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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 11:59

Consigne 39

 

 

C'est un exercice combiné qui est cette fois proposé par Virginie Edensland. En effet, il s'agit d'écrire un texte dont le début vous est imposé, en utilisant également au minimum 10 mots parmi les 15 d'une liste. Ce double défi, nous ne doutons pas que vous saurez le relever, et que la surprise et l'émerveillement seront comme toujours au rendez-vous à la lecture des résultats.

Début : Il / Elle reposa le téléphone...Les larmes emplirent ses yeux...Il n'y avait plus d'espoir.

Mots imposés :
soleil, main, regard, feuille, rideau, océan, demain, oublier, rancoeur, soulagement, impasse, bonheur, lancinant, pourquoi, poing.

 

 

 

Il reposa le téléphone…Les larmes emplirent ses yeux…Il n’y avait plus d’espoir.

C’est du cinéma tout ça…Ce n’est pas le schéma que j’entrevoie pour moi. J’ai une belle maison avec un grand jardin. Dedans, une belle femme enceinte et deux beaux enfants de 6 et 8 ans. Je suis le patron de ma boîte. Et je m’emmerde. Je sais, je choque. Je pense à ce qui me porte, ce qui me pousse. Il y a le sport, comme ceux de mon âge, la quarantaine, je me fais croire que j’ai vingt ans. Je force, j’endure, j’éprouve. Il y a les fêtes où l’on admire ma belle maison, ma belle femme enceinte, mes beaux enfants.  Les réunions de famille aussi. Montrer qu’on forme un cocon et qu’on s’adore, même de loin. Il y a les soirées d’anciens, les vacances au Japon,  la nouvelle voiture et tout pleins de trucs qui font le quotidien.

Je crois qu’il manque l’essentiel dans ce que je mange, les condiments. Mes jours se déroulent en noir et blanc. Du vrai noir et blanc, pas de contraste, pas de faux jour, pas de mystère. C’est comme ça pour tout le monde, il paraît. Mais je ne l’accepte pas. Je ne suis pas tout le monde. Parfois je vais dans un bar tout seul, place de la Bastille. J’y vais le soir. Un surcroît de travail est mon prétexte. Là, je trouve ce  qui convient. La musique à fond, l’alcool à flot, les filles en nombre. Je m’imagine que je suis libre, que je vais bien. Je suis un caïd, un grand chef, un voyou. Ca me change de l’entreprise, ce côté sérieux, responsable. Ca me change de la maison, ce côté sévère, raisonnable. Je sors, je fume un peu, des types éméchés m’accostent, des gamines intrépides m’allument. Je retourne à l’intérieur, je m’étourdis, une Caï, un Mojito, une assiette d’accras. Et la musique, et l’évasion. Je plane, j’oublie.

 

Je me suis mis au yoga. Mon professeur est un petit vieux à lunettes. Ses chaussettes ont des doigts multicolores. Elles jouent aux marionnettes. Allongé avec les autres, je ferme yeux, et me concentre sur les parties de mon corps. Le prof voudrait que je me détende, que je m’endorme, que je m’extraie de moi-même. Mais, cils entrouverts,  je ne peux m’empêcher de regarder ses chaussettes, de les voir danser. Mon ventre se contracte, j’ai un rire nerveux. Il  le devine. Je le vois au tressaillement  de ses épaules, je perturbe le cours. J’ai le sentiment qu’il va m’exclure. Quand j’enfile mon imper à la fin de l’heure, il s’approche de moi et me serre la main. Il me détaille comme un prêtre. Il voit de la souffrance dans mes sourcils, dans ma barbe naissante. Il n’ose pas me renvoyer. Je souris, j’en profite, il est  le seul qui perçoive ma détresse.

 

Je lis des psaumes,  je parcours les textes des philosophes. Je participe à des initiations rituelles, des cérémonies, je donne de l’argent pour mon salut. Parfois je m’éloigne le week-end, j’assiste à des congrès, j’emporte des livres, des cahiers, des devoirs à rédiger. Ou alors j’effectue des pèlerinages, Lourdes, Lisieux, j’achète des médailles. Les enfants s’étonnent, il va où papa. Ma femme menace de divorcer, mais timidement, son ventre la freine. La famille,  tout ça, ça ne va pas m’arrêter. J’ai tant besoin de couleurs.

