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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 18:47

 

Le casse-tête cette semaine chez  Sherry est : chiffre, nombre, numéro.

 

 

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J’nai que seize ans et bientôt dix-sept ans, je sais

J’ai deux amours, et alors on n’est pas sérieux

A mon âge. Maman croit encore que j’ai dix ans.

Elle a grandi à l’époque des valses à mille temps.

Moi je suis une « dancing queen, only seventeen »

Et tous les garçons craquent pour ma bouille mutine.

Tu sais, d’un maman a tort, deux c’est beau l’amour

Trois, l’infirmière pleure, je vais lui crever les yeux.

C’est fou ça, dis, pourquoi ils veulent  tous m’enfermer ?

C’est la faute à ces trois petites notes de musique

Qui galopent  dans ma tête comme une mécanique.

Dans le lit d’à côté, ils viennent de me flanquer

Une vieille qui a eu vingt ans en l’an deux mille un.

Tu vas m’aider à m’en aller, vite fait, bien fait.

«neun und neunzig luftballons », c’est  bien ça hein,

L’air de cette chanson, et un nombre dans le titre ?

Tu vois quand je le veux, je sais bien faire le pitre !

 

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 10:00

 

Anna Sam racontait les tribulations d'une caissère de supermarché, et plutôt bien. Moi, j’expérimente celles de la cliente lambda qui fait ses courses deux fois par semaine et remplit son caddie du minimum vital si on excepte les gâteaux, chips et  autre coca. Ligth, le coca je précise. Premier réflexe, se munir d’une pièce d’un ou deux euros. Sinon attendre, patiemment et avec le sourire, que le vigile à l’entrée ait fini de papoter avec une rayonniste, une dame âgée ou deux agents  venus interpeller  un chapardeur. Et qu’à l’aide d’un crochet à la Mac Gyver, il libère un charriot.

Naviguer entre les rayons aux heures de pointe ça s’apprend. Le chaloupé du client est une danse. Elle dépend du partenaire, de sa volonté, de sa jeunesse, de sa disponibilité. Or le partenaire, c’est le caddie. S’il grince, couine et s’enraye, l’évolution sur la piste a tout d’une valse avec Charlot. Dans les rangées, il y a toujours un monsieur hésitant entre deux marques de lessive, une maman handicapée par une poussette et une grand-mère armée d’une canne, prête à vous pourfendre si vous la bousculez. Il y a aussi des personnes en fauteuil, rudement agiles et alertes et qui sourient à tout le monde. Ce petit groupe est sympathique, il vous retarde un peu, c’est social tout ça.  C’est du mouvement autour de vous, car vous n’êtes pas tout seul, bon sang.

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Mais ces cartons empilés juste devant la rangée des yaourts zéro pour cent que je préfère, et qu’l faut pousser, à moins qu’un magasinier ne soit en train de réorganiser le rayon, ça me défrise. Et plus frisée que moi, ya pas ! De même, quand ça fait trois fois en quinze jours que je cherche des piles alcalines, que personne en magasin n’a remarqué la vacuité du rayon, ça m’agace. Il y a aussi des moments de grâce, quand je discute avec le poissonnier. Il me raconte comment on pêche le saumon sauvage, qu’il est ridicule de l’acheter plus cher que le saumon d’élevage. Il est amusant, avec ses gants, son tablier en plastique et son petit bonnet, il a l’air d’un filet de cabillaud sous vide. Je le lui ai dit une fois, il m’a répondu du tac au tac : ça vous fait rire, c’est déjà pas mal. Il le sait, ces petites conversations de comptoir dopent le moral et font marcher le commerce.

 

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A la caisse, il faut appréhender la situation comme une scène de crime. Etablir un périmètre de sécurité, photographier les corps, relever des empreintes. Quand il n’y a que deux caisses, que l’une d’elle est prioritaire, ne jamais la prendre.  Car si vous vous plantez devant, ils arriveront. Les aliens que vous avez trouvés si sympathiques, il y a peu. Ils vous phagocyteront sans pitié. Et si vous râlez, on vous reprochera d’avoir choisi cette file. Parce qu’entre-temps évidemment,  tout plein d’autres caisses auront ouvert, et que personne ne comprendra où est votre  problème.

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 10:00

 

Le casse -tête cette semaine chez Sherry est : papier.

 

Cette fois ça y est, je vais les ranger. On dit ça comme on boucle ses valises. Comme si on partait à l’aventure, avec le Routard dans une main et les plans, les cartes dans l’autre. Trier ses papiers, c’est partir à l’étranger. Ouvrir des placards, c’est prendre l’avion, vous savez, quand on a l’estomac dans les boyaux au décollage. Tous les cartons, les valises, les caisses en plastiques débordent. On en a pour des heures, on sera perdu au milieu du salon, du dressing ou de la chambre. Comme un passager entre terre et mer, au milieu de nulle part. A la merci de turbulences ou de défaillances de la carlingue.

