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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 17:34

Ils étaient déjà dans la rame lorsque je suis entrée. Mes oreilles ont bourdonné aussitôt, j’étais comme assaillie, assourdie. Ambiance de boite de nuit, personne n’écoutait vraiment personne, tout le monde gesticulait, piaillait, piaffait. Et ça tournait, sautait, levait les bras en l’air. Des bonnets, virevoltant comme des parapluies aperçus depuis le toit d’un immeuble. Des taches de couleur balancées mais impossible de voir dessous au premier abord.  Les accompagnateurs, des instituteurs je suppose, accrochés à la rambarde, bavardaient entre eux. Comme si depuis le temps, ils avaient trouvé une méthode pour converser en toute quiétude, un moyen de placer un écran entre eux et la classe sans perdre le contrôle.


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Alors toi tu habites à Belleville ?

Oh oui, c’est un quartier vraiment super et on y mange pour trois fois rien. Je connais un vietnamien, je te donnerai l’adresse.

Ca ne m’étonne pas, tu dois payer le repas au prix de l’entrée dans mon quartier. Allez les enfants, préparez-vous, on descend, à la prochaine.

Oh tu dois avoir raison, les quartiers de Paris sont tellement disparates. Hervé, cesse d’essuyer la vitre avec tes gants.

Lilou, s’il te plaît, écarte-toi et laisse passer la dame. Pour le resto, c’est quand tu veux.

 

Je me suis tournée vers les enfants, examinant leurs petits visages furtifs aux yeux brillants. Ils se tortillaient comme des anguilles sous mon regard, trifouillant  dans leur nez avec leur doigt. Les filles jouaient de la queue de cheval comme des danseurs marocains de leur fez. Elles restaient groupées entre elles, elles avaient tant de choses importantes à dire, tant de mimiques de starlettes à adopter. Les garçons se dispersaient, collaient leur museau contre les vitres ou sous le journal des voyageurs.

Tout ce petit monde est descendu, s’est déversé d’un seul coup comme l’eau d’un torrent. Et le silence s’est abattu sur nous, les voyageurs, qui nous sommes regardés, hagards, un peu perdus. Comme des personnages de bande dessinée, tout juste ébauchés, et auxquels il manque les bulles et les couleurs.

 

 

 

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 10:00

 

 

 

Manet Rochefort Orsay

 

L'évasion de Rochefort (1880)

 

 

Casse-tête cette semaine chez Sherry: En transparence.

 

 

Si j’essayais de  me mettre à sa place, si moi, la béotienne, je prétendais deviner comment Manet a plaqué  la transparence des flots sur sa toile. Une toile vierge, une esquisse au départ, le choix minutieux de l’emplacement de la barque. L’œil doit être attiré par les personnages, leur petitesse dans l’océan immense. L’œil doit être hypnotisé par les vaguelettes claires, laiteuses, par leur clapotis, jusqu’au vertige, jusqu’au mal de mer.

 

Ensuite une couche de peinture bleue pour le fond,  très fine, on doit deviner le dessin au travers. Puis j’insisterais sur  les zones sombres, la ligne d’horizon à l’arrière-plan, le triangle de touches  bleues foncées à l’avant de la barque. J’appliquerais du blanc avec un tout petit pinceau, sur ce grand vide au premier plan, de la lumière, de l’éclat. Puis toutes les nuances de couleur, bleu cobalt, verts clairs et sombres pour le mouvement. Un peu de brun, d’ocre ou de rouge délayé tout là-haut, tout au fond. Des gris, des noirs pour  accentuer la brillance. Devrais-je tapoter la toile avec un gros pinceau derrière la barque et devant elle, pour simuler les embruns ?  Clair, foncé ? J’augmenterais les contrastes, créerais des silhouettes comme le bateau dans le fond, pour la symétrie, pour l’infini, la solitude.

Donner de la profondeur, du réalisme par le souci du détail, des vagues ourlées, tournoyantes. Je zoomerais sur un personnage dans la barque.  Je rendrais compte de sa  fragilité, de sa peur. Car l’océan est clair en surface, avec ses reflets changeants,  noir en profondeur, abyssal.

 

Pour achever de happer les regards, qu’ils se noient dans la transparence, et pour entretenir l’illusion, le trouble, je vérifierais l’harmonie des couleurs, les ombres, les lumières, les brillances, la texture fluide, impalpable, de l’eau. Et j’apposerais la touche finale, ma signature.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 10:39

Je viens d’achever la lecture difficile (pour moi), de « Mondo et autres histoires », de JMG Le Clézio.  L’écriture est limpide, l’exploration par des enfants de la nature et ses mystères minutieuse, le fantasme et l’onirisme sont très présents. Par moments, on s’imagine volant avec l’auteur vers des univers parallèles où tout  n’est que beauté, où l’on oublie sa peur.

