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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 09:44



Quand j'avais trois ans, j'ai dit: « Quand je serai grande, je serai un vampire. »
A dix huit ans, j’ai tenu ma promesse. Lui en avait dix neuf, il s’appelait Gilles. Nous nous étions connus en juillet 197… , au cours d’un job d’été. C’était un grand blond bouclé, gringalet, dégingandé. Une saucisse. On nous avait cantonnés au classement des archives. Tous les deux, accroupis dans des allées étroites, avalant de la poussière, supportant le silence et l’ennui. Le soir, nous retrouvions les autres, étudiants comme nous au café, plus loin dans la rue.  Il y avait des pauses, des sourires complices, des airs de connivence, on soupçonnait une histoire entre nous. Ca avait le don de m’énerver ces commérages, d’autant que lui jouait les être fuyants, solitaires, en proie aux questionnements. Il meublait le vide de nos journées en décrivant ses promenades dans la forêt avec sa copine, leurs pas feutrés, le chant des oiseaux, la percée du soleil à travers les feuillages et le silence entre eux. Ils se comprenaient, se devinaient, se complétaient, c’était émouvant ce déballage. Moi je gobais, telle une mouche affamée, j’étais sous le charme d’un amour fusionnel. Et sous le sien évidemment.

 

Je ne sais pas à quel moment exactement, il y eut ce déclic, ce retournement. Peut-être quand  je me suis inventée un copain du genre beau gosse inaccessible. Et puis dans cette atmosphère capitonnée, intemporelle, je me sentais pousser de longues dents et l’envie de mordre montait, montait…. Alors Gilles se tut. Il me dévisageait, l’air soupçonneux, elle raconte quoi au juste, c’est un truc pour m’avoir ou pour m’éloigner, me faire réagir ? Il essayait de titiller ma jalousie, des astuces du genre, ce soir je pars plus tôt, elle m’attend ou alors, à midi, je ne mange pas avec vous, elle m’attend. Pourtant nos mains se frôlaient dans les cartons et nous nous débarrassions mutuellement des toiles d’araignées qui accrochaient nos cheveux. C’était intense !

Un jour, il joua son va tout. Il faisait très chaud, trop à son goût, se pâmer en évoquant  sa copine ne l’amusait plus et mes déclinaisons amoureuses l’agaçaient. D’un geste autant subtil que sublime, il ôta son tee shirt et continua de travailler comme si de rien n’était, torse nu. Gringalet, j’ai dit mais le muscle nerveux. Il n’y avait que nous, ça ne dérangeait pas. Je me suis approchée et au lieu de mordre, j’ai posé la main sur son épaule et j’ai dit :

-         Ben alors Gilles, t’as froid ?

Il a sursauté et s’est brusquement raidi.

-         Ne me touche pas !

Je me suis détournée, moqueuse. Redoutait-il que j’enfonce mes doigts crochus  dans sa peau tendre ? Il a continué de travailler, je sentais qu’il mourrait d’envie de remettre son tee shirt mais il n’osait pas. Les jours suivants et jusqu’à la fin du mois il se montra boudeur, taciturne. Ses regards devenaient pesants. Nous avions échangé nos adresses, lui, moi et d’autres. A la fin de l’été je reçus une carte postale de Grèce, il voulait me revoir bientôt. Je n’ai jamais répondu. J’aurais dû, peut-être. La part de moi qui est devenue sorcière vous salue.

Ce texte répond à la consigne 22-début & fin : "Rêve irréel-alizée" (Françoise)

Voici un type d'exercice connu, mais amélioré dans le cas présent. Jugez plutôt.
Il s'agit d'écrire un texte qui contiendra (idéalement dans son titre, mais pas obligatoirement) l'expression: " Rêve irréel-alizée" (Selon le dictionnaire des Elfes, le mot " irréel-alizée" signifie "réalisé dans l'Irréel, le Monde Intermédiaire").
Le texte commencera par la phrase.
Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grand (e), je serai un/une ..."
(remplacer les pointillés par l'un - ou plusieurs, pourquoi pas ? - des mots suivants : fée, magicien, elfe, nymphe, dragon, licorne, lutin, schtroumph, pokémon, sorcière, nain de jardin, loup-garou, chat-garou, ogre, fantôme, orque, vampire).
Le texte se terminera par :
La part de moi qui est devenue ... ... vous salue.
(les ... sont à compléter sur base d'un élément de la liste précédente, mais pas forcément le même qu'au début du texte, et pas forcément qu'un seul non plus...)