 

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Car dans les caisses se trouvent des pochettes pourvues d’élastiques, des enveloppes, des classeurs. Et à l’intérieur, des papiers. Des documents  administratifs importants, des quittances, gaz, électricité, règlement de la cantine des enfants. Des trésors, lettres d’amour de notre homme à l’époque où l’on s’écrivait des Pouchou, Chouchou, Minou… quand internet et les SMS ne falsifiaient pas le langage. Des «  maman, je t’aime » à la calligraphie improbable, des « fais ch…t’as qu’à faire tes courses toi-même », la calligraphie  et le vocabulaire ayant pris quelques années. Les notifications des impôts,  des certificats de décès, de divorce,  des actes notariés, des bulletins scolaires. Tout ce qui permet de griffer les  années, comme l’avion  griffe le ciel, constitue nos papiers. En général dans l’avion, au bout d’un certain temps et malgré soi, on pique un peu du nez. Sans vraiment dormir. On dort mal dans les avions.  Eh bien les papiers, c’est soporifique.  Il faut du courage et ouvrir l’œil, savoir quoi et où ranger, quoi jeter.

Dans les papiers, parfois, on trouve des photos, Loulou à la maternelle, le mariage de Titi, les vacances à Papeete. C’est la pause : oh je me souviens, c’était chouette. Cela correspond au moment où on l’on regarde à travers le hublot, que l’avion redescend  et qu’on voit tout en miniature, en bas. On est dans le décor, dans la photo. Et plus tout à fait là.  Si j’osais, je dirais qu’on est sur un petit nuage.

 

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Puis les roues sortent, la piste se profile, on attache les ceintures. Les dossiers s’empilent, d’un côté ceux qu’on garde, de l’autre ceux qu’on…On verra.  Car classer ses papiers, c’est subir le jet lag de plein fouet. Après toutes ces heures de tri, de vol, on ne pense qu’à se coucher. Cela provoque un vrai décalage, autant parier que le lendemain on ne saura plus où on a rangé … sa paperasse.

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 10:00

Arrivés tous deux à la cinquantaine, bien calés au creux du lit froid, ils écoutent les années. Elles murmurent, c’est un chuintement au creux de l’estomac. C’est la respiration de l’un calquée sur le ronflement  de l’autre. Le bras passé le long du flanc, les corps imbriqués. Le sommeil tranquille, les sursauts rares, les rêves insouciants comme l’enfance. Dehors la pluie chantonne et forme un rideau de fils protecteurs, préserve un écrin, entretient la chaleur d’un foyer vibrant, vivant.

 

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Les bras s’écartent, on ne peut conserver une même posture toute la nuit. Chacun repousse l’autre un peu, se tourne, s’étire ou roule sur  soi, recroquevillé. Les rêves s’évadent, vagabondage, libertinage. En songe tout est permis. C’est une liberté qu’on prend, à peine une trahison. Tout juste une récréation, pour se retrouver seul, à la merci de ses fantasmes. De ces chimères qui soufflent les cœurs comme des ballons que l’aube ramènera à une taille confortable. On recommence sa jeunesse, on  réinvente l’ardeur  et l’ivresse des passions, comme si tout était encore possible.

 Un frisson, un tremblement. L’autre se rapproche, remonte la couverture, recherche la chaleur, a besoin de l’odeur. Au mitan de la vie, les habitudes soudent,  les certitudes gainent, l’autre est  un édredon. Plus d’aspérités, peu de conflits. Et si le temps n’a pas trop décalcifié les os, enveloppé les muscles, enflammé les hormones,  raidi les sentiments, qu’il est bon d’aborder cet âge à deux.

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:00

 

Défi 78 chez Mémette : transposer un héros de conte à notre époque et lui faire vivre des aventures.

 

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Il était une fois un Chat avec de larges bottes et un grand chapeau rouge à plumes, qui allait au marché des Lilas, non loin de la place de la mairie. C’était un beau matin d’avril et les cerisiers déployaient leur panache rose et blanc sur son passage, en guise révérence. Le Chat n’en avait cure, il sifflotait en écoutant  la musique que lui envoyait son casque SONY dans les oreilles. Ce soir-là il recevait Cendrillon et la Belle au Bois Dormant. Il avait pris la précaution d’inviter les deux, car avec l’une qui pouvait refuser de venir, au dernier moment, parce qu’elle ne trouvait pas sa pantoufle,  et l’autre qui passait son temps sur internet au point de s’endormir devant  l’ordinateur, il risquait de rester en carafe.