 

Mais pour moi qui suis incapable de fixer mon attention trop longtemps, c’est beaucoup trop détaillé, fouillé. L’exploration des nuages et des bruits venant de la terre, les chuintements du vent incitent à l’évasion. Et je m’évade dans mes pensées. Je décroche du texte et, un ou deux paragraphes plus loin, je m’aperçois que j’ai perdu une partie de l’histoire. Alors j’essaie de revenir en arrière. Mais je bâcle, et je lis plus vite encore pour dépasser l’endroit où je m’étais réveillée.

J’ai des morceaux d’histoire, des gorgées d’émotion pure, d’ivresse, et des passages à vide. Alors je me lève, je me fais une tasse de thé, je mange un fruit ou je sors.

 

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Dehors, le ciel est bas, gris, vide de nuages. Ou trop plein. Il pleut des gouttes sur mes lunettes. Les flaques d’eau polluée sur le goudron n’ont rien à voir avec les sols détrempés de Le Clézio. J’ai beau lorgner sur mes bottes, je n’aperçois que d’autres pieds sanglés, et des amis à quatre pattes. Nul petit rongeur, ou scorpion laissant ses traces comme de petits cheveux sur le sable.  Le temps est étonnamment doux pour un début de janvier. J’enlève mon écharpe tellement j’ai chaud, malheureusement ça n’a rien  à voir avec la douce chaleur des rayons d’un soleil caressant et déversant une lumière irréelle. Je marche, j’ai chaud c’est tout. Pourtant, ça vient peu à peu, une sorte d’apaisement, de délassement. Comme si ma lecture influait sur mon mental. Comme si l’on pouvait mettre en  parallèle  des mondes différents et éprouver des sensations identiques. Comme s’il ne suffisait de presque rien. Un bon livre même difficile, pour partir, ailleurs, et se sentir bien, ici. Je rentre, il est temps. 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 08:00

 

 

DEFI 73 de Tricôtine: autoportrait.

 

 

 

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Pris sur le net.

 

 

 

Il m’observe depuis le placard au milieu des soutiens gorge.  Parce que dans ce désordre de bretelles et de dentelles, il est aux premières loges. Et là au moins, je  ne perturbe pas sa vie de chat. Je m’agite, je fais du vent, je déplace l’abat -jour, des gestes nerveux de sale gosse. Je secoue les draps  du lit et un tas de cochonneries tombe sur le parquet. Il prend la pause, s’étire de tout son long comme pour signifier : avec cette tornade, je ne vais pas stresser! Je m’assieds  devant la coiffeuse, jette un œil à la glace, replace une boucle frisée dans mon catogan. Retire mes lunettes, traque une petite ride autour des yeux. Jaunes, verts, marrons, ils sont comme ceux du chat mes yeux. Changeants selon la lumière. Je me relève, me cogne au coin du meuble. Ramasse une chaussette et le dernier ELLE sur le plancher. Un plastique de chez ESPRIT, une pochette ETAM. La montre de mon fils à faire réparer, le pull de Chéri.

Je cours dans la cuisine, revient avec l’Ajax vitres, un rouleau de sopalin et la carte vitale de ma fille. A mettre dans mon sac. Penser à son ordonnance.

 

 

 

 

Prise sur le net. Ce n'est pas moi bien sûr! Prendre la pause comme ça, jouer les vamps, pas le temps!

 

 

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Je range la chaussette, le ELLE, la pochette… Refait le lit. Enfile des gants en caoutchouc taille sept et demi. Pschitt sur la glace de la coiffeuse et sur les vitres. Mon portable sonne.  Oter les gants. Vite mon sac ! Des gants en peau, les clés, le plan du métro, quatre paquets de kleenex entamés, un tube de Labello plus tard… Je trouve mon portable. Il a cessé de sonner. Je crie M… Retour à la cuisine, mon bol de thé, une tartine pain confiture, mon comprimé hypoquelquechose. Un œil sur le réveil et, croche pied involontaire au chat qui m’a suivie, on ne sait jamais… Alors que j’ai versé des croquettes dans sa gamelle il y a une demi-heure. Je me maquille, j’ai deux minutes.