 

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 11:05




Alain Bashung est parti à 61 ans mais j’ai la sensation d’avoir perdu un petit frère. Parce qu’il a accompagné ma jeunesse, l’époque où j’aurais pu être ma fille. Je sais j’exécute de belles volutes dans le temps, Madame rêve. Pas seulement,  son départ c’est un peu un flacon de parfum que l’on ouvre. Ce sont des fragrances, des notes, des essences. Je m’balance sur un trapèze, et bien emmitouflée dans un pull angora, je retourne dans un passé qu’aucun express n’aurait pu abolir.   

 

C’étaient les vertiges de l’amour, quand je croyais aux promesses des garçons jusqu’à ce que l’un d’eux m’avoue : la nuit je mens. J’étais un boulet, une petite chose en larmes, une idiote, j’passais pour une caravane.  Et puis un jour, comme ça je me suis réveillée, j’ai ouvert la fenêtre de ma chambre et crié bien fort dans la rue : Osez Joséphine ! Joséphine c’était moi, celle qui saurait mener sa petite entreprise en temps de crise. Que les autres applaudiraient en vainqueur à l’arrivée du tour. Le tour de piste que chacun effectue bien malgré lui, parfois en dépit du bon sens. Le tour des souvenirs que l’on empile un à un,  comme un légo.

 

Alors Alain, tu aimes les farces. De là-haut tu t’amuses déjà, un  vrai collégien, tu chahutes, tu bouscules. Tu te trompes de prénom et tu m’interpelles : Gaby oh Gaby ! Mais c’est moi qui sans toi, ne peux pas dormir la nuit. Veux-tu me soutenir un peu, me soutenir encore. Maintenant tu es plus beau, plus fort, tu brandis ta Victoire de la Musique d’un bras alerte et décidé. Tu brandis ta victoire sur la vie. Ce matin ta voix résonnait à mon oreille, tu claironnais, perfide : alors, je t’ai manqué ?

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 15:33





Je change de dizaine. On me dit faut avancer, faut fêter ça. Oui mais cette dizaine-là, elle fait mal, elle passe pas. Dans la gorge, elle passe pas. Un côté mémère, un côté ranci. Je ne fait plus partie du panel des ménagères de moins de… J’ai un vécu, un passé, des souvenirs. On me ferait même croire que j’ai plus d’avenir. Ou alors c’est  mémé, mamie, poterie. Je vais gonfler, grossir, déprimer. Me résigner, m’effacer.

 

Eh, oh, faut pas rêver ! Ca c’est pour les autres. Celles qui croient à la baisse de régime,  à la décrépitude. Qui laissent le temps agir comme un rouleau compresseur et s’aplatissent dessous pour lui faciliter la tache. D’abord moi, je ne suis pas encore grand-mère et je fais un pied de nez à la cinquantaine. Je porte les mêmes jeans qu’à vingt ans, même forme, même taille. Même forme, pas tout à fait puisque j’ai opté pour le taille basse. Mais j’ai décidé de rejoindre les copines dignement. Carole Bouquet, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani, Corinne Touzet, Véronique Janot, Inès de la Fressange et même Caroline de Hanovre. Ca fait tout drôle de se dire que maintenant c’est des copines, on est dans le même clan. Celui des cinquas qui se tiennent. Alors bien sûr j’ai pas les moyens d’entretenir un coach de gym, un coiffeur et un cuistot minceur mais j’en veux moi aussi. Je cuisine des carottes à la vapeur, opte pour le chou fleur en salade et les aiguillettes de poulet aux cinq parfums, à l’espagnole, au curry, et même au thym. J’ai l’impression de varier mes menus tout en mangeant tout le temps pareil. Sur la balance pas de surprise.

Je peaufine mon brushing, j’ai appris en regardant ma coiffeuse se coiffer toute seule entre deux clients, les jours calmes.  Et je perfectionne au fer à lisser, pour la final touch c’est génial. Ca ne fait pas  pro comme résultat et ça évite le look dadame. C’est moi, c’est tout.

