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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 11:43

 

 

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Quinze heures trente, ce trois mai, Plaza de Cibeles, à Madrid. La CNP (cuerpo nacional de policia) quadrille la place. Le temps est à la pluie mais hésite encore. Un peu comme nous qui ne comprenons pas. Autour de la fontaine, on établit des tréteaux comme la tour de guet d’un château fort.  Cybèle rayonne sur son char, elle se doute  que l’assaut sera bienveillant, c’est habituel et systématique en cas de victoire. Au carrefour, les aficionados se jettent devant les voitures,  déroulent des banderoles et hurlent : Viva Real ! Ils masquent les feux et s’en moquent. L’heure est à la joie.

 

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C’est le déclic, pour le ciel, pour nous. Une pluie drue et franche s’abat sur la ville, des vendeurs de « paraguas » nous barrent le chemin, une foule emmaillotée de blanc déferle depuis la Alcala, hissant banderoles et fanions. La guardia civil filtre le passage, fouille les sacs. Le carrefour est brusquement envahi, les voitures stoppées net font demi-tour. De touristes se prennent en photo au milieu de la « calle » juste avant qu’il n’y ait plus de « calle ». Avant que la place ne soit qu’un concentré de « felicidad, alegria, risa ». Avant que chacun ne s’oublie en tout le monde. Et que le car n’arrive de Santiago de Barnabeù, le stade madrilène, convoyant les héros de la trente-deuxième ligue d’Espagne, les tombeurs de Bilbao et du Barça.

 

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Laissant Madrid aux madridistas, nous retournons à l’hôtel, tout près de là.  La una et la cinco retransmettent l’événement en direct. Des journalistes interrogent la gente, des ballons flottent au vent, courbent sous la pluie. Dix-neuf heures. En studio, on piaffe, alors ils arrivent ? Oui, ils sont là, Casillas, Ronaldo et tous les autres, sur le toit du bus. Ils grimpent sur l’échafaudage, drapeau levé, embrassent la foule. Pluie de confettis, flashes, pops des canettes de coca. Casillas ceint la déesse Cybèle du drapeau de l’équipe, répond de bonne grâce à la bimbo de la télé. Ma minute culte de française, est d’apercevoir Benzema haranguant la foule d’un : gracias a tu ! approximatif.

 

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D’un coup tout disparait. Les tréteaux, la foule, la pluie. Madrid remise sa victoire dans un tiroir aux souvenirs. La marée blanche inonde les bars de la Alcalà, les couvrant d’écume de cerveza Don Miguel. La nuit sera longue et chaude, malgré la fraîcheur de mai. La fête, une pause, et mettre de côté, les soucis du pays.

Quelle que soit la fête, quelle que soit la pause, parviendrons-nous à résoudre les nôtres ?

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 10:00

Métro Odéon, rue de l’école de médecine. Juste derrière le métro, trois pas à parcourir et j’y étais. Je ne sais pourquoi, j’avais en tête les librairies Nathan et Hachette Rue Du Faubourg St Germain. J’ai longé le faubourg sous la pluie, suant dans ma doudoune, de l’eau dégoulinant dans le cou et flicflocant sur mon visage. Il était dix heures, les magasins ouvraient, des librairies, des boutiques de vêtements chics et chers, des cafés. J’avais résolu de m’installer dans l’un deux pour consulter mon plan. Comme l’heure tournait,  j’ai consulté mon plan dans la rue, sac ouvert, parapluie coincé à l’oreille,  bousculée, essoufflée, hypoglycémique. J’ai marché, trotté puis renoncé. Des immeubles haussmaniens  lavés par la pluie, une chaussée glissante, des barrières annonçant des travaux dans la rue, mes bottes prises dans des ornières. C’était le bon jour pour acheter les livres de ma fille ! Puis ce fut l’instant de grâce, une petite étoile de soleil dans l’opacité d’un ciel peint à chaux.

 J’ai soufflé fort, pour me donner du courage.

 

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Alors retour vers St Michel et Cluny, chercher la rue de l’école de médecine, attendre que le vendeur soit libre, appeler Choupette et me faire confirmer les titres des livres de sa liste, régler une bonne note salée, ressortir toujours sous la pluie avec un gros sac lourd. Retour métro, hypoglycémie donc fatigue, vertige, faim, faim, faim … A la sortie du métro, je me rue sur une boulangerie, demande une baguette et une lunette à la confiture. Me voilà dans la rue pliant ma baguette afin de la glisser dans le sac avec les livres. Me barbouillant de confiture et de sucre glace, le tout s’infiltrant jusque dans les livres. Choupette me demandera pourquoi ya du gâteau sur ses bouquins. Mon parapluie est de nouveau coincé entre mon oreille et mon épaule. Je sème de petits morceaux de gâteau tout le long du chemin. Tout ça pour éviter à Choupette d'interrompre ses révisions et de faire ses courses elle-même.