 

J’enfile mes bottes. Dessous le jean, et plates les bottes, c’est que je marche tout le temps moi. J’enroule l’écharpe de laine mauve autour de mon cou, enfile ma doudoune. Une bise à Chéri. Un dernier regard  au miroir dans l’entrée. Mes cheveux sombres  sont tirés, j’ai l’air sévère et les joues rouges. Je porte ma  besace dans une main, mon casse-croûte et le sac poubelle dans l’autre. Il faut que je fasse attention à ne pas jeter mon repas dans le local. Où sont mes clefs de voiture? Dans la poche du manteau. Pierrot se frotte à mes bottes, je le tapote entre les oreilles. Pierrot c’est mon chat.

Ouf la journée peut commencer…

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 10:00

 

 

 

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Terminus Nord vingt heures, c’est l’heure de pointe. Un incessant ballet de placeurs, d’hôtesses et de serveurs encadre une foule impatiente. Affiche un sourire systématique, obligatoire, c’est du commerce.  Et tripote l’ordinateur car les tables se libèrent informatiquement. La clientèle est  aisée, costumée, étrangère souvent, âgée quelquefois. Epicurienne. Elle aime la France, enfin l’idée qu’elle s’en fait : fruits de mer et Chablis, viande rouge ou canard en confit et Bordeaux. Des serveurs zélés manient la poêle en salle, des flammes hautes s’élèvent et des cris de surprise. Des odeurs de grill chatouillent les narines. D’autres messieurs en tenue, essuient le bord des assiettes avant de servir des clients gourmets qui salivent, beurrent des tartines et aspirent des huîtres. S’essuient le coin des lèvres, avec distinction.

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Certains croient aux déclarations  et roucoulent en se tenant par la main. Font peu de cas du cliquetis des fourchettes, du tintement des verres, de l’effervescence  des discours et du martèlement des pas sur le carrelage.L’amour ça fait qu’on patauge dans la ouate n’importe où.

 


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Ici et là un homme ou une femme, esseulés, se délectent  en tutoyant la foule du regard. Dans la lumière ocre et vive, leurs yeux sont rieurs ou étonnés, jamais tristes. C’est comme lire un roman de gare. Ou visionner un  film. Et il est plus rigolo de se frotter aux gens, en vrai. De lire dans les yeux, de décrypter les gestes. La spontanéité, le mensonge, l’ennui sont gratuits à table. De même que le sel, le poivre ou le pain.

 

Tout compte fait, on n’est pas seul dans une brasserie. C’est un établissement qui porte bien son nom, on est tous brassés, remués, on fait partie d’un grand mouvement.On n'est pas là pour le cadre, la décoration années vingt, les affiches à la Toulouse Lautrec, les miroirs ouvragés. Ou si peu. On s’agite un soir pour couper la semaine et lui prouver qu’elle n’est pas forcément banale ou monotone. Ca fait des bulles, ça pétille, et puis on laisse reposer jusqu’au week-end. L’attente semble moins longue.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 08:00

Défi N° 72

Vous écrivez une lettre d'amour délirante ou romantique, ou les

 deux à la fois, à votre boucher(e), votre boulanger(e), à votre curé (sans "e"), à votre facteur (trice), votre crémier(e), et que sais-je encore ....à qui vous voulez. Dans cette lettre (pas trop longue), vous introduisez 14 mots (dans l'ordre, de préférence ) d'une chanson que vous connaissez tous  :

" Ne me quitte pas " ; voici les mots : 

Oublier- s'enfuit- malentendus- coeur - couvrir- domaine -amour - mort - feu- blé- rouge -ombre- chien- quitte 

 

Ma chère Aurore,

J’ai promis de ne pas t’OUBLIER, je ne peux pas d’ailleurs.  Jamais ton souvenir ne S’ENFUIT, tes livres sont des repères pour moi dans ma vie, aujourd’hui. Tu as connu les MALENTENDUS, avec les hommes de ton siècle, qui n’admettaient pas que tu puisses être femme, libre, indépendante et pensante. Tu as ouvert ton CŒUR à des créateurs  illustres, entre 1833 et 1847, époque qui a dû COUVRIR ta période scandaleuse.  Des hommes que tu as conviés dans ton DOMAINE au nom de l’AMOUR que tu leur portais. Je parle de Musset et de Chopin bien sûr, je parle de Nohant, Ô Bonne Dame ! Je t’aime parce que tu as su porter, soutenir ces génies, leur donner des ailes.  