Chez Ali Baba, il acheta des fraises. Sept euros les deux kilos, dit Ali. Le Chat arracha discrètement une plume de son chapeau et murmura : Sésame, ouvre-toi ! Une jolie bourse apparut, et le Chat paya tranquillement sous l’œil ébahi des passants et des militants de l’Ours Baloo, qui distribuaient les tracts de leur candidat aux prochaines élections. Le chat acheta également, un rôti de dinde, de petites pommes de terre à faire sauter et une salade. Chaque fois, il paya avec une plume. Ce qui impressionna les militants de Bagheera, la panthère rusée qui ne cèdera pas facilement sa place. Sur le -seuil de sa boucherie Halal, le grand Vizir Iznogoud partit d’un large éclat de rire :

 - Dis donc mon ami, tu as pris la place du marquis de Carabas, tu joues les grands seigneurs !

- Tais-toi, je fais semblant. En réalité je viens de participer à l’émission « questions pour un champion » et j’ai gagné.

Sur le chemin du retour, alors qu’il s’apprêtait à enfourcher un Vélib’ le Chat fut tiré en arrière, jeté à terre et assommé. Il eut à peine le temps de voir son voleur, il se demandait s’ils n’étaient pas quarante. Le petit Poucet qui passait par là l’aperçut  et l’aida à se relever. Il dit :

 - Pourquoi ne te sers-tu pas de tes bottes pour le rattraper, je te prête mon petit GPS blanc, on t’a volé ton chapeau, il avait une balise, non ?

 - Tu as raison frère,         je te remercie, je suppose qu’on m’a suivi depuis le marché, ça m’apprendra à fanfaronner.

 - Pas de quoi. Passe le bonjour au Petit Chaperon rouge et à sa Mère Grand quand tu les verras, dis-leur  que les galettes bio sont délicieuses, j’ai recommandé leur blog  à l’ogre et au loup qui en sont fous !

- Je n’y manquerai pas.

Et le Chat piqua un sprint à l’aide ses bottes  Adidas. En chemin il croisa  Alice qui le salua en riant et  lui demanda pourquoi il courait comme un lapin. Il ne répondit pas car la Reine de cœur qui suivait Alice ordonna à ses gardes  de lui couper la tête. Lesquels partirent en chasse aussitôt, faisant pétarader leurs motos. Plus loin et toujours poursuivi, le Chat aperçut  Peau d’Ane à travers une vitre. Elle glissait un anneau dans un gâteau avant de l’enfourner dans son four multifonctions. Il la pria de le cacher, ce qu’elle fit prestement en lançant sa peau par la fenêtre. Les poursuivants passèrent devant lui, en trombe. Le Chat commençait à se demander s’il arriverait à temps chez lui pour ses invitées, et dans quel état.

 

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- Comment aurait réagi Riquet à la Houppe, réfléchit intelligemment, suggéra Peau d’Ane. Envoie- leur un mail à chacune, et dis-leur de venir chez moi ! On fera un bon repas avec ce qu’il y a dans ton panier et mon gâteau. J’ai invité le Prince qui sera en retard. Il doit délivrer l’épouse de Barbe Bleue me semble-t-il. Une histoire d’ADN dans une goutte de sang prélevée sur la clé d’un cagibi…  Ca ne fait rien. Et puis avec son équipe d’experts, il retrouvera ton voleur et ton chapeau vite fait. Les hommes de la Reine ? C’est bientôt le Bol D’Or au Mans, ça les distraira.

C’est ainsi que notre Chat  et Peau d’Ane organisèrent un dîner presque parfait pour leurs amis qui leur attribuèrent  la note 8 pour la présentation et pour le repas. Ils accueillirent aussi à leur table un mendiant famélique qui regrettait la fermeture des restos du cœur. Et sitôt que chaque convive ouvrit la bouche, il en sortit des roses et un diamant.

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 10:00

J’ai revu un ami l’autre jour et ça m’a fait tout bizarre.  Il avait une barbichette grise d’ayatollah que je ne lui connaissais pas car il souhaitait changer de look. Mais ça me démange, il a dit, je vais tout raser. Hum c’est bon quand ça passe et que ça vous refait une peau de bébé, ce bonheur. Il se grattait la paume de la main avec ses doigts rentrés dedans en disant ça et puis il s’est tamponné les  deux genoux de jouissance.