J’ai à peine le temps de rentrer et de me préparer pour aller à la piscine. Il faut les perdre maintenant tous ces kilos d’hypoglycémie !

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 18:12

 

Nous n’étions pas prévenus et nous y sommes allés bravement, comme avant. Comme pour les élections précédentes. D’humeur joyeuse, amusés, conscients d’accomplir le devoir qui nous permettrait de râler après, si jamais... Un ciel gris, bas, un vent frais, la pluie. Qu’importe, aujourd’hui il faut voter. Juste en bas de chez nous, dans la nouvelle école avec ses grandes baies vitrées.

Une certaine fierté, il faut le dire, on se sent citoyen, on compte pour  la France, on compte sur la France.

 

Mais voilà pour nous c’est vote électronique : un bouton noir, un bouton vert : a voté. Une machine unique  pour le bureau de vote. Une seule queue, une boucle qui s’étire jusque dans la rue. Des jeunes hilares, des personnes âgées fatiguées, un peu déboussolées : il va falloir appuyer sur un bouton. Des pitchouns aux pas hésitants donnant la main à des adultes résignés, chacun  attend, patiente, s’assied, soupire, piétine, observe… chacun. Quarante-cinq minutes sur le grill, un silence de circonstance, une sorte de recueillement national. Certains, pas mêmes âgés, pas même handicapés, présentent des laissez-passer un peu douteux. Personne ne tique, voter ça rend drôlement civique.

 

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Le vote électronique, c’est une révolution, pas de dépouillement après vingt heures. Quoique  j’apprécie l’ambiance  des dépouillements, cette fièvre : se dépêcher afin de savoir. Je peux affirmer que nombreux sont ceux qui n’ont pas supporté la chaleur du préau, la lenteur des vérifications d’identité,  du passage devant la "machine à boutons" et le registre des signatures. Nombreux sont ceux qui sont repartis au bout de dix minutes, ou ont fait demi-tour en apercevant la file d’attente. Dans mon bureau de vote, il y a aura un taux d’abstention certain.  Pour une fois, le prix de la modernité ne se mesure pas en gain de temps. Pour le votant tout au moins.

 

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 10:00

 

 

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Aujourd’hui vous  connaissez  celui de Yann Barthès qui « porte un regard décalé sur l’actualité ».  L’homme tronc de Canal plus se délecte des petits travers de nos politiques, ce qui est normal en cette période. Il en a les moyens, ses mimiques d’abord,  sa bouille ronde et ses yeux pétillants sont des passeurs de fantaisie et de drôlerie. Les techniques télévisuelles, arrêt, stop, brouillard, retour, avance sur image sont des supports. Les applaudissements du public, de la vie sur le plateau, de la gaité, des encouragements. Les artistes, politiques, écrivains ou autres VIP, du grain à moudre. Et nous devant la télé, sommes ceux pourquoi, ou   pour qui Barthès existe, dérange, perturbe, affole, offense. Il met le doigt en plein milieu du pot de confiture et badigeonne l’écran. A nous de décider si nous souhaitons avaler la tartine. Le succès est là car nous sommes gourmands pour la plupart.

En 1863, « Le petit journal » est un journal à un sou tiré à cent mille exemplaires à ses débuts, et créé par Moïse Millaud. Sa devise est : tout  ce qui se dit, tout ce qui se fait, tout ce qui se passe sera dans le petit journal. Pour la diffusion en province, l’organisation du journal est confiée à Alphonse Millaud, cousin du premier et orateur-né. Ainsi chaque ville de France, chaque bourgade  a un correspondant qui dirige une bande de vendeurs.

A la télévision, l’animateur est,  lui aussi, aidé de correspondants, dont le nom nous échappe sitôt prononcé. Dans le petit journal de 1863, il y a une chronique judiciaire tenue par Victor Cochinat, déjà évoqué dans l’un de mes articles, Charles Monselet et Henri Nouguier. On y trouve un roman sous forme de feuilleton, comme le fameux Rocambole de Ponson du Terrail. Un scientifique : Herald, un politique : Escoffier, un correspondant avec l’étranger : Georges Stenne. Et un chroniqueur populaire, celui-là est un peu l’ancêtre de Yann Barthès. Il s’appelle Léo Lespès et a pour nom de plume  Timothée Trimm. Il doit chaque jour « prendre le fait le plus saillant, en tirer des enseignements, causer avec bonhommie à l’occasion, saupoudrer d’esprit gaulois cette causerie écrite forcément avec rapidité et composée également de faits et d’impressions ». Mais il ne doit égratigner personne, plaire à tout le monde, amuser, moraliser, instruire…Car les gouvernements de l’époque ne souffrent aucune critique et la presse est souvent censurée.