 

Je peins des tableaux. Je me suis équipé, gouaches, peinture à l’eau, à l’huile, chevalets, pinceaux. Je prends des cours deux fois par semaine. C’est encore du temps que je vole aux miens. Je n’y peux rien, c’est comme ça. Parfois le dimanche, je retourne chez moi en Picardie. Je m’installe sur les bords de la Noye au soleil, et je peins les canards, les poules d’eau et les saules dont les feuilles pleurent. Je ne lésine pas sur les nuances et la lumière. Je me fais plaisir. Un jour, un promeneur  s’est arrêté derrière moi et m’a regardé barbouiller la toile.  Il veut l’acheter. Il y trouve de la  vie, du bonheur. J’ai ricané comme un imbécile. Mais l’idée a germé. Si je changeais de métier, si j’allais à l’authentique ?

 

En ce moment je me lève tôt le matin. Je prépare le petit déjeuner pour moi et pour ma femme. Ca lui fait plaisir. Elle se dit que je tiens à elle un peu quand même. Je l’embrasse dans le cou et je sors. Je vais faire un tour le long du canal de l’Ourq. C’est comme un besoin d’espace, d’océan. Quai de Seine ou Quai de Loire jusqu’à la Villette. Je marche au son des clapotis, je rencontre des coureurs et je les salue. Je n’ai plus d’énergie pour les imiter, ce  signe de la main me fait du bien. C’est une sorte de connivence, de complicité. Et j’aime  l’esprit de confrérie, d’appartenance. J’attends d’avoir bien froid avant de rentrer. Aux joues, aux mains, aux jambes : j’attends la morsure, le feu. Au retour ma femme se fait câline, elle tient absolument à me réchauffer de son corps lourd. Je me détache le plus doucement possible, je fuis son regard. Je lui fais de la peine, mes gestes sont brusques. Malgré moi. C’est quand la peau me brûle que je trouve le courage de me jeter dans le fourneau. De jouer au chef d’entreprise, cette comédie.

 

Le verdict est tombé. Hépatite C. J’entame le processus la semaine prochaine : Ribavirine et Interféron. J’en ai pour un moment. On m’a dit que ça marche bien, quelques coups de fatigue, comme une grosse grippe. C’est tout pour les effets secondaires, c’est un soulagement. Je ne suis pas dans l’impasse comme je l’avais d’abord cru. Ma femme a fait des analyses au début de sa grossesse. Elle n’a rien heureusement, je n’aurai pas supporté je crois. Demain je la mettrai au courant, je lui expliquerai. Elle n’avalera pas de couleuvre. Je guérirai si elle pardonne, si elle comprend, si elle accepte mes écarts. Si la rancœur ne vient pas ruiner l’amour. Je n’ai qu’elle et je la rejette pour le moment. Dès que j’aurai parlé, je m’accrocherai à son ventre. Je serai un fardeau. Je me sens aussi démuni que l’enfant à naître.

 

 

 

 

 

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 11:19

 

Consigne 63

 

 

Le principe de cet exercice est de choisir cinq éléments dans chacune des listes ci-dessous (personnages, lieux, dates et nombres), et de construire un récit incluant l'ensemble des éléments choisis.

Personnages : prêtre, assasin, chien, femme, homme, poisson rouge, vieux, chat, peintre, maître, voleuse, femme d'affaires, magistrate, recteur d'académie, policier

Lieux : Un balcon, un bar, une abbaye, une maison close/bordel, un sous-sol, un/des toit(s), une cage, une cellule, une cuisine, une salle de bain, un bureau, une réserve (de magasin), un ascenseur, une cabine, des escaliers

Dates / Nombres22 mars, 15, 7, 1, 5, 12, 31 décembre, 1 mai, 74, 156, 2943, 33, 7 octobre, 150, 1528


 

    

     

 

 

Pierrot est un chat européen, c'est-à-dire un chat comme tous les chats. Un chat qui n’a rien d’extraordinaire mais il plaît. Parce qu’il est grassouillet, que son ventre blanc traîne à terre. Il est tout gris sur le dessus, il a même un masque autour des yeux et un museau tout blanc. Il a des chaussettes blanches autour des pattes et une touffe grise sur sa patte arrière gauche. Il aime onduler dans la maison comme un cowboy. Pierrot s’appelle Pierrot parce qu’il rappelle à Mr Grisouri l’un de ses copains d’école qui s’appelait Pierre. C’était un petit garçon qui dormait au fond de la classe. Quand la maîtresse l’interrogeait, il se frottait les yeux et disait :

-         Ben quoi, j’sais pas moi !

