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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 08:00

Le défi de Lilou consiste en l'écriture d'un texte comportant une ou plusieurs expressions courantes de la langue française. J'ai pour cela remanié un extrait de l'un de mes petits romans.

 

 

 

Lorsque Mylène arriva, j’avais résolu de fouiller le grenier de Philippe, d’en remuer la poussière, d’en frotter la crasse.

Mylène souleva mon bras et se carra contre ma veste de jogging. Elle ferma les yeux, confiante, recueillie, joignit ses doigts aux miens : « Que c’est bon de t’aimer, tout chaud, tout doux ! »

Elle sentait le métal et la colle, ses cheveux avaient de particules de plastique multicolores. Elle avait au coin des lèvres des miettes du goûter qu’elle avait englouti en sortant de l’usine, pressée de me rejoindre : « Allons-y dis-je, par où monte-t-on au grenier ?

- Pourquoi, tu veux changer d’endroit, faire l’amour dans les combles, tu veux des sensations, un goût de moisi, des champignons? »

Elle me donna une petite tape sur le haut du crâne et s’ébroua, me scruta, bouche bée, les lèvres sèches et  l’œil embué : « Mais c’est qu’il ne plaisante pas. Viens, c’est juste à côté de la cave, l’autre porte. Attention l’escalier est raide ! »

Les marches en bois vermoulu étaient étroites, avec des toiles d’araignées tout du long. L’odeur de plâtre et de poussière était si forte que notre premier geste fut de nous pincer le nez. Nous pouvions tenir debout sans problème et le grenier était coupé en deux par un mur en torchis percé d’une ouverture. La lumière entrait par des vasistas dans la toiture ; des solives en bois, fuligineuses, soutenaient les tuiles. Au dehors, les feuillages zigzaguaient au vent. Leurs ombres  fauchaient les murs et le sol à l’intérieur, comme  des lasers de boîte de nuit. Mylène s’élança sur la piste, gracile, écarta une vieille table à repasser, une poussette à la capote déchirée, un radiateur mangé par la rouille et déséquilibré sur trois roues. Elle manqua de s’étaler sur une tache de graisse provenant d’un flacon de cire à bois, ouvert et dégouttant sur le plancher, retint un cri d’effroi devant une tête de mort en plastique fichée au bout d’une tige. Elle s’énerva, un lit à barreaux lui agrippait le pull, s’esclaffa à la vue d’un pot à urine émaillé, pirouetta avec dans chaