Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 15:00

 

 

clochard.jpg

 

 

Samedi 22 mars, métro Place des Fêtes à Paris. Il est dix-neuf trente et ils se préparent à dormir, déjà. Ils se sont installés au milieu des voyageurs et se sont fabriqués une chambre confortable avec des couvertures et des morceaux de cartons. Rien ne les dérange, ni le va et vient des passants, leurs rires ou leurs cris, ni l’air glacé de la rue chassé dans les couloirs, ni le sifflement des trains sur les rails. L’éclairage blafard de la station et les affiches géantes vantant les îles et les douceurs tropicales constituent leur décor mais je doute qu’ils les regardent. A cette heure où les autres sortent et retrouvent des amis, vont au restaurant ou au cinéma, ils s’apprêtent à hiberner.

Ils sont trois, barbus, sales, portant un improbable bonnet sur la tête. Ils opèrent en équipe. Car ils ont hérité d’un matelas pneumatique et de sa pompe. Tandis que l’un actionne le soufflet avec son pied, l’autre maintient le matelas en place. Le troisième trône sur un amas de cartons et lève une canette de bière à leur santé. Son regard plonge dans le mien un instant, glacial. Et je sursaute, je réalise qu’il devait y avoir du rejet, du dégoût, de la pitié dans mes yeux. Je me détourne et juste avant de leur donner le dos, j’aperçois ce gros cabas MONOPRIX, une espèce de gros sac de provisions, en plastique tressé, qui aurait dû recevoir des fruits, de la viande et des conserves,  un de ces sacs pesants et que l’on porte avec peine habituellement, en opérant une halte, en reprenant son souffle, ou que l’on dépose dans un charriot jusqu’à sa voiture,  et qui cette fois déborde de cartons, cordages,  pièces de tissus et autres ingrédients dont s’encombrent les oiseaux qui font leur nid.

Sur le sac une inscription en lettres majuscules bleues et blanches  m’arrête comme un tir de grenaille fauche un pigeon en plein vol. Ca disait :

VOTRE VIE SE DOIT D'ETRE BIEN REMPLIE 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
Et voilà comment l'on bafoue le droit au logement !
Répondre
M


C'est effectivement une façon de voir, merci Catheau!



J
la vie est si courte !!
Répondre
J
Voilà une rencontre qui laissera des traces dans ta mémoire ! Deux mondes qui se côtoient et sont la plupart du temps indifférents, mais là, ne l'était plus du tout. Ton texte est vraiment
troublant. Amitiés. Joëlle
Répondre
M


Merci Joëlle, des scènes de rue qui ne laissent pas indifférent!



U
Je trouve qu'il y en a de plus en plus dans la rue, il faut dire que des gens ce retrouvent au chômage du jour au lendemain. Bien triste vie. Bisous bon mercredi Mansfield
Répondre
M


C'est vrai nous sommes impuissants et parfois notre aide est mal accueillie car c'est à la société de les aider pas à l'individu!



J
mes credis sont toujours bien remplis
aujourd'hui pique nique et aire de jeux
avec deux fauves , lol bise
Répondre
M


Bravo à la grand mère dynamique!



C
Oui, on les voit souvent traîner ces sacs qui contiennent toute leur vie, et qui portent des slogans publicitaires indécents. J'avais fait cette photo si tu veux :
http://carole.chollet.over-blog.com/article-au-bord-de-la-route-110084059.html
Répondre
M


C'est vrai, il y aurait de quoi pleurer ou rire c'est selon... A force ça risque de laisser indifférent!



É
Ton texte est très bien écrit et émouvant. Je me demande comment ils arrivent à dormir.
Répondre
M


Et poutant ils y arrivent crois-moi! Et ensuite on les chasse!



H
Bonjour Mansfield,

C'est vraiment affreux, le drame c'est que la misère augmente et ils sont de plus en plus nombreux. Le nombre des expulsions de familles de leur logement a augmenté de 14 % l'an dernier. C'est
vraiment dramatique. Bises amicales.

Henri.
Répondre
M


Le plus dramatique est que personne ne peut supprimer ça radicalement, merci Henri!



J
ce sont les aléas de la vie , un jour bon , un jour mauvais , les karmas font nos avenirs
Répondre
M


Et la vie offre parfois des scènes d'un goût douteux!



C
C'est terrible... J'ai toujours le coeur serré quand je croise des êtres ainsi naufragés par la vie, rage de l'impuissance de ne pouvoir aider, espoir que le mince sourire qui se dessine sur mes
lèvres soit vecteur d'un peu de soutien... Terrible ton texte et cette devise, tellement parlante... Profondément poignant.
Bisous Mansfield
Cendrine
Répondre
M


Merci Cendrine, la vie nous fait parfois des farces pas très drôles! 



C
Belle observatrice, bien décrit vivant et profond. Quand un de leur regard croise le mien je ne peux m'empêcher de leur sourire, j'essaie toujours de voir en eux un être humain comme un autre qui a
choisi ou pas cette vie. Je me dis que finalement l'homme au plus bas reste toujours fort ou trouve une certaine force dans la dérive. Ca pourrait être moi ! j'ai peut être regardé trop de film
mais parfois je vois l'avenir de notre espèce comme ça, c'est bien dommage cette image... Qu'en penses tu ?
Répondre
M


C'est dommage et il n'y a pas de véritable solution, c'est le pire je crois!



F
et oui nous n'avons pas à nous plaindre quand d'autres n'ont rien
Répondre
M


Il faut toujours relativiser ses chagrins!



N
Atroce !
Répondre
M


Oui, c'est un mot de circonstance!



L
Scène urbaine ... Bien triste ...
Répondre
M


Et ce genre de situation est fréquent!



A
La vie et ses différentes facettes... Que de questionnements en face de telles situations !
Répondre
M


Ca m'a fait susrsauter, alors j'ai voulu en parler!



J
Que ce soit voulu ou non la rue pour toute vie, chaque homme son histoire.... vrai qu'on aime pas croiser leur regard car on se sait comment les regarder, et ce sac de courses à la devise incongrue
pour ceux-là... merci, jill
Répondre
M


Un cliché qui m'a interpellée!



Présentation

  • : Le blog de mansfield
  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
  • Contact

Rechercher

Liens