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Je me demande ce qui se cache derrière la barbe ou la moustache des hommes. Et comment ils décident un jour de les laisser pousser. Pourquoi ils les rasent aussi. Cachent-ils un défaut physique, se protègent-ils ? Est-ce une tactique de séduction ? Qu’ont-ils à y gagner ? Le désir de se différencier ou de masquer une différence. Ou rien de tout cela.

 

Je repense à ce film d’après un roman d’Emmanuel Carrère ou le héros, portant moustache depuis toujours, s’en défait  un beau jour, et autour de lui, personne ne réagit. Complot contre lui ou folie du héros ? Cet accessoire n’en est pas un. Il est la marque de l’individu. S’il décide de s’en débarrasser, c’est une évolution personnelle, un acte réfléchi.

En revanche, mon ami s’est laissé pousser la barbe par coquetterie puis l’a rasée  avec désinvolture. C’était un passage, une lubie, une envie soudaine. Un «  ras le bol ». C’était : pourquoi pas ?

Je pourrais tenir le même raisonnement à propos de longues crinières féminines sacrifiées symboliquement afin de tirer un trait sur la vie d’avant ou comme ça, pour changer.

 

 

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Alors tout aussi symboliquement, je m’interroge sur ce qui nous motivera les 22 avril et 6 mai prochains. Certains voteront par conviction, idéologie, après mûre réflexion. Et d’autres penseront : pourquoi pas ? Ils seront nombreux.

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 08:00

 

C’est Betty que je vois. Avec sa grande bouche et ses dents écartées, ses seins aguicheurs et ses fesses comprimées dans un bleu de travail.  Elle se prélasse à Gruissan, sur la plage, laissant des traces de pas ennuyés sur le sable. Elle en a marre d’attendre Zorg ou de l’aider à repeindre des bengalows en rose et bleu pour des clopinettes. La vie ce n’est pas ça, un boulot idiot, du temps perdu et un patron qui se fiche de toi. La vie ce n’est pas se pavaner, le torse luisant dans un marcel et  un rouleau  à peinture à la main. Après des journées passées à se frotter l’un à l’autre, à se repaître de la peau de l’autre et de son odeur, à ne pouvoir décoller son corps du sien,  comme des poissons morts, comme des brins de paille entrelacés  par le vent et les embruns, on a besoin de respirer.  

 

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Taillons la route, une camionnette à vive allure, vers n’importe où, n’importe quoi, autre chose. Le sel de l’existence, une explosion des sens, un feu d’artifice. Le jour se lève, et le soleil joue entre les arbres, éblouissant. Un sentiment de liberté intense, la vie dans l’urgence, abandonner sa sandale en plastique dans le sable. Et s’en moquer, se défaire de ces attributs de l’enfance, de même qu'on ne joue plus avec une pelle et un seau. Entrer dans la lumière comme un insecte fou chanterait Patricia Kaas. Monopoliser la scène comme elle, les spots de l’avenir braqués sur soi.


Trente-sept degrés deux, le matin. Comment empêcher la fièvre de grimper et de s’installer,  jusqu’à la folie ?

 

 

Défi 77 chez Nounedeb: d'après photos:

 

 

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Poisson

 

 

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Feu d'artifice

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 12:03

Arsène m’a demandé de parler de lui. Il y a bien longtemps que tu n’as rien dit sur moi, m’a-t-il reproché. Dans ses yeux verts il y avait l’éclat de la séduction car  Arsène est un séducteur, c’est inné, c’est en lui. Et son visage se plissait en une moue boudeuse, comme un enfant auquel on résiste.  Arsène c’est un pseudo bien sûr mais ça lui va aussi bien que son véritable prénom. Ce côté gouailleur, un peu frimeur, un peu Bébel, un peu Zorro.

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Arsène est notre livreur à la pharmacie. Il a ce rôle tout particulier qu’on aimerait voir jouer plus souvent dans le monde du travail, et pourquoi pas en politique. C’est un médiateur. Son métier c’est de livrer des médicaments, poser des boîtes à s’en démolir le dos, dire bonjour, ça va, se charger des cartons CYCLAMED, ces médicaments périmés qu’on envoie à la destruction.

 

Il est aussi à l’écoute. Il a des yeux et des oreilles et il s’en sert. Il nous dorlote. Pace qu’il nous arrive de râler : les téléphonistes ne nous rappellent pas,  le commercial ne passe plus nous voir,  les opératrices se trompent quand elles remplissent les caisses, sur les produits ou sur la quantité livrée. Ce sont de petites misères professionnelles et nous avons toujours quelque chose à redire. Nous menaçons parfois de changer de répartiteur mais ça reste des paroles en l’air. Alors Arsène fait remonter les informations. Il n’a pas que nous sur sa tournée. Partout il observe, il remarque, il note. Et il exprime  les mécontentements. Il amorce le dialogue, facilite les contacts, crée le lien.