Mme Grisouri  a refusé qu’on l’appelle Pierre, c’est un prénom de petit garçon. Alors ils se sont mis d’accord, Pierrot, c’est pas mal. Et puis ça va avec dodo, p’tit gros, pataud. Pataud ? Pas tant que ça.

 

 

C’est le quinze août aujourd’hui, un jour férié chez les humains, comme le premier mai. Et chez les chats c’est la mi-aou. Les maîtres sont partis et Pierrot veut réunir tous ses amis. On ne sait pas comment il s’y prend, c’est comme un tam tam. Tout le monde est au courant. On vient du monde entier.  Gros Loukoum est une gourmande qui arrive  de Turquie. Son poil est tout collant. Petit Nem est un chat siamois qui trotte depuis la Chine. Goudam est un chat tout rond au pelage orangé qui vient de Hollande et adore le fromage. Zizi Patte en l’air est une chatte acrobate qui fait un numéro le soir dans un cirque ambulant. Sans compter Gilda la rousse mystérieuse. Si je vous disais qu’il y a aussi une petite souris blanche appelée Poupette. J’ai bien dit une petite souris, oui, une souris amie des chats. La plus belle c’est Corne de Gazelle, la préférée de Pierrot, sa petite copine, quoi ! Elle aussi est toute blanche, toute fine et ressemble à une pâtisserie orientale.  Comme elle est là, Pierrot a confiance.

 

Mais tous les placards de la cuisine sont fermés à clefs, comme la porte de l’entrée. Il faut de l’aide. Alors Pierrot, bon prince, un peu crâneur, descend le long du balcon, l’appartement étant au premier étage. Il va amadouer la gardienne de l’immeuble. Vous savez bien comment il s’y prend, et que je te frotte, et que je te chatouille avec mes moustaches… Et que je t’emballe ! Elle monte avec son ouistiti, Tire bouchon qui flaire une occasion d’être nourri à l’œil.  Elle a les clefs de l’appartement, elle ouvre le garde manger. Pierrot ronronne et lui frôle la jambe au  passage. La gardienne oublie de refermer les portes en sortant et Tire bouchon va  se cacher dans la salle de bain.

 

Pierrot veut bien aider  mais, avachi sur la table de la cuisine, il en a assez de piquer du poisson sur des bâtons.  Il  a compté les brochettes, d’après lui, il y en a au moins deux mille neuf cent quarante trois. Il lâche tout et cache son nez dans ses pattes. Il a juste le temps d’apercevoir la truffe agacée de Corne de gazelle avant de fermer les yeux. Il baille avec un miaou bref :

-         Ben quoi, j’ai sommeil !

-         Tu pourrais participer au moins! Il faut écraser des crevettes, émietter du thon, répartir les croquettes dans des bols…. Tes amis sont au nombre de cent cinquante six et il faut tabler sur sept petits fours par invité, alors tu peux faire un effort !

-         Tu n’as qu’à demander à Gros Loukoum. Il faut la surveiller sinon elle engloutit tout ce qu’elle prépare. Mais elle sera ravie de t’aider !

-          Mais c’est toi qui organises, enfin !

-         Bof, je compte sur vous. C’est ça l’amitié, non.

Il s’étire et s’étale de tout son long sur le plan de travail. Bientôt son ronflement remplit la pièce. 

Corne de Gazelle soupire. Elle prépare un couffin pour la sieste des chatons venus avec leurs parents. Elle va l’installer sous la table de la salle à manger.  Pendant ce temps, Tire bouchon sort de sa cachette, il fait le clown. Il saute dans tous les sens et casse de la porcelaine sur une commode. Il attire une partie des invités vers la salle de bain qu’il referme et bloque avec une chaise. En poussant des Yo ! Yo ! il se gratte la tête et se précipite à la cuisine pour engloutir tout ce qui est sur la table. Dans sa hâte de goinfre, il ne regarde même pas ce qu’il avale. La queue de Pierrot  est dissimulée sous un papier d’emballage jaune. Il la prend pour une banane et...

 

Pierrot l’attaque aussitôt, aidé par une armée de chatons surgis du couffin, encore tout endormis mais féroces. Tire bouchon hurle. On entend les pas de la gardienne dans l’escalier. Elle entre comme une furie, essuie ses mains sur son tablier et tonne :

-         Qu’est-ce qui se passe ici ?