Pour la gym, je vais à la piscine trois fois par semaine, quand j’ai pas le pied dans le plâtre évidemment. Je vous voyais venir, vous m’imaginiez gesticulant devant un DVD de Véronique et Davina dans un justaucorps rose fluo. J’ai déjà dit, faut pas pousser !  Ce sont des références qu’il vous faut, pour me situer et m’enfoncer. Allons-y. J’avais dix-huit ans quand « La fièvre du samedi soir » est sorti, vingt à l’époque de « Grease » et vingt trois  pour « L’été meurtrier ». Les chanteuses françaises de l’époque étaient toutes blondes France Gall, Sylvie Vartan, Joëlle, Véronique Sanson. Et nos chanteurs faisaient se pâmer des minettes : Claude François, Joe Dassin, Alain Chamfort, Dave, Johnny… Des groupes comme Téléphone ou Indochine cartonnaient. Michaël Jackson explosait et Madonna débutait.     

 

Voilà pour la rétro. Je sais les djeunes vous vous bidonnez. Mais qui dit que dans vingt ans, les petits boudinés en bavoir d’aujourd’hui ne se moqueront pas de vos Katty Perry et autre Lilly Allen. C’est de bonne guerre, la roue tourne. J’ai décidé de grimper dedans, les grand huit et autres « space Montain » c’est pour moi. Vitesse, loopings, vertige, je peux encore apprécier. Je ne vais pas me priver. Cette dizaine-là n’est pas si difficile à avaler tout compte fait. Il suffisait de l’enrober dans du sirop comme un comprimé amer.

 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:44



                                                                      


                                            


Allez, on va appeler ça fenêtre sur cour. Ca consiste à être un beau jeune homme, à épier les voisins et à se faire dorloter par une grande blonde très classe tout en élucidant un crime. Et bien sûr il est handicapé par un pied dans le plâtre. Ca c’est dans le film. Dans mon cas, il y a le pied, le plâtre, et c’est pas le pied. D’abord je suis une femme, pas très jeune mais qui fait comme si. Ensuite, épier les voisins n’aurait rien de folichon, car chez moi, c’est fenêtre sur rue. Et puis la grande blonde, c’est moyen, c’est pas un fantasme qui me concerne. Moi j’ai mon doudou, le même qu’il y a vingt trois ans. Il a blanchi et s’est enrobé un peu. Il se demande si le calvaire qui le guette, trois semaines avec moi ronchonnant dans le canapé n’est pas plus  atroce que vingt ans de mariage. Mais il fait face courageusement, les courses, la litière des chats, la gamelle des chats, celle des enfants et la mienne. Et si j’insiste un peu, pas trop, faut pas pousser, il passe la serpillière et l’aspirateur.  Il s’adapte, il compose, il grince des dents en dedans.

 

Il faut dire aussi que j’ai pas été maligne. Un petit rayon de soleil, trois degrés de plus, le printemps qui arrive et hop ! J’ai enfilé la mini robe que je me suis achetée et les bottes djeunes qui vont avec.  Et j’ai joué à être la copine de ma fille. Eh bien, je suis certaine que les bottes, elles ont fait exprès. Ah ouais, tu te crois encore dans le coup, eh bien prend ça ma vieille. Et que je dérape dans le parking, juste avant d’arriver à la voiture. Bécassine et ses quatre fers en l’air. Courageuse, pas crié, pas pleuré. Restée digne. Juste appelé doudou avec mon portable.  Et les copines au bureau. Pour qu’elles fassent sans moi. J’imagine la scène, parce que ça les amuse forcément de se représenter ma pomme étalée comme un chou à la crème. Enfin, ça les amuse mais ça désorganise le planning. Mais je leur fais confiance, je suis un gros chat impotent et absent, alors les souris pendant ce temps…

 

Mon problème c’est que j’ai personne à espionner. Hier c’était la journée « j’attends ». Les résultats de la radio et qu’on me plâtre à l’hôpital. Dans la salle, j’ai fermé les yeux parce que tous ces gens qui souffrent, ça me stresse. Et ces goujats qui ont failli buter dans mon pied, je les aurais tués. Au moins, je n’ai pas vraiment entendu passer le temps. Aujourd’hui clouée dans mon canapé, je le vois et je l’entends. Il est dans chaque lettre que je tape sur l’ordinateur et je m’ennuie. Alors j’extrapole, je recrée mon univers au boulot.  