Tu as eu la douleur de les perdre tous les deux et leur MORT te fit souffrir et te consumer à petit FEU. A celle du  premier, tu écrivis un livre pamphlet sur votre relation difficile (Elle et lui). Et tu veillas le deuxième comme une mère, jusqu’à sa disparition. J’admire ta capacité à rebondir, j’admire ton dévouement.

 

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Certains de tes romans parlent d’âmes pures et de fêtes au milieu des champs de BLE. Pas seulement pour louanger la campagne et  critiquer la ville, mais pour exalter la nature, cette fée que nos écologistes tentent de préserver. J’ai adoré ton conte, « le Marteau ROUGE », que tu as inventé pour tes enfants. Un conte à lire aux nôtres inlassablement. Pour Dame Nature. Puisque j’aborde la vie familiale, je vois aussi planer l’OMBRE du petit CHIEN blanc Marquis qui avait élu domicile à Nohant et dont Chopin parle dans des lettres aux siens. Que tu aies été une amie des bêtes te rend encore plus chère à mon cœur.


Je vois la vie, l’amour, la douleur, la joie, tout ce qui fait nos existences et que tu as su raconter magnifiquement. Je te QUITTE pour le moment, à regret. Pour mieux te retrouver, plus tard, dans un fauteuil à la campagne, l’un de tes livres entre les mains.

Comme Hugo, je: pleure une morte, je salue une immortelle!

 

A bientôt, Aurore. Ou plutôt George Sand.

E.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 16:42

 

 

C’est l’été sur les Calanques. Le soleil a fondu dans l’eau en gouttes bleues, huileuses, éblouissantes. Nous montons par des chemins escarpés encouragés par les pies et les cigales. C’est tout là-haut vous verrez !, crient-elles sur notre passage. Nous apercevons Notre Dame au loin, scintillante. Nous longeons de petites maisons étagées, cachées au milieu des pins et des oliviers. Un chien nous accompagne, il traîne la patte mais persiste et nous suit. Il halète bruyamment, nous couve de ses yeux jaunes. Nous nous arrêtons un instant, une courte halte le temps de nous désaltérer. D’ici nous observons les plongeurs. Ils glissent le long des canots et disparaissent  sans bruit  sous la surface limpide, au creux du vallon.

 On dirait  que les bateaux sont de longues dents accrochées à des gencives de tuile rose. Comme si l’ogre avait ouvert la bouche et qu’une sorte de vertige nous prenait soudain. Le désir de nous précipiter, de nous élancer au centre vers ce miroir « multibleu », d’en briser la quiétude. Quelque chose nous retient cependant. Quelque chose nous attend, patience. Nous poursuivons notre montée dans la fournaise, le nez au vent.

 

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Le vent. Un souffle chaud  vient de la mer et tente de stopper notre escalade. Nous fermons les yeux et nous laissons porter, perchés au bord du nid creusé dans les falaises. L’océan autour est immense et un ange  frotte ses ailes à nos cheveux. Nous sommes au paradis. Rien de plus fort à espérer, à souhaiter.  

Nous sortons les appareils photos.

 

 

 

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 14:11

 Le vent siffle dans les rues froides et silencieuses de janvier. Des nuages bas et opaques tapissent le ciel  comme le capiton d’une cellule d’isolement. Je m’attarde devant les vitrines pour absorber un peu de lumière. Dans une pharmacie, une vendeuse baille, accoudée au comptoir. Des cris, des rires fusent soudain, printaniers, incongrus. Un groupe de jeunes roumaines, traverse la rue en courant. Avec leurs longues tresses et leurs écharpes rouges, elles ressemblent à des coquelicots hissant la tête hors d’un bouquet. Un groupe d’employés en costume devant la banque, les observe, souriant mais inerte. Puis hausse les épaules. C’est un matin ordinaire, un peu fatigué et lent à la détente. Un matin qui n’a pas le moral.

 

Peu surprenants alors, ces sacs bleus et dorés, gonflés par le vent, déchirés. Ces branches courbées, desséchées, ces épines collées au sol. Des arbres couchés, inutiles, des rois du trottoir, tombés pour la fête.  Qui, il y a peu, en habit d’or et de lumière, fanfaronnaient dans les salons. Ils s’étalent comme des intrus, des sans domicile sous la tente. Ils barrent le passage et dérangent. Quelques- uns  résistent encore dans les halls des immeubles, décorés comme de vieux poilus. Bientôt, les camions  passeront pour mettre de l’ordre, rendre à la ville son éclat.  Lui redonner le sourire et la préparer au printemps. L’année commence toujours par un grand nettoyage.  

