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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 10:00

Clin d’œil à l’exposition Berthe Morisot au musée Marmottan Monet à Paris.

 

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Peinture, jeunesse, féminité

Charme et douceur combinés

Transparence, caressants pastels

Roses, blancs, mordorés

Temps suspendu, gestes aériens

Envol suggéré

Paysage luxuriant, nature sublimée

Flamboyance

Sensualité

Impressionnisme

 

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 10:00

 

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Helen Churchill Candee était un écrivain américain de cinquante trois ans. Elle était à bord du Titanic lorsqu’il a fait naufrage. Son carnet de trente-six pages manuscrites est aujourd’hui exposé au Musée des Lettres et manuscrits de Paris. Il a servi de support au film de James Cameron.  Elle y parle des journées, des soirées à bord, de ses voisins, de l’équipage, du commandant et de la terrible nuit.  C’est un carnet au papier jauni. L’écriture est large, légère et  s’envole un peu sur les lignes. Cela s’accorde bien à l’allégresse qui régnait à bord au départ d’une traversée annoncée sans orage. Une sorte de griserie, l’appel du large et le progrès en marche pour un paquebot dit insubmersible. Le ton semble badin au départ, je ne déchiffre que quelques mots, Helen Churchill Candee se fait narratrice pour l’écho des gazettes. Elle parle d'un jeune homme, de moustaches, de présentations. De l’effervescence qui règne à l’approche des soirées. Et dans ma tête des images, le film bien sûr, et d’autres encore. Je vois de grands chapeaux, de belles manières, des livrées, un commandant en tenue, des révérences. Et je me dis que c’est un peu cela que l’on recherche encore aujourd’hui quand on s’exclame : je pars en croisière.

 

 

Je pars en croisière signifie je voyage dans le temps. Montaigne disait : je sais ce que  je fuis quand je voyage, je ne sais pas ce que je cherche. Pourtant en croisière on recrée forcément Titanic dans sa tête. Le grandiose, le faste, l’aventure, et le dîner de gala. Même si les boutiques, la piscine, les salles sport, le cinéma…. Même si le monde moderne s’invite à la table du commandant, je me vois en costume marin courant à perdre haleine dans les coursives. Et les mouettes rient, accompagnant mes hoquets. Une goulée d’air iodée, une bruine d’eau salée et la réverbération  du soleil sur les vagues. Des clapotis contre la coque, je me penche un peu, il y a des pirates qui attaquent. Une main en visière, je guette la chute du gros ballon rouge au loin, dans la grande violette. De l’autre main, je colle mon béret à pompon contre mon crâne. Je suis fière du pompon. J’ai  cinq ans, je ne pense à rien, penser c’est pour les grands.

 

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Car c’est aussi un retour dans le passé les croisières. Dans mon passé c’est Martine en bateau, La croisière s’amuse, Deux  ans de vacances, Le loup des mers. C’est Michel Le Royer. Et les romans de  flibuste qu'on lit moelleusement lové dans sa couchette. C’est Pirate des caraïbes aussi. C’est tout ça mélangé.

 

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Mais... Me voilà de nouveau devant la vitrine au musée. Je distingue les couleurs délavées, l’encre devenue verte, les lettres qui bavent. Helen Churchill Dundee a découvert  la souffrance, le courage, l'héroïsme à bord du Titanic. La lâcheté aussi. L’humanité toute nue et glacée dans l’océan. Ce n'était certainement pas ce qu'elle cherchait. Elle allait rejoindre son fils aux Etats-unis. Son manuscrit s’achève ainsi : "Bouillonnant au-dessus de la surface de l'eau, j'aperçois la divinité de l'homme et le triomphe de l'esprit. Je me réveille sur le Carpathia alors qu'une main pleine de bonté verse un verre de whisky dans ma gorge". Elle a découvert que dans certaines ciconstances l'homme peut approcher Dieu.

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 10:00

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Sur la plage mais sous les arbres

Un coin à l'ombre et au calme

Trompeur !

Une grosse mouche se prend pour une sauterelle

Et stridule.

Un colibri froufroute dans les branches

Tel un petit avion à réacteur.

Un merle s’égosille et

Imite le crissement d’une chaise à bascule sur la véranda.

 

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Dans le ciel  un nuage enfle

Et ce n’est pas du rhum qui l’imbibe.

L’eau  est verte, translucide

Comme du  verre soufflé  par un artisan céleste.

Au loin, si l’on s’aventure

Des rochers affleurent, qui

Renferment des trésors.  