 

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Timothée Trimm.

 

On ne peut pas comparer les modes de diffusion de la pensée au XIXème siècle et aujourd’hui, de même, l’information télévisée et l’information écrite ne se valent pas entièrement. Pourtant,  informer et amuser, instruire, inciter à réfléchir, amener le lecteur ou le téléspectateur à formuler des questions, demeurent une ligne directive. Cet objectif commun est atteint de manière totalement distincte. Le succès du petit journal de Millaud était dû à son conformisme qui permit sa large diffusion. Celui de Yann Barthès provient de son impertinence à la télévision. Privilège que  notre époque, nos mentalités, notre droit à la liberté d’expression autorisent.

 

Sources: LA CHRONIQUE ILLUSTREE du dimanche 6 septembre 1868, Wikipédia.

 

 

 

 

 

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 08:00

 

Tricôtine nous invite, dans ce nouveau défi, à parler d’une ou des couleurs, à notre guise.

 

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Arlequin et Colombine par Degas.

 

 

COULEURS

 

J’ai pris la décision de n’en citer aucune

Et de laisser le ton, la mesure et la rime

Apporter des nuances, restituer chacune

A nos âmes éblouies; et que la magie prime.

 

Un peintre les étale à la gouache, au pinceau

Un musicien les note sur une partition

Les décliner, les fondre, les noyer en un mot

Révèle les facettes de l’imagination.

 

Alors quand Arlequin, de mille feux scintille

Auprès de Colombine, en habit de lumière

Comme un toréador, armé de banderilles

C’est un feu d’artifices qui, sous nos yeux, opère.

 

Peintures et dessins, photos ou aquarelles

Emprisonnent nos sens en une ronde charnelle

Séduisent en peu de temps; un bonheur rond et lisse

Se lit dans nos regards posés là, sur l’esquisse.

 

Dans nos rues, sur nos murs, s’expriment des artistes

Dont l’art et le talent marquent le goût de vivre

Et de rêver debout, au milieu de la piste,

A ce monde en technicolor qui les enivre.

 

 

 

Ce ne sont pas vraiment des tags mais des déclarations d'amour sur le mur des amants dans la maison de Juliette à Vérone. (Pour le côté romantique!) 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 10:00

 

Nous avons prévu une soirée dégustation dans ce petit bar, arrosée au Crozes Hermitage accompagné de toastinettes au jambon, chèvre et tomates séchées. Un cadre cosy pour un tête- à-tête romantique. Au fond de la salle, seule à la grande table, une trentenaire commande un verre de Sancerre, déplie ses grandes jambes bottées et son ordinateur. Elle mâchouille une branche de lunettes, enroule une mèche de cheveux à son doigt et pianote de l’autre main. Peu à peu les filles arrivent, les autres, les copines. On s’embrasse, se détaille, tu as maigri toi, et tu reviens du ski ma parole, oh la la si tu savais, on n’a le temps de rien. Eclats de voix, exclamations, fous rires. Les vacances au Maroc, c’était génial ! Une grande maison sur la falaise à Agadir, les enfants ont adoré !

 

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Image prise sur le net.

 

Tu as commandé ? Je redescends consulter la carte. Un verre de vin pour commencer, comme toi ! Je reviens de la réunion de classe de neige de Théo, je me suis trompée figures-toi, j’ai assisté à une autre réunion pendant une demi-heure avant de m’en apercevoir. La galère ! Alors excuse mon retard.

C’est ma belle-mère qui garde les enfants, je ne vais pas rester longtemps, tu sais ce que c’est… Et Mathieu qui a dû rester au bureau…

Les voix se mélangent comme des fils de pelotes déroulées en tous sens. Les esprits sont en surchauffe. C’est un brouhaha, la salle se remplit mais nous le remarquons à peine. Tout le monde a trente ans, les discours à cette table ont submergé les nôtres. Car nous nous taisons, absents à nous-mêmes, vaincus, assommés doublement. Par le vin un peu et par ces dames, c’est une certitude.

