Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 08:00

 

 

mots

 

Défi 112 chez Lénaïg: commencer son texte par « Quand les poules auront/avaient des dents »

 

Quand les poules auront des dents je saurai pourquoi les mots dégoulinent de mes doigts sur la page comme de la confiture qu’on étale partout, malgré soi. Ca me démange, une sorte d’allergie, de déficit immunitaire, une carence en vitamines, un défaut de fonctionnement du thymus. Peut-être…

Alors il faut que je gratte du papier, que je tapote un clavier, pour contenir cette fuite des mots avant qu’elle n’occasionne trop de dégâts. Cela intervient comme une crise, soudaine, affolante, une coulée de lave. Ca n’a plus seulement la couleur de la confiture mais la chaleur des hauts fourneaux. Les mots explosent et fusent, surgissent du fond de moi, bouillonnement, trop plein, ras le bol… Ils se bousculent pour sortir. Déposés là, ils attendent que  je les rassemble, que j’organise un discours. Eparpillés ils ne ressemblent pas à grand-chose. Et je ne sais pas trop quoi faire d’eux.

Certaines fois, les mots me disputent. C’est l’émotion qui est le déclencheur. Pourquoi ? Mystère ! Une exposition, une sortie, un spectacle, un tableau, un accident de la vie, la famille…Les stimuli sont nombreux, et les mots ont hâte de sortir, ils sont organisés, précis, volontaires. De vrais soldats, ils commandent, j’obéis.  Ils forment des bataillons serrés cadrés, avancent au pas. Comme sur les Champs Elysées, le quatorze juillet. Ils sont fiers, bouffis d’orgueil, déterminés. Ils portent un costume et m’obligent à saluer. Je me prosterne devant eux qui me manipulent.

D’autres fois, je crois tenir les mots. Je sais ce que je veux dire, comment, pourquoi. Je formule des idées, développe une argumentation, établis des comparaisons. Pourtant lorsque je me relis, j’ai le sentiment d’avoir écrit sous la dictée, je ne reconnais pas mes mots, mon langage. On dirait qu’un fameux docteur s’est exprimé à travers moi, révélant ma face cachée.

Et sincèrement je me demande si je n’aurais pas mieux compris, si une explication n’aurait pu m’être fournie, autrefois, quand les poules avaient des dents.

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

É
J'adore ta façon de parler des mots et ta façon d'écrire. Bravo et bon dimanche
Répondre
C
Les mots fusent avec brio et une sensibilité à fleur de peau et d'âme sur le parchemin de tes pensées que tu nous laisses caresser du regard.
Merci beaucoup et gros bisous.
Cendrine
Répondre
E
On peut parfois penser cela mais...quand on écris plus, c'est là que l'on se sent vraiment malade.
Répondre
A
Comme tu le dis si bien, les mots surgissent à notre insu, leur prêter attention n'est pas toujours simple, distraits par toutes les technologies.
Bon samedi
Alice
Répondre
J
Les mots t'habitent Mansfield et ça se sent. Tu les disposes à ta guise mais ils font vraiment partie de toi. C'est un cadeau de la vie. Belle et douce journée à toi. Bises amicales. Joëlle
Répondre
J
moins froid , les poules n'ont pas claqué des dents cette nuit
Répondre
M
Beau défi, vraiment bien le texte. Bisous bonne fin de semaine Mansfield
Répondre
J
j'ai bu de l'alcool pour la dernière fois en 1991 je crois , la vie est plus belle sans !
Répondre
C
Cette perte de soi-même, cette flamme, n'est-ce point là l'inspiration ?
Répondre
M
Bonsoir Mansfield, c'est la 1ère fois que je lis un texte qui commence avec cette expression et franchement tu as fait un beau défi ! a bientôt
Répondre
T
Ah la sensation d'être l'instrument de quelque chose de tout-puissant, quand on écrit ! Cette alchimie ! Cette déchirure. - Schizophrénie. Bravo et merci pour ses lignes Mansfield, ravie de t'avoir
retrouvée :-) Bisou.
Répondre
U
Quel texte élégant ! Dire ces mots là (ceux qui se bousculent et ceux qui viennent) c'est une vraie chance .. et les lire également. Grande forme pour toi !
Répondre
J
bonjour à toi
Répondre
J
c'est bien dit , et c'est vrai que tu es douée avec le maniements des lettres
Répondre
P
Bonsoir Mansfield,
Quelle chance vous avez de ne pas avoir à chercher vos mots, ils coulent tout seuls de votre esprit au travers de vos doigts.
Profitez sans réserve de ce merveilleux don, il ne peut que vous donner de grandes satisfactions.
Votre écriture est comme un filet d'eau qui qui suit tranquillement son cours. On sent bien que ça vous vient naturellement.
Bonne soirée
Répondre
J
Ah le thymus en boucherie m'dame pas encore vendu en pharmacie et remboursé, ah dommage....
Répondre
C
stop je m'en suis mordue ! ah ces poules ! elles nous font jazzer...
Répondre
F
C'est un don pourtant, cette facilité d'écriture .. Mais un bon écrivain , n'est jamais complètement satisfait de son oeuvre ! Alors, il ne faut pas chercher à comprendre ; utilise-le lorsque les
doigts te démangent .
Répondre
L
Les mots sont simplement des outils de transmissions. Certes il faut les choisir minutieusement, les polir, les aiguiser, les modeler mais l'essentiel est tout de même notre pensée. Sinon, les mots
s'alignent et perdent de leur sens
Répondre
C
Bravo, Mansfield, tu ne les as pas mâchés avec des dents de poule, ces mots qui coulent comme les perles du conte !
Répondre

Présentation

  • : Le blog de mansfield
  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
  • Contact

Rechercher

Liens