le voile sur son anonymat. Il n’est plus seulement sur l’écran, et si comme, José Carlos, il a déposé une photo, on ne voit plus qu’elle, dominant les textes. C’est comme s’il était assis à nos côtés, qu’on feuilletait un album de famille ensemble, et c’est très sympathique.  

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 12:14





A l’époque j’avais 37 ans, lui 23. J’étais mariée avec enfants, lui étudiant, célibataire. Ouais, ouais, je vous entends les mouettes, c’est assourdissant ce vacarme autour de ma tête. Taisez-vous et repliez vos ailes. Ne vous inquiétez pas, j’ai assuré, all was over control. Nous deux ça a fini au clash, parce que ça ne pouvait pas marcher, ça ne pouvait plus durer ce désir pas comblé. Il est parti un beau jour, comme il était venu.

 

Il était grand, beau, intelligent, cultivé, bourgeois et très, comment dire, poli. C’est banal comme histoire, un petit jeune, rencontré au boulot et qui vient de se faire plaquer par son amie. On discute, on débloque, on sympathise autour d’une tasse de café. On s’observe, on se scrute, on se découvre… des points communs. Le cinéma d’art et d’essai, Arnaud Despleschin à l’époque de « Comment je me suis disputé… », Mathieu Almaric, Emmanuelle Devos, Chiara Mastrioani. On ne  parlait pas d’eux, en ce temps-là ou très peu.  Et  je m’étais entichée de Katherine Mansfield, lui lisait Virginia Woolf comme d’autres feuillettent Voici. Il pouvait discuter de sujets débiles jusqu’à plus d’heure, histoire d’argumenter et je suivais, histoire de contredire. Alors on s’est apprécié, on s’est plu, troublés l’un  par l’autre. Ca me titillait vous pensez, mais la petite lanterne dansait sur ma tête, nan, nan, nan, fifille.

 

Il m’a fait la cour à sa façon, un peu spéciale. Un jour il s’est approché et m’a abordée de front, ni gauche, ni timide. On était en avril, il faisait doux, le soleil tiédissait la peau. Il a dit, naturellement :

-         Je suis amoureux.

-         Magnifique, j’ai rétorqué, enfin vous avez passé le cap. Votre amie s’efface doucement.

Il est resté planté devant moi, l’air renfrogné, sans un mot, et j’ai compris. Ouais bon, pas confortable comme situation. J’ai pirouetté, un savant quart de tour vers ailleurs, plus loin, à part.

 

Il a acheté des fleurs, pas un bouquet énorme avec un billet et un petit cœur accroché sur la feuille de papier glacé. Trop clinquant, pas adapté. Fallait apprivoiser Emma (Bovary pour ceux qui suivent pas). Il a acheté des primevères attachées avec de la ficelle qu’il a coupée. Il a disséminé des petites flaques jaunes dans des verres, çà et là. Je l’ai interrogé, il a expliqué :

-         Si je vous les offre vous allez refuser, j’en mets partout, ça égaie, vous ne trouvez pas ?

J’étais décontenancée, ébaubie.

 

Un jour, il a dit :

-         Ca y est j’ai rencontré quelqu’un, je vais vous la présenter.

Et je l’ai vue, elle était jeune, belle, douce, très agréable et amoureuse. J’étais heureuse pour lui, un peu jalouse.

Pour moi tout était clair. Chacun son doudou et vogue la galère. Il ne me tournait plus autour, clean comme situation.

 

Et puis je l’ai vu s’intéresser à des gamines de 18 à 25 ans, toutes celles qui passaient à sa portée. J’ai assisté à son manège, interdite. Il était lourd, fatigant, dérangeant. Les filles trépignaient, rougissaient, déguerpissaient. J’ai fait la remarque, c’est quoi cette attitude vis-à-vis de votre nouvelle amie, de ces filles, c’est pas top !

Il m’a tourné le dos, immédiatement pour fermer la fenêtre. Comme si l’air dans la pièce l’étourdissait. Et gardant la main sur la poignée, il a susurré :

-         Si je drague toutes ces filles, c’est parce que vous ne me laissez pas vous faire la cour !

Ca ne pouvait pas continuer, je vous dis.  

      

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 10:40





C’est un très beau film qui se sert des clichés et les jette au feu. Je n’ai pas l’intention d’en parler, les clichés ça saute aux yeux, des idées toutes faites sur n’importe quoi. Des idées qu’on lance en l’air quand on n’y connaît rien et que l’on croit savoir. Sauf que dans le cas de l’école les clichés sont la vérité. Un quotidien à épurer, à embellir, à rendre supportable. Pour tous ces jeunes, désabusés, désorientés et dont le langage signe la mise au rebut.

Ce film c’est Isabelle Adjani. On parle de retour, de manque, d’impatience. Sublime, habitée, auréolée, elle est son personnage. Et oui, elle me manquait. Ce n’est pas l’image fantasmée que j’avais d’elle, elle a grossi, on la surnomme bouboule et elle en rit. Mais elle est belle à jamais, solaire, présente. Comme une amie que  j’aurais perdue de vue, et dont les avis, les conseils me faisaient cruellement défaut. Une confidente dans le giron de laquelle il ferait bon pleurer. Comme un amant retrouvé par hasard, longtemps après notre histoire, et dont le temps n’aurait pas altéré l’éclat. Je veux dire que des retrouvailles satisfaisantes sont rares, que le public n’est pas toujours fidèle. Adjani a su toucher ses fans d’autrefois et en conquérir de nouveaux.

 

Mais je ne connais pas Isabelle Adjani. Elle est dans ma tête et je l’invente, un peu. Dans ce film, outre une poignée de jeunes comédiens formidables et rafraîchissants, il y a Fatima. On la voit peu, on la voit mal, on la remarque à peine. C’est une de mes clientes à la pharmacie. Dans le film elle joue le rôle de la mère d’Adjani, elle est effacée, discrète, l’anxiété se lit sur son visage, elle ne parle pas. Elle est une musulmane typique, retranchée derrière un mari qui s’exprime seul. Le son de sa voix se résume à un cri, à la fin. Moi je sais qui elle est, elle raconte sa famille, son père, son fils, sa vie. Elle se sait cantonnée aux rôles de musulmane vieillissante et porte dans la vie les mêmes vêtements que dans le film. Chez nous, elle est bouillante, volubile, elle accapare l’attention. Déclame des poèmes, raconte ses tournées, ses auditions, nous fait part de ses constats philosophiques. Ses yeux ont de la fièvre. Elle nous happe, elle nous épuise, elle est vivante. Et tellement éloignée de la sobriété de son personnage dans le film.

 

Eh bien je ressentais le besoin de parler de ces deux femmes, l’une nous appartient, elle est à nous quelque part. L’autre n’intéresse qu’une poignée de personnes. L’une a sa vie loin de nous, en parallèle, elle est une référence. L’autre semble proche, accessible, elle est le quotidien. Ensemble elles représentent  une forme d’équilibre, les pôles entre lesquels nous oscillons, tous, du rêve à la réalité.     

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