 

 

 

 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 10:00

En janvier, il y avait une exposition Boris Vian à la BNF. Je ne sais pas pourquoi j’en parle seulement aujourd’hui. Ou plutôt si : Vian est de la génération de mes parents et me plonger dans sa jeunesse, les années 45 à 59, c’est un peu marcher à côté d’eux. Comme si le temps, les heures, avaient fondu. C’est cette histoire de pendule qui me perturbe. En fermant les yeux, j’ai le sentiment d’entendre la voix douce et grave de Juliette Gréco ou  le rire franc, explosif d’Henri Salvador, me racontant leur ami.

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Je n’aime pas raconter les expositions mais l’effet qu’elles produisent sur moi. Eh bien, je suis tombée amoureuse. Complètement sous le charme d’un homme dont j’ai admiré l’élégance, le charme, la fragilité obligée d’un corps qui se refuse. Un homme grand, beau, à  œil visionnaire et inquisiteur, au nez long, fin. Un banlieusard de Ville d'Avray  portant costume et imperméable. Un parisien des beaux quartiers, qui ne connut pas la guerre. Il fréquentait les boites de jazz,  et célébrait la vie qui s’écoule, insaisissable. Les photos, les films  le montrent évoluant au milieu d’une jeunesse dorée, dans une bulle. Pourtant  qui mieux que lui, dont les jours étaient comptés, savait ce que le temps, les heures, les mots confiés au papier, pour la dernière fois peut-être, voulaient dire.

 

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Il était joueur de jazz mais n’avait pas assez de coffre, écrivain mais n’était  pas assez conventionnel, il avait à vivre vite, tout essayer, tout explorer : le théâtre, la chanson, la traduction de polars américains. Et le parcours tracé tout au long de l’exposition était un long tourbillon  au rythme de ses idées, de son bouillonnement, de ses conquêtes aussi. Il avait le sens de la formule ; « Un homme digne ce nom ne fuit pas, la fuite c’est pour les robinets » « Le travail de construction du désert commence par une  destruction ».

 

 A la sortie, un vieux monsieur m’ a abordé, disert, ému.  A salué les compagnons de route de Vian, Serge Gainsbourg, Gérard Philippe qu’il avait vu sur scène au théâtre, m’a parlé de Mouloudji, du groupe Octobre qu’il accompagnait. S’en est allé, m'a souhaité une bonne journée. Puis est revenu sur ses pas, a glissé une anecdote sur Vadim qu’il n’appréciait pas particulièrement, sur Jeanne Moreau qui échange quelques répliques avec Vian dans les" liaisons dangereuses",  et sur les grenouilles du fils Rostand, ami d’enfance de l’auteur.

Imperméable, écharpe, il  promenait ses années cinquante avec lui. Et l’ombre de Boris. Et l’ombre de mon père qui était fou de jazz. 

 

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 10:00

Le casse- tête cette semaine chez Sherry est : bouton.

 

Sur un téléphone portable on le nomme touche. Il dépasse à peine, on l’effleure, on le caresse. Il peut être virtuel, on le balaye d’un doigt rapide. On parle de portable tactile. Il n’y a pas ce geste appuyé quand l’outil résiste et se dérobe. Un  téléphone portable grâce à ses touches, vous donne de l’allure, un maintien. C’est comme une cigarette en moins nocif, quoique…Ca vous pose et vous impose une légèreté avec quelque chose de vaguement érotique. Ce bouton-là vous définit.   A la manière dont vous le tripotez, frénétique, agacée, étonnée, on vous juge, on vous déshabille.

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Moi je suis une étonnée. Toujours surprise quand mon portable vibre ou sonne. Je le déteste et on le sait. On m’appelle rarement.  Alors au cinéma, je le laisse allumé, comme un défi.  Et au moment le plus palpitant, quand le héros déclare son amour, que les visages se confondent, les peaux, les salives, les larmes, les cheveux s’amalgament, se collent, s’emmêlent, que c’est beau, que ça remue les tripes et le cœur, voilà que cet idiot se met à sonner. Comme s’il n’y avait que dans ces moments-là, quand je suis indisponible, que l’on  daigne m’appeler. Comme si je faisais exprès de me rendre injoignable. Je ne fais pas exprès, je n’aime pas ça ! Alors je deviens frénétique et agacée et j’appuie sur la touche comme une forcenée, pour faire taire l’engin… Et encore, dans ce cas, ce n’est qu’un vulgaire bouton !