 

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 09:18

Ca y est vous êtes tombés dans le panneau ! Comme dans les pages de yahoo, tous ces tests, les dix comportements qu’il (ou elle) déteste chez nous, est-il (ou elle) fidèle ?, ou encore l’horoscope. Tout ça c’est du blabla pour fidéliser le lecteur. C’est la fin de l’année, la trêve des confiseurs, il faut trouver quelque chose.

 

On nous prend pour des idiots. Tous les conseils qu’on donne sont des évidences. S’il (elle) est amoureux(se), il (elle) est gentil(le), patient(e). Il déteste qu’on picore dans notre assiette au lieu de manger, elle ne supporte pas qu’il passe tout son temps avec les copains. Toutes ces fines remarques attirent des commentaires déçus, désabusés, des ricanements. Mais ça a marché. On a lu l’article, on a répondu. On a fait grimper les statistiques. Quoique, si vous lisez ce post, vous vous demandez quel est mon but.

 

 On nous prend pour des lourdauds, assis entre deux fêtes comme le Roi Babar entre deux chaises. Dans les magasins on nous allèche. Ce sont les soldes avant les soldes, mais pas tout à fait. C’est plutôt moins cinquante pour cent sur le deuxième article acheté. On croit à la bonne aubaine, en réalité on achète un truc qui sert à rien, en plus de ce pourquoi on a craqué. La petite robe qu’on donnera  à Cendrillon, la gamine du dessous, parce  qu’elle nous boudine, en fin de compte. Et fera d’elle une princesse. Ou la chemise qui, une fois déballée, fait ressortir le ventre de monsieur. Et rendra heureux le fils du voisin, Ken.

 

Nous sommes de braves gens qu’il faut occuper avant le cataclysme. Parce que 2012 s’annonce comme un tremblement de terre. Les élections, les JO, la fin du monde.  Il nous faudra choisir entre Astérix et Obélix, nous distraire  dans les arènes et attendre la chute de l’empire romain. Sur Wikipédia, on cite les causes de ce déclin : instabilité politique, invasions étrangères, diminution des revenus et taxes. Véridique, c’était en 476 après JC ! Mon tremblement de terre à moi a eu lieu en 1970, à Casablanca. J’étais gamine mais je revois le lustre de la salle à manger tanguer au-dessus de ma tête. Et toutes ces voitures rassemblées dans un terrain vague en dehors de la ville. Nous avions passé la nuit enroulés dans des couvertures, avions fait circuler biscuits et thermos. C’était fraternel, bon enfant. Ca cassait l’angoisse.

Eh bien 2012, ce sera pareil. D’une manière ou d’une autre, nous saurons casser l’angoisse, nous soutenir et nous retrouver ensemble. En attendant je vous souhaite une très

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 08:35

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : les outils.     

 

Le brouillard ponce les lumières de Noël et rappe les manteaux des passants  qui semblent glisser sur des lames. Je marche dans la rue, c’est plus prudent, pourtant mes pieds se vissent à l’asphalte comme si l’on venait juste de niveler le revêtement gluant.

 

images--1-.jpgJ’avance en renâclant, ce rendez-vous n’a rien de romantique. Je calcule le chemin parcouru depuis le début de notre rencontre, je sais qu’il va m’arracher le cœur. A départ il n’était qu’un contact, un piston, pour tenter ma chance chez L’Oréal.

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Il connaît bien son métier de DRH le bougre, sonder le postulant, percer ses secrets, mesurer ses aptitudes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, il m’a clouée au pilori. Et je n’ai rien vu venir, j’avais pris ses gants de soudure pour des gants blancs. Il usait de gestes tendres comme de chignoles, forait ma carapace de célibataire au cuir tanné. Mais dernièrement il a changé de comportement

 

 

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A commencé par raboter ma carcasse. Puis a troqué le burin pour un marteau piqueur. Ses petites attaques sont devenues des tentatives de démolition. Comme s’il fallait raser un chantier, tomber des murs, occuper les ouvriers que sont mes nerfs.

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 Le sous-sol du BHV, rayon bricolage. Drôle d’endroit pour une rencontre. Des vendeurs en boléro vert baillent devant leurs rayons déserts. Trompettes et cuivres pour la musique d’ambiance. Une voix dans un haut- parleur vante la cafétéria du cinquième étage. Mas ici, au milieu des clous et des scies, ça sent le plastique et le métal chaud. Pour lui, ce buldozzer, c’est parfait. Le combat est inégal, ses mots  seront des outils de destruction. Pas les miens.

 

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