Elle reconnaît les cris de son « artiste » et  fonce tout droit vers la cuisine. Elle découvre le ouistiti la patte coincée dans un pot de cornichons. En voulant le libérer elle tombe à la renverse sur le carrelage, un peu groggy. Corne de Gazelle attrape  Pierrot, qui accroche Gros Loukoum laquelle se suspend à Goudam qui saisit Petit Nem par la patte arrière droite. Ainsi ils forment une chaîne et tirent  la bonne femme vers l’entrée. Avec Tirebouchon rivé à son tablier, elle dégringole les escaliers.

 

Tout à coup Pierrot dresse les oreilles. Il perçoit le bruit de la cage d’ascenseur.  Monsieur et Madame Grisouri sont déjà de retour. Quelle catastrophe ! Toute une organisation se met en place. Les chatons freinent l’avancée des maîtres en zigzagant dans leurs pas sans qu’ils s’en aperçoivent. Dans la grande salle, des chats nettoyeurs se mettent en boule et réparent les dégâts. Les autres invités se planquent dans le grand vaisselier. Aïe, aïe, attention à la vaisselle !

Mr  et Mme Grisouri arrivent au salon. Ils sont tout rouges et leurs cheveux font des serpentins sur leur tête. Le salon  est en ordre,  mais on voit des touffes de poils partout sur les chaises. Des poils de toutes les couleurs, de toutes les longueurs. C’est drôle non ! Et Mme Grisouri veut regarder ça de plus près. Elle enlève ses chaussures. Elle ne va jamais dans le salon avec ses chaussures. Elle se tourne vers son homme en geignant:

-         Edouard, je saigne, il y a du verre cassé par terre ! On nous a cambriolés, téléphone à ton ami le policier !

Elle se penche :

-         Oh ma porcelaine de Limoges, c’est encore ton chat. Sale bête !

La voilà qui tire les moustaches de Pierrot.  Celui-ci lève brusquement le museau et ses poils se dressent.  

-         Non, c’est toi qui laisses traîner  tes affaires! soupire Mr Grisouri. Ca devait arriver !

Pierrot se précipite sur le pied blessé et le lèche avec application. Il ferme les yeux avec gourmandise. Mr et Mme Grisouri éclatent de rire et Mr constate :

-         Allons ma chérie, ce n’est rien. Regarde, Pierrot veut te consoler.

Celui-ci frotte son dos sur  la main de Mme. Il ronronne. Il l’observe à la dérobée. Mr Grisouri a droit à un câlin lui aussi.   

-         Je t’emmène au restaurant, décide Mr. Remettons-nous de nos émotions.

Gagné ! Pierrot se mange les griffes avec application, l’air de rien. La porte de l’entrée claque.

Les maîtres sont partis. Les nettoyeurs qui s’étaient aplatis sous le canapé, grimpent sur les chaises, s’enroulent et vont terminer leur travail. Mais Pierrot les arrête. Il gratte au bas de la porte de la chambre. Il cogne celle  des toilettes en plein milieu. Il y a du beurre sur la poignée de la porte de la cuisine et du savon sur celle de la salle bain. C’est un jeu de chaton de les ouvrir pour Zizi Patte en L’air, la petite chatte acrobate. Les copains, ceux que Tire Bouchon avait enfermés se dirigent tous vers le salon, à la suite de Pierrot et du reste de la troupe. Le voilà qui se dresse sur ses pattes de derrière avec un miaulement joyeux :

-         Et maintenant les amis, que la fête commence !     

 

 

 

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 20:17

CECI EST UNE PURE FICTION, avec un peu de moi dedans, c’est normal.

 

 