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 10:00

 

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Quand je la regarde, je me dis qu’elle n’existe pas. On l’a fabriquée avec un modèle,  et des découpes en papier. A l’aide de ciseaux on a ajusté le patron. Puis on a épinglé de la peau dessus. Colorée la peau, chatoyante comme le tissu. Tendue là où il faut, cintrée, pas un pli. Monochrome, uniforme, qualité couture. Légère, soyeuse, infroissable. Jeune.

Quand je la regarde, je me dis que ça fait quatre heures qu’elle joue « potiche ». Son bras tire à l’arrière, son cou hissé jusqu’au dédain, est douloureux. Demain c’est torticolis garanti. Ses cheveux enduits de gel pour l’effet mouillé, pendent comme une masse pâteuse dans son dos. Elle transpire. Elle a horriblement chaud sous la lampe. Quoi, vous y avez cru ? L’eau turquoise et transparente qui lèche les doigts, les cuisses, la magie des tropiques, c’est Photoshop ! On lui tourne autour, on  peinturlure son visage. On tamponne, on essuie. Le photographe la houspille. Là, tu es belle, encore, penche toi, plus sensuelle, c’est ça. Il promène son appareil sur ce corps exhibé, comme une abeille frottant des étamines de ses trois paires de pattes. Elle a conscience d’être une fleur, épanouie, périssable. Et puis, c’est un détail, elle déteste la couleur du maillot. Elle a faim. Elle a soif.  Et sommeil. Plus je l’observe, plus je me dis que  c’est pas truqué, c’est quelqu’un cette fille, en vrai.

Quand je la regarde, je me dis qu’elle étouffe et qu’elle a froid dedans. Les yeux se ferment, le sourire, imperceptible, est glacé comme les photos de son book. Ce n’est pas une pose, mais juste une pause. Elle se préserve. Pour ne pas craquer le vernis qui recouvre la couche picturale du tableau. Ce teint radieux s’obtient par superposition des glacis. Cela nécessite de la maîtrise, c’est de l’art, du Vinci. Elle dissimule, elle triche. Elle relègue ses imperfections dans son dos  comme un tas de poussière. Car au fond derrière l’illusion, quand je la regarde, je perçois nos angoisses de femmes.

 

 

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 18:46

 

 

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A toujours gigoter

Ce bisou sur le nez

Tu ne l'auras jamais

Mais essai transformé

Tu as voulu m'éviter

Raté!

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 10:00

 

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Jules Ferry est à l’honneur aujourd’hui. Il suscite la controverse aussi. Le père de l’école laïque, obligatoire et gratuite était un « colonisateur ». C’est toute l’ambiguïté d’un homme qui agaçait déjà à son époque. Le paradoxe d’un citoyen qui était franc-maçon par ailleurs. Ceci a titillé ma curiosité. Je me suis rendue au musée de la franc-maçonnerie rue Cadet à Paris. Pour y découvrir ce qu’on me donnerait à voir.

Il y a le secret qu’on ne dévoile qu’aux initiés. J’étais préparée. Des locaux dans l’ombre d’une lumière tamisée, entretiennent le mystère. Je me tiendrai à la surface, je n’aurai que les grandes lignes. Les débuts, l’Angleterre, l’arrivée  du mouvement en France à la Révolution, sa place au sein des pouvoirs  dirigeant  le pays depuis lors. Les représentants des loges et leur adaptation face aux évolutions.

 

Je détaille. Jérôme Bonaparte,  Jules Ferry, Victor Schoelcher, Abd El Kader, quelques femmes Joséphine Bonaparte, Louise Michel. De beaux portraits éclairés, des personnages importants vêtus de tabliers, cordons ou sautoirs. J’admire. Trésors du patrimoine, médailles gravées, statues, Marianne maçonnique, vaisselle. Les vitrines sont impressionnantes. Les compas, les équerres donnent le tournis. On perçoit cette notion de faste, d’exception. On imagine de grandes cérémonies, des réceptions. Au XVIIIème et XIXème siècle, cela rassurait les souverains qui pensaient les maçons occupés à ripailler, donc peu influents. La pénombre, le mystère créent l’illusion. Je participe un peu, comme retranchée derrière un lourd rideau de velours, de la fraternité qui unit ces hommes. Mais je me sens petite, inférieure. Car je n’ai pas vécu le rite, qui consiste à se défaire symboliquement de son existence pour renaître en une vie spirituelle, philosophique, tournée vers son prochain. Un passage vers l’autre monde.

 

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Louise Michel

Tous nos gouvernements ont été et sont proches de la franc-maçonnerie. Les qualités d’humanisme, d’égalité, de fraternité constituent la base de la doctrine. Et la philanthropie conduit à la question sociale. L’école est laïque, obligatoire, l’esclavage est aboli, nous avons droit à la retraite, les femmes sont devenues majeures au même titre que les hommes, le divorce est légal, l’avortement aussi, nous luttons contre le racisme.. Voici quelques mesures proposées aux gouvernements par les francs-maçons au fil du temps, et adoptées.