 

 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:00

 

 Devant le 4 rue Chauveau Lagarde, je n’éprouve pas grand-chose, je n’ai pas la sensation de mettre mes pas dans ceux de ma mère. Est-ce dû au luxe trop présent, aux façades rose bonbon de Fauchon, aux rideaux rouges de chez Hédiard, au  site prestigieux de l’église de la Madeleine. Ces hommes en costume, ces femmes en tailleur, le ballet circulaire des voitures et les grands magasins à deux pas, me donnent le tournis. Alors  ma ferveur retombe devant l’entrée du 4.

 

 

 

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La porte repeinte en vert foncé est ouvragée et représente des paons qui se font face. Le couloir menant à la cour est couvert de décorations en plâtre.

La cour carrée est pavée, proprette. On a accroché des géraniums aux fenêtres. Tout là-haut, ce sont les chambres de bonne, ma mère occupait l’une d’elles. Je ne m’attarde pas, la gardienne armée d’un balai me demande si je cherche quelqu’un. Je réponds que j’effectue un pèlerinage,  que ma mère a habité là entre 56 et 58. Elle hausse les épaules, sourit et me laisse à ma rêverie.

Avant de sortir, je jette un coup d’œil à l’escalier que maman grimpait chaque jour jusqu’au sixième, essoufflée. Dans la rue, j’aperçois un panneau : Maison Henriette fondée en 1848. Ca me perturbe de voir ce que les yeux de ma mère ont vu, exactement.

 

Je m’installe dans un café, cent mètres plus loin. Le garçon dédaigneux qui me sert, se demande ce que je peux faire attablée et lisant de vieilles lettres. J’écoute la conversation de deux hommes portant Rolex et écharpe en cachemire. Ce sont des directeurs d’hôtel évoquant les exigences de leur clientèle. Des nantis qui réclament des chambres face à l’église. Je suis au chaud, un peu ankylosée  et ces gens sont futiles. Il est doux et facile de plonger dans tes lettres comme s’il me fallait ce décalage, ce décrochage entre hier et aujourd’hui, entre mon monde et celui-là pour m’extraire de ma peau  et entrer dans la tienne : tu avais trente- cinq ans en 1957.  Dans mes yeux, il y a ce brouillard humide. Et je détiens un trésor entre les mains, le témoignage d’une époque, les bases de ta relation avec mon père, la naissance de votre amour. J’en ai pour un moment, je crois.

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:00

L’exposition « Exhibitions, l’invention du sauvage »  se déroule en ce moment au Quai Branly, à Paris.  Des premiers amérindiens aux phénomènes de foire exhibés jusque dans les années trente à travers la France, la Belgique, la Grande Bretagne, l’Allemagne, les Etats Unis, l’Australie ou le Japon, elle dévoile toutes les facettes de l’exploitation de l’homme par l’homme.

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Au départ, les explorateurs présentaient leurs captures comme des trophées dans les cours européennes afin d’obtenir des crédits pour de futures expéditions.  Et puis les foires, les auberges amenèrent le profit. Des personnes hors du commun vont inspirer des tableaux, des portraits. On échange des êtres et des images, le sensationnel devient recherché. Ainsi la Vénus Hottentote, les indiens contemporains de Buffalo Bill, des siamois, des géants, des personnes difformes, des albinos ont « leur heure de gloire ». On expose les hommes comme des potiches, ils sont décérébrés. Puisque les objets sont du matériel que l’on peut acheter, vendre ou casser, ces êtres circulent de mains en mains. Ou bien on les dresse, ce sont des animaux. On les met en scène comme des lions en cage, à coup de fouet parfois. Les petits films muets en noir et blancs qui passent en boucle sont édifiants.

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Comment ne pas considérer, en toute bonne foi, que certains humains sont inférieurs puisqu’on s’arroge le droit, au nom d’une soi-disant civilisation, de les avilir ? Comment l’homme a-t-il pu se laisser manipuler par son semblable, issu de la même culture? Il y a des cultures et des valeurs, des modèles et des exemples chez tous les peuples. Un homme fier et droit est un homme qui  observe, respecte, et tolère. Il ne cherche pas à rabaisser ou à détruire car il ne saccage que lui-même.

 

L’exposition, judicieusement parrainée par Lilian Thuram, s’achève sur une pirouette : les exhibitions d’êtres humains  cessent avec l’apparition du cinéma et l’arrivée de Tarzan sur la toile….

 

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De tous temps l’homme a eu besoin de fables et d’histoires, de magie, de fantasmes et d’horreurs, d’amour et de sang. De guerre et de paix. De triomphes et d’asservissements. Il a inventé les mots suprématie et racisme.  Il ne lui reste qu’à les éliminer de son vocabulaire, car ils signent sa barbarie.

 

 

 

 

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