J’ai cinquante ans et je kiffe pépère. Pourtant il m’a laissée. Il a dit : je veux m’amuser. Il n’a pas contesté mon ventre plat, ma taille fine et la fermeté de mes seins refaits, il a simplement avoué son ras le bol, son envie d’aller voir ailleurs, comme s’il avait vingt ans et toute la vie devant lui pour faire un choix. Et il le dit, il a cinquante ans et toute la vie pour… Il a envie de changement quoi ! C’est  bizarre, je n’ai pas le sentiment d’être laissée sur le carreau. Je n’ai pas envie de dire ma vie est fichue, elle est derrière moi, que vais-je devenir, et les enfants ? Non, je cherche un clan, un groupe, une appartenance. Parce que les copines, elles ne me correspondent pas. Mon jean taille basse les fait ricaner.  Ma rage de bosser, de continuer, alors qu’elles pensent à la retraite, ma haine des jardins, ceux qu’on travaille avec les mains, pas ceux, bien entretenus, dans lesquels on se promène ; mon dégoût de la cuisine, celle qu’on concocte pas celle qu’on savoure font de moi une emm... De quoi j’ai l’air avec ma jeunesse fabriquée dans le bassin de la piscine du quartier, mes injections de botox et mes extensions à mille euros. D’une conne larguée par pépère malgré le zèle déployé pour le maintenir ficelé à mes basques. Mais je prends ça plutôt bien. C’est un test, une épreuve, pour me trouver moi. Et mieux vaut tard que jamais.

 

J’ai acheté le dernier Faïza Guène, pour voir, c’est quoi son clan.  Si le bitume et la banlieue ça crée des liens qui vous construisent. Et j’ai relu les lettres d’amour de mon père à ma mère, pour voir c’était quoi l’amour à ma naissance. Je n’ai rien appris, l’amour c’est toujours la même chose, ça s’adapte aux générations. C’est toujours des violons qui s’enrhument avec le temps. Et Faïza, elle évoque un monde attachant qui n’est pas le mien. On a un lien quand même toutes les deux, quand elle kiffe quelqu’un ou quelque chose, c’est sincère.

Je veux la vie en rose, pas en ose : ménopause, arthrose, ostéoporose, telle qu’on me la propose. A quand les stages UCPA pour seniors de 40 à 59 ans. Parce que pour les rencontres si tu n’es pas branchée Meetic, va te faire voir ! Eh oui, je cherche à  me recaser. Enfin pas vraiment. Je ne suis pas honnête. Ce que je veux c’est qu’on se retourne et qu’on salive. Qu’on ait le regard de Steeve Macqueen sur Faye Dunaway dans l’affaire Thomas Crown. Et que ça me rassure cet œil de lion sur sa proie. J’aime les randonnées mais il n’y a que des vieux au Club Alpin Français, des papis en vadrouille. Alors je vais draguer aux terrasses des cafés. Au premier regard qui tue je me lève en courant. J’aurai ma preuve, je fais partie du club des séductrices. Excuse-moi, si je te fais de peine Benoîte, chère militante de la première heure, chère féministe. Un jour plus très lointain, je rejoindrais le clan des invisibles comme toi. Avant, permet que j’expérimente.

 

J’en arrive à me demander si ça me fait quelque chose l’abandon de pépère. C’est si léger dans ma tête, je ne réagis pas. J’ai une couche de plâtre sur le cœur. Qui ne pèse pas pour de vrai, elle recouvre simplement, elle masque la douleur. Je l’attends celle-là, fourbe, et qui m’évite. Je patiente, elle va monter comme la moutarde. Et les larmes couleront le long de mon nez sans que je m’y attende. Je ne saurai pas les bloquer au coin des yeux. Je me sentirai vieille et laide et seule. Je me recroquevillerai dans le lit vide, la nuit quand les enfants dormiront ou que désertant la maison au profit des copains, ils me croiront solide. Je sais ma faiblesse, ma lâcheté. Je ne réussis pas à extérioriser ma peine, à hurler. Comme si des araignées me pétrissaient la trachée et tissaient un fil autour de ma glotte pour étouffer les cris.

 

Pépère est revenu, il a dit que toutes ces filles jeunes et en bonne santé, même pas un mal au dos, ça finit par l’incommoder. Tu préfères les filles qui ont la vie en ose, j’ai souligné, sans allusion à son andropause bien sûr. Je suis heureuse mais je ne le montre pas. Il s’imagine quoi, que je vais retomber dans ses bras comme une limace avide. Je le fais mariner dans son jus, tu as peur hein, bonhomme de finir tout seul, et que personne ne partage tes radotages sur notre vie d’avant. Allez, tremble un peu, rumine. J’ai tout mon temps, car c’est bien ce dont il s’agit n’est-ce pas, le temps. Le temps passé et celui qui reste pour se chamailler et pour s’aimer. Si ce mot veut encore dire quelque dans nos bouches d’anciens revenus de tout. S’il a toujours de l’importance, je le prononce. Pép…, Boris, je t’aime grave.

 

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