 

 

L’exposition Hugo Pratt-Corto Maltese se tient actuellement dans les locaux. Pratt était franc-maçon et a initié son héros de bandes dessinées à la maçonnerie. J’ai aperçu des croquis magnifiques, noir et blanc, aux bulles en italien, langue de Pratt qui détestait la couleur, même s’il l’a adoptée pour ses lecteurs. L’atmosphère des loges, ces tribunaux rendus inquiétants compte tenu des cagoules portées par les membres est saisissante. Pratt lui-même avoua que c’était pour produire un effet, les cagoules ne sont plus portées à l’heure actuelle. Mais, et je terminerai ainsi, j’ai admiré des masques, des statuettes, africains, amérindiens, examiné des photos de derviches tourneurs francs-maçons. Ils ont servi de support aux expéditions de Corto Maltese.

 

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Et je me suis évadée avec lui. J’ai vu, ou compris à travers ce musée que la maçonnerie est un projet d’humanisme autant qu’une forme d’enrichissement personnel. Je rapporte cela à ma condition, pas si petite. Je ne suis pas toujours dans l’échange, j’ai besoin de solitude parfois. Et d'évasion. Mon épanouissement passe par l’écriture.

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 08:00

Le défi cette semaine chez JeanneFadosi est : enfances.

 

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J’avais dix ans la première fois que je suis allée au hammam avec les femmes. Ma voisine Mme Kanhane et sa fille Atika m’avaient persuadée de me laisser faire avec l’accord de ma mère. Cela avait commencé la veille, dans l’après-midi. Atika avait quatorze ans à l’époque. Avec sa mère elle avait pilé des feuilles de henné dans un mortier. Ensuite elles avaient écrasé une pierre noire, elles avaient dit que c’était du rassoul. Puis elles l’avaient mélangé au henné pour atténuer la couleur orange de la plante.

-         Allez, on te le pose ! m’avaient-elles dit.

J’avais l’impression d’avoir un casque de moto sur la tête. On m’avait plaqué un sac en plastique et un foulard par-dessus. Tu dois dormir avec, m’avait recommandé Atika. Slamma, à demain.

Le lendemain, de bonne heure, après avoir porté leur pain rond, la kesra, à cuire chez le boulanger, Atika et sa mère étaient venues me chercher. Elles avaient un grand panier en plastique avec elles. Nous avions longé le parc du Belvédère, je me souviens des amandiers en fleurs, et plus loin de l’odeur de menthe et de cumin qui flottait sur le marché.

 

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Arrivées au hamman, elles m’avaient demandé d’ôter tous mes vêtements. Je me souviens d’avoir obéi à contre cœur, mais comme toutes les femmes étaient nues et les enfants aussi, j’avais vite oublié ma réticence. Je me souviens de ces rangées de femmes alanguies et molles, adossées au carrelage humide, des mains frottant mon crâne énergiquement. Du grand panier mystère et d’une multitude de fioles dignes du bric à brac de Mary Poppins. Du peigne et de la mousse, des enfants soufflant sur les bulles. Des  heures de pause ponctuées de conversations enjouées ou emportées, dans une langue rauque dont je ne comprenais que quelques mots. De la grande serviette en éponge qui me couvrait entièrement, avant le retour au vestiaire. Et des reflets cuivrés que j’avais remarqués pour la première fois dans mes cheveux, une fois rentrée à la maison.

Vers 18 heures, Atika avait sonné à l’appartement. Ca te plaît avait-elle dit ? Yallah noud, allez, lève-toi ! et viens boire le thé. Je m’étais installée au milieu de cette famille unie pour un cérémonial rituel. On m’avait dit : shrob la teï, gib il roubs, verse le thé, donne le pain. Et je m’étais exécutée fièrement.

C’était en 1969, à Casablanca. J’habitais rue de Charleville.

 

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 10:00

Le tour de Guadeloupe, au mois d’août c’est sacré. Les mordus s’installent sur les bas-côtés de la route. Des tabourets, des pliants, des couvertures à terre. On attendra les champions toute la journée s’il le faut. Les voitures sont garées de guingois, mordant la route et la terre. Des passionnés, harnachés de casques et de genouillères, piaffent, faute de courir. Les femmes ont prévu bouteilles d’eau et Kways. Il pleut, normal en août. Les gendarmes, blancs pays ou appelés, portent des shorts bleus sur leurs guiboles velues. De grandes capes leur chatouillent le mollet. La route de la Traversée offre une belle vue sur la montagne et la température a faibli de 33 à 26° depuis Gosier. De grosses gouttes chaudes s’écrasent sur les feuilles immenses des siguines blanches et sur nos bras quand nous baissons la vitre de la voiture.