 

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Si les choses se passaient un peu plus souvent comme cela, un peu partout, on éviterait bien des frictions. On peut me rétorquer que dans les entreprises il y a des syndicats, et dans les écoles des délégués des élèves pour ne citer que ces domaines. Mais j’aime l’idée d’un  regard extérieur et non impliqué directement, une sorte de Zorro qui signe d’un Z de la pointe de son épée. Car les conflits, c’est bien connu, ne sont pleinement analysés que de l’extérieur.

 

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:00

 

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La pente qui menait à l’église était encombrée de voitures. Le tintement des cloches et les traînées des pas sur le gravier m’assourdissaient. Des groupes descendaient en discutant à voix basse, les hommes fermaient leurs manteaux et pressaient le pas. Les femmes tenaient leurs chapeaux.

L’église était un bel édifice, d’architecture gothique. Elle se délabrait faute de subventions. Elle avait été belle et blanche, le temps avait jauni sa base, noirci ses arc boutants. Les contreforts et les statues étaient poncés par les intempéries. Les vitraux brisés pour la plupart, avaient été comblés de verre inerte comme l’œil d’un borgne. La façade principale donnait le dos à la rue et s’ouvrait sur le cimetière qui faisait le tour du bâtiment. Les marches se couvraient de fleurs que le vent arrachait aux couronnes. Alors que le prêtre réconfortait les proches effondrés devant une motte de terre, je regardais la porte en bois plein et qui semblait neuve. J’aimais les portes massives des églises. J’aimais me réfugier dans  leurs encoignures, contre les murs, ou agripper leur anneau de fer, leur poignée, s’il y en avait une, quand vivre me paraissait une corvée. Malheureusement, dans mon quartier la porte de l’église était en verre et bougonnait au vent comme une corne de brume, ce qui m’exaspérait.

 

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J’avais de la chance, si on peut appeler chance le fait d’arriver par hasard, au cours d’un enterrement. Dans les campagnes, les églises n’ouvrent qu’en peu d’occasions : le dimanche, jour de messe, et pour les mariages, les baptêmes, les enterrements. Difficile de s’y rendre spontanément, de s’offrir une minute de paix quand le besoin s’en fait sentir. Ce jour-là, l’église était ouverte, je pouvais entrer. Sous l’odeur d’encens, de bougie et l’arôme persistant des fleurs, je percevais un relent aigre de vieilles pierres. L’air confiné avait été réchauffé par deux poêles situés dans la nef, le temps de la cérémonie. Je n’étais pas pratiquante, pas  même croyante et pourtant je priais Dieu souvent. J’inventais mes prières dans les églises parce qu’on m’y avait habituée. J’éprouvais toujours un sentiment d’apaisement, quand je m’agenouillais au premier rang devant l’autel. Je croisai les mains sous le menton et examinai la nappe immaculée, le calice, les bougeoirs rutilants. J’observai les lys offrant leurs marteaux de pollen. Le silence donnait vie aux choses, je n’étais pas seule.

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 10:00

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est: rêve.

 

 

Une ville la nuit, c’est peut-être beau mais sortez, quittez le macadam et prenez l’autoroute. Vous verrez, les panneaux, les pylônes ont l’air de monstres grimaçants. Les arbres sont  des squelettes décharnés, les bandes d’arrêt d’urgence des cadavres séchés étendus au bord de la route. Les voitures forment des haies spectrales et une odeur de terre fraîchement remuée évoque le cimetière.

 

 

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Rouler ainsi sous la pluie avec des trombes d’eau qui obscurcissent la vue, devient périlleux, angoissant. Mes roues chassent et l’automobiliste devant moi ralentit, je le devine au halo blafard au niveau des phares. J’essaie d’écouter la radio mais 107.7 est désespérément brouillé. Le vent a des bourrasques cinglantes, ce sont des rideaux de pluie qui s’abattent sur la voiture comme si quelqu’un tentait de m’aveugler en jetant un drap sur mes vitres. Un hululement troue la nuit… Dans ma tête probablement. J’aperçois au loin un  camion de travaux publics. Son œil  orange de cyclope se rapproche, menaçant. Et l’étroit parcours balisé qui mène à lui, oblige à la prudence. J’allume mes feux clignotants, et observe mon suiveur dans le rétroviseur. Il ne semble pas avoir compris, ne réduit pas sa vitesse, on dirait un hanneton bourdonnant comme pour butiner. Mais je rêve ! Il va me rentrer dedans… 

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