Le bruit des imprimantes, les « bonjour madame, bonsoir, à bientôt, pas plus de six par jour, à garder au réfrigérateur »… L’odeur du café à 10 heures, les caisses qui s’empilent dans l’entrée. Les « hello les filles » du livreur, les compliments parfois douteux des clients, leurs réclamations, leur anxiété, leurs angoisses. Et nos bavardages de filles qui agacent parfois le seul homme de l’équipe. Tout cela constitue l’ambiance d’une pharmacie. ET ME MANQUE !!!

J’ai trois semaines à râler sur mon sort. Enfin, ya pire. Je me dis que les jours rallongent, que mes minis, j’aurai toujours l’occasion de les remettre. Un peu de patience. Ce sera fenêtre sur court.



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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 10:08

 


Consigne 25: la page blanche ( Kildar- Madam'Aga)

 

Une salle surchauffée au propre et au figuré. Un public jeune, vingt cinq, trente cinq et moi, à peine plus vieille. Si on veut puisque tout est dans la tête. Pour arbitrer le match un sosie de Mustapha El Atrassi. Humour et dérision, un rien directif, un rien affectif, surtout incisif.  Il est là pour fixer des règles, donner les thèmes, compter le temps, sanctionner les fautes. Et nous retourner, nous public, qu’on applaudisse, qu’on se taise, qu’on se lève. Il supervise aussi les prestations d’apprentis DJ qui obéissent au doigt… Et à l’œil.

Le spectacle se compose de deux parties. Première année contre deuxième année, l’impro ça vient du Canada et ça s’apprend, ça se prépare, ça se contrôle. Enfin pas toujours. Il y a ceux qui ont de la répartie tout de suite, et ceux qui suivent, l’air étonné, le bras levé, un fou rire au coin des lèvres.  Il y a des grimaces, des mimiques, des sauts en l’air, des envolées lyriques et des phrases assassines qui tombent comme des mouches dans un bol de soupe. Il faut réagir aussitôt, rester dans le thème, ne pas perdre pied. Et ce jusqu’au coup de sifflet final, Jusqu’à la sanction de l’arbitre. Quelle belle leçon de vie !

Moi, je vous ai tous observés. Votre  sens de la répartie et des rictus, l’aisance avec laquelle vous évoluez. Vous vous défendez de charmer ou de séduire, vous êtes des clowns au rire communicatif.  Vous vous  prêtez au jeu parfois, êtes le black ou la chinoise de service, comme c’est facile de s’enrouler comme un nem sous les directives d’un Fabrice Eboué plus vrai que nature.  Et moi j’imagine Lin Dan Pham, Gong li ou Lucy Liu. Je vois de la grâce et de la magie, de la beauté. Evidemment tous ces bigoudis déchaînés qui se lovaient  dans les cheveux d’une Catherine Deneuve lors d’un sketch ayant pour thème les bigoudis vengeurs, m’ont fait rire à gorge déployée. J’y étais presque, au théâtre, le vrai, ou au cinéma parmi les grands. J’ai cru apercevoir Thierry Frémont et le Moine de Kaamelot. Illusion, vrai talent d’artistes en herbe ? Je le crois sans hésiter. D’ailleurs  tous ont eu les gestes, les mots, les attitudes du burlesque, de l’absurde.    

Tous ont su concevoir, inventer, suivre une direction autre que celle qu’ils s’étaient fixés au départ. Pirouetter, voltiger, c’était du grand art. Ils se sont emparés de la scène, appliqués à la remplir de lumière, de sons, de mots.

Je crois que c’est ça, vaincre l’angoisse de la page blanche. C’est quand des personnages bien campés, kidnappent l’auteur et en font le spectateur ébahi des scènes qui se déroulent sous ses yeux.  

 

 

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 21:04






Consigne 77 Michel faux rêveur

Vous avez sans doute, tous, une ou plusieurs citations  préférées, qui vous parlent particulièrement, vous interpellent, vous font réfléchir, conditionnent votre rapport au monde, la façon de le voir, ...

Et si vous nous les partagiez ?

Le principe de cet exercice est de reprendre une ou plusieurs citations et de vous en servir pour construire un texte, de manière à ce qu'à chacune des citations corresponde une partie bien distincte de votre texte, qui l'illustrera.
Toutes les parties de votre texte doivent avoir approximativement la même longueur.

Il peut n'y avoir qu'une seule partie s'il n'y a qu'une seule citation.

 

Demain est un autre jour ou encore à chaque jour suffit sa peine. C’est à Scarlett O’Hara d’"Autant en emporte le vent " que je pense, bien sûr, en écrivant ça. Bouillante, explosive, maîtresse déterminée de Tara, son domaine en ruine. C'est la phrase qu'elle prononce à la fin film alors qu'elle a tout perdu, sa fille, son homme, sa dignité. Et je me reconnais en elle, j’aime cette hargne de vaincre, ce besoin de prouver qu’on peut réussir, quel qu’en soit le prix. Comme elle j’ai fait des erreurs, des choix difficiles, des gaffes énormes. Je n’étais pas très scolaire mais je me suis usé les yeux sous la lampe jusqu’à ce que j’obtienne mon diplôme. Pour cela,  j’ai délaissé les copines, les sorties, les expériences. Et je suis devenue misanthrope. Demain on verrait. Me faire une situation était mon premier objectif. Ca laisse des traces, ça creuse des habitudes, c’est en moi, ce côté misanthrope, limite asocial. Le sentiment d’être seule, toujours au milieu des autres.

Je me suis trompée, aimant un homme qui ne me convenait pas et délaissant celui qui m’adorait. Quand le ciel m’est tombé sur la tête et les petits oiseaux avec, je me suis enkystée comme un parasite dans le corps humain. Quand on a le dos rond, tout glisse, tout dort, rien ne touche réellement, rien ne fait mal. Mais le corps n’est qu’un véhicule pour le parasite qui se réveiile un jour et va terminer sa croissance ailleurs, dans l’eau ou dans les près. C’est cyclique, ça se répète. Comme la douleur quand elle affleure, qu’elle vous triture les nerfs et la peau et qu’il faut la faire taire. C’est lancinant, c’est quotidien, ça se tasse un peu, on se dit que ça va mieux, pour aujourd’hui. Que demain ne peut qu’être meilleur. Le lendemain c’est pire, des larmes emplissent les yeux, on se mord les poings. Alors on l’adopte, on la fait sienne, cette maxime qui parle du temps qui passe en attrapant les jours.

J’ai eu des enfants, mes grands bonheurs, mes joies, mes tourments. Les bobos, la scolarité parfois cahotique,  les rabâchages, les heures de veille. Préparer le futur, pied à pied,  forger un avenir. Complimenter, féliciter, râler. Tout ça j’ai fait. Est-ce que j’ai bien  fait ? Demain, demain je saurai.

Aujourd’hui je poursuis. Certaines se disent à mon âge, à l’aube de la cinquantaine: j’ai fait ma vie. Maintenant c’est les voyages, le jardinage, la cuisine et les petits enfants. Pas moi, ma vie je la construis toujours, j’ai besoin d’aimer, de défier, d’écrire et d’inventer. Je voyage pour mes récits, je n’aime pas jardiner mais je m’extasie devant la fragilité d’un pétale, les parfums d’un sous bois, et je rêve, et je couche des mots sur du papier. Je ne suis pas cuisinière mais j’adore bien manger, avec un petit verre pour la sociabilité. Comme ça je m’améliore, j’échange, je ris. Et je crée des personnages, élabore des scénarios, je m’exerce à provoquer des rires, à faire s’écarquiller les yeux de jeunes lecteurs en lesquels je vois mes futurs petits enfants. Mais je vais trop vite. Tout ça c’est aujourd’hui, c’est pour demain. Mais demain, c’est encore loin.  

 

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 21:51





44 - Mon Pays...

Sur une idée de Chemin de Plume soutenue par Mariev voici le sujet de l'exercice N° 44 :


Il s'agit de commencer un texte par "Mon pays".
Votre pays pouvant être un pays où vous habitez mais aussi votre "pays intérieur".
Alors laissez courir votre imagination et emportez nous dans vos "bagages.

 

 

Mon pays est dans ma tête. Car comment expliquer ce besoin de Paris, de sa foule bigarrée et gouailleuse, de ces petits restaurants de quartiers, bruyants et tapageurs, de ses musées, théâtres et expositions. Et puis ce ras le bol quand les beaux jours reviennent, cet étouffement qui me pousse à repartir vers l’enfance, vers ailleurs.

Casablanca, la ville où j’ai grandi dans les embruns, le ressac et la mer. L’école française et tous ces copains aujourd’hui retrouvés avec émotion grâce à internet. La cour où l’on jouait avec des noyaux d’abricot. Tous les enfants du Maghreb savent de quoi je parle. Le soleil toute l’année, le froid, l’hiver si peu. Les journées pédagogiques à Ifrane, Volubilis ou Immouzer plutôt qu’à Caen ou Strasbourg. Les congés pour L’Aïd ou le Moussem ainsi qu’à Pâques et Noël. Les yeux  brillants chaque fois que l’on évoque un jouet, une robe, un bijou, venus de France comme s’il s’agissait d’un miracle. La place Mohammed V que je parcourais enfant, à perdre haleine, le souk de la Place de France aujourd’hui place des Nations unies. Et tous ces ports invitant au voyage, à la fuite, Casa, Rabat, Mohammedia, ces plages, ces rochers couverts de moules et d’algues. Et moi debout, guettant un évènement improbable, les yeux rivés au ciel et aux étoiles. Je n’ai pas d’événement extraordinaire à raconter comme le débarquement des américains dans le port de Casa en 44, ainsi que me l’a rapporté un ami de mon père, avec les yeux remplis d’étoiles, lui aussi. Mais j’ai la ville dans la peau, je le sais depuis l’an dernier, depuis que j'ai foulé le sol de mon enfance à nouveau. 

Puis je m’envole vers Blagnac et Toulouse, ville rose de mes vacances, chaleur orageuse des mois d’août, suffocation. Les circonvolutions de la Garonne, la magie de l’aérospatiale, la place du Capitole, l’accent de Nougaro, le fumet du cassoulet et tous ces clichés si vivants, si présents.

Je ne résiste pas, j’évoque aussi Pointe à Pitre et sa Marina, le Gosier, la plage de sable noir de Trois Rivières, si nerveuse, parfois dangereuse, celle de Grande Anse si belle si blanche, le tit punch et le colombo. Je me laisse aller à la paresse, à la douceur de vivre.  Allongée sur un transat, au bord de la piscine, un verre de planteur à la main, je me prélasse. 

Et je reviens à Paris bien sûr, toujours, encore. D’où que je sois j’y retourne. C’est la capitale, le cœur vivant de Pariscasatoulousepointe-à-pitre, mon pays de cocagne, ma patrie.

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 16:40





AEL 02 - Mots imposés (Faux rêveur)


Les mots à utiliser dans vos textes sont les suivants

Caresse - Fanion - Age - Circuit

Veille - Imbue - Fossé
Mage - Violence - Ignorer

Les noms peuvent être utilisés au singulier ou au pluriel, au masculin ou au féminin. Le verbe peut être conjugué.

 

 

Les livres de Roald Dahl sont très agréables à lire. Ils paraissent faciles à écrire mais ont une rigueur qui fait ressortir le caractère de chacun. La méchanceté humaine et surtout celle des adultes y est souvent ridiculisée et punie. Les enfants sont toujours curieux, intelligents, astucieux. Ils restent des enfants avec des défauts tels que la gourmandise, la vantardise ou le complexe de supériorité. Il leur arrive de faire preuve de violence. Il y a toujours une morale afin que chacun trouve sa place et son rôle dans la société. Je pense particulièrement à « Charlie et la chocolaterie et Sacrées sorcières ».

 

 

 La série des Harry Potter, bien que passionnante et très documentée est le reflet de l’évolution de la société. Il  faut se détacher complètement du réel, ignorer ce qui se passe au dehors et créer son petit monde virtuel, comme dans les jeux sur internet, quand chacun arbore son fanion pour entrer dans une guilde et parcourir un circuit. Il y a un fossé entre hier, quand les enfants étaient scotchés devant la télé, à l’heure de Pimprenelle et Nicolas et aujourd’hui où ils  sont blasés. Il faut en faire des tonnes pour solliciter leur imaginaire, ce que je trouve dommage. Tout en admirant le travail de recherche de J. K. Rowlings et ses personnages de mages et de sorciers, je préfère les histoires simples qui se déroulent dans des lieux familiers.

Il reste cependant une tranche d’âge un peu moins exigeante, celle des quatre, sept ans, qui reste mon public favori et pour lequel il m’arrive d’inventer des histoires les soirs de veille. Très jeunes, ces enfants sont aisément captivés. Ils n’exigent que du rire et de l’émotion. Quand je réussis à obtenir cela d’eux, c’est une caresse que  je reçois, si imbue que je sois de ma qualité de conteuse.  Mon registre est celui des sentiments, beaucoup moins celui des époques ou des lieux extraordinaires.

 

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 17:29

Consigne 51

Parmi les 25 mots suivants, il vous est demandé d'en retenir au moins 15 (idéalement tous) pour écrire un texte. Prose ou poésie, fiction ou réflexion personnelle, court ou long, rien ne vous est imposé de plus que les mots.

documents, encre, 30 degrés, huile, plongeoir
gris(e), feuille, stylet, perle, soupir
saveur, connaître, maître, réception, anglais
fée, prune, rouge, fusil, éloigner,
danser, lumière, soleil, décennie, ronronnement

 




 




Si mon blog porte son nom c’est parce que ses nouvelles m’ont plu dès la première lecture. Je la considère comme une fée de la nouvelle. Ses textes sont courts et ce n’est pas vraiment l’intrigue qui les nourrit mais le soleil, la lumière, de son île la Nouvelle Zélande. Née en 1888, morte en 1923, et enterrée en France à Avon, elle a su faire danser les mots à travers les pages. Il y a des émois, des soupirs, les sentiments éclosent par trente degrés et s’épanouissent comme des plantes. La plus célèbre de ses descriptions est celle de l’Aloès; elle en  décrit les feuilles et les nervures avec une minutie désuète, aujourd’hui on dirait que c’est d’un ennui mortel, voire chiant… Peut-être…

Eh bien non, il faut dépasser ça, Katherine Mansfield était une femme libre, indépendante, bouillonnante comme l’huile sur le feu, en dépit d’une fragilité physique. Elle refusa le ronronnement d’une vie classique. Elle s’éloigna du cocon familial et parvint sur le sol anglais  durant la première guerre mondiale puis en France. Elle  décrivit l’horreur dans les trains bondés de soldats portant fusil, allant au front ou y retournant, les chansons paillardes dans les auberges, la peur, l’espoir, et tout ce rouge, sur les nappes à carreaux, sur les terres encore fumantes.

Amie de Virginia Woolf qui admirait son écriture, elle fréquenta le cercle littéraire de Bloomsbury, eut quelques aventures féminines. Son mode de vie trop moderne pour l’époque pouvait choquer mais pendant plus d’une décennie, elle décrivit les mœurs d’une Pension Allemande, décrypta les débuts de l’amour ou son effilochement, évoqua les diversités sociales  en prenant pour cadre une réception ou Garden Party, dans l’un de ses récits.

On ne peut pas parler de Katherine Mansfield sans raconter la mer, l’Océan Pacifique qui baigne son île et dont elle magnifia les reflets gris à midi, la couleur prune, au soleil couchant, et l’opacité d’encre marine à la nuit tombée.

 

C’est la tuberculose qui eut raison d’elle à l’âge de trente cinq ans. Mais son œuvre courte et ses lettres sont autant de documents à découvrir pour écouter sa petite chanson. Tout comme on entend la mer en écoutant les coquillages.

 

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 17:33






                                                                   C’était pour moi le réveillon à ne pas rater. L’année 85 avait été un cauchemar. Nous l’avions commencé à deux, avec  tout plein de projets et je l’avais finie seule, une rame à la main et ma barque enlisée dans le sable. Les copines, celles qui m’avaient soutenue au début en avaient marre de ma tronche à la : you know what, i’m happy !

Donc, cette Saint Syvestre me promettait un tête à tête avec la télé qui diffusait un programme d’enfer du genre soirée au Crazy Horse. Pas de quoi émoustiller ma libido de fille un peu paumée et souquant dans les dunes. J’avais ramené un prospectus de la boulangerie, un de ceux qu’on attrape distraitement avec le pain et la monnaie et qu’on fourre dans sa poche.  De ceux qu’on lit tout aussi machinalement qu’on salut les voisins d’un bonjour, fait pas chaud aujourd’hui.

Et dessus il y avait des mots magiques : réveillon, soirée, tables par tranches d’âge, hôtel, salle des fêtes, covoiturage possible pour le retour. Je me suis inscrite sans réfléchir, je ne savais pas où ça avait lieu et j’ai payé la somme astronomique qu’on m’a réclamée.

 

J’ai cogité après. Ce que j’allais mettre, si je m’offrais le coiffeur, si je me perchais sur des talons, et quel rouge à mes lèvres et quel sac à mon bras et….

J’ai un peu rêvé du covoitureur, qui ne pouvait pas être une covoitureuse bien sûr. Avec tout ça, mon spleen avait disparu et mon ex s’était noyé dans un puits. Il faut dire qu’à force de pagayer dans le désert on tombe parfois sur une oasis.

Ce soir là, j’étais Gwyneth Paltrow dans une robe vert pomme et vaporeuse, partant pour arracher Brad des bras d’Angelina. Quoiqu’à l’époque on s’intéressait plutôt en France à Emmanuelle Béart et Daniel Auteuil. Mais bon, moi j’aurais pas escaladé l’Anapurna pour Daniel Auteuil.

 

Un type est venu me chercher sur mon lieu de travail. C’était rudement bien organisé. Mais il n’avait rien de folichon le covoitureur, ses premiers mots ont été pour me dire qu’il avait une gastro et venait d’avaler deux comprimés d’Imodium. Difficile de l’imaginer en séducteur.  En arrivant dans le hall de l’hôtel, on nous a offert les coktails de bienvenue. J’ai eu l’impression d’être au club Mé. Il ne manquait que les colliers de fleurs et Michel Blanc. Je me suis demandé si je n’allais pas filer en douce, mais j’avais claqué 500 francs. Ca stoppe la lâcheté, je vous assure. Et j’avoue que la salle toute bleue, façon nuit étoilée m’a plu tout de suite. Nous étions dix par table, avec nos noms devant nos assiettes comme en classe, pour que la maîtresse elle se rappelle.  Il y avait très peu de filles, deux trois, moi comprise, si je me  souviens… Autant dire qu’on nous avait attablées avec des loups de Tex Avery.  Evidemment, j’ai flashé tout de suite sur le garçon en face de  moi. Je voyais bien qu’il était un peu jeune, cinq ans plus jeune  que moi pour tout dire, un peu gauche, un peu maigre. Mais il était beau, si beau, tout brun, bouclé avec de magnifiques yeux bleus. Le défaut de ces soirées, mais est-ce un défaut, est de proposer des danses tout au long du repas. Alors soit tu t’empiffres pour avoir l’air occupée et ne pas tenir la chandelle, soit tu meurs de faim car les plats circulent pendant que tu danses. Moi, j’ai failli me payer une hypoglycémie, à roucouler dans les bras de Roméo. Surtout qu’il m’a draguée comme un  mufle et j’avais besoin de ça à l'époque. Je recherchais une distraction, pas un compagnon. Sa première question a été :

-         Ils sont comment tes yeux, parce que là dans le noir, je vois pas ?

D'accord il n'avait pas trop le choix. Mais qu'il m'ait abordée sans me regarder, sans m’observer, qu'il ait fait danser la première venue, quelque part c'était vexant. Et rassurant: celui-là, il ne me prendrait pas le chou. Il a très vite cherché à m’embrasser et ce fut divin. Et pour finir, après les confettis et le champagne des douze coups de minuit, après les slows jusqu’à plus soif et avant la soupe à l’oignon que nous avions tous deux refusé, il a demandé d’un air désinvolte :

-         Tu me donnes ton numéro de téléphone, je t’appellerai peut-être dans la semaine, qui sait…

Le lendemain, 2 janvier 86, il m’appelait. Les jours, les semaines, les mois, les années ont passé. Aujourd’hui, deux enfants et deux chats plus tard, nous nous apprêtons à fêter le nouvel an 2009. Cela fait  23 ans que ma barque désensablée a regagné la mer.

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