 

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Nous atteignons la ferme aux ouassous. Le parc aquacole est immense. Constitué de bassins étagés, il permet l’élevage des ouassous, ces délicieuses crevettes de Guadeloupe. L’eau s’écoule de bassin en bassin et se jette dans la rivière. Les ouvriers pêchent les ouassous au filet.

 

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On apprend à distinguer les mâles dominants, les femelles porteuses d’œufs oranges ou marron foncé. Les œufs éclosent si l’eau est salée à 35 pour mille.

 

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Le visiteur peut pêcher le rouget si le cœur lui en dit. Mais la partie est cocasse, les pêcheurs rient aux éclats, une radio allumée déverse ses commentaires sur le tour, le soleil tombe dru sur nos têtes, une libellule volète de ligne en ligne et le voisin s’écrie, moi j’en ai un ! tandis que sa ligne remonte mollement, dédaignée par un rouget vicelard.

Pause repas. Tit punch, ça s’impose. Ouassous, sauce au court bouillon, succulent ! Riz, salade, sorbet coco, café. Un bain de mer avant la digestion. Imprudent ? Et puis zut ! Un petit somme sous les flamboyants.

 

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Au retour la route est mouillée et fume, la montagne aussi. Ah, ce sentiment de voler à travers les nuages, comme le père Noël sur son traineau…. Avons-nous rêvé cette journée ?

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : pont.

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On parvient aux chutes du Carbet depuis Basse Terre, en faisant route vers Capesterre-Belle-Eau. La troupe de touristes dociles et formatés qui se croient en vacances, distrait les mangoustes. La deuxième chute est la plus visitée, la plus accessible. La montée se mérite. De la rocaille, des planches assemblées, des ponts. Pour vous allécher, les guides, les agences de voyage, les visiteurs ont truffé Google de clichés. Que je lance aussi, à vous de les attraper. De plonger dedans, comme des spectateurs avides d’effets spéciaux.

 

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L’eau ruisselle dessous les ponts, caresse la roche, détrempe la mousse et chante un petit air frais. Les feuilles des grands arbres autour, et les fougères géantes luisent doucement. Constituent un écrin au toucher lisse ou duveteux. Dont les nuances évoquent l’émeraude, le jade et la malachite. L’onde  est un joyau, pureté, cristal à  préserver.

 

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Depuis le pont suspendu,  on aperçoit  la deuxième  chute, avant l’arrivée au bassin. C’est une coulée d’eau laiteuse qui se diffracte sur les rochers et forme une nappe en dentelle. Elle s’écrase en flocons puis en gouttelettes de brume. Le ciel tout là-haut, ressemble à la capsule éjectée d’une bouteille de soda.

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 10:00

 

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Je m’approprie les œuvres célèbres depuis toujours. A partir de mots lus sur internet, de livres ayant l’artiste ou ses proches pour sujets, de documents filmés, je tricote. Je construis, les mots s’enchevêtrent, à l’endroit, à l’envers. Guernica ne fait pas exception à la règle. Picasso 1937, bombardements, Espagne, camaïeu de gris, noir, blanc, jument violée, minotaure cruel, femme en deuil, enfant mort, tête d’homme, bras coupé, géométrie, cubisme, flammes, clichés photographiques de Dora Maar. Les informations glanées ici et là, construisent mon tableau. A l'idée que j'en ai.

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Devant Guernica, le vrai, 349 x 776 centimètres, au musée de la Reine Sophie à Madrid, je me suis sentie dépossédée. J’ai posé mon trophée à terre, minuscule, insignifiant. Comme intimidée par les dimensions de l’œuvre réelle et par ces grandes bouches ouvertes sur la souffrance. Désorientée par tout le reste, aussi. Un rail placé à la verticale sur le côté, relié à un ordinateur, analyse  l’usure de la toile. Et crée, même s’il ne fonctionne que la nuit, une ambiance scientifique de laboratoire, plombant l’émotion. Au plafond, un autre rail de spots à l’horizontale, éclaire la vedette. Deux gardes sur des chaises hautes, de part et d’autre du tableau, contiennent les spectateurs éblouis. Et la foule dense, immuable, forme une barrière indépassable. Que j’ai franchi, à petits pas imaginaires, pour me placer au bas de la toile et au plus près.


J’ai rendu mon tableau à Pablo et à l’Espagne. Puis je l'ai saisi de nouveau, posé sur la toile comme une peau de chagrin. Qui a fondu, s’est plaquée tout contre la trame. Est devenu Guernica, le seul, celui d’un Picasso génial. Devant lequel les visiteurs s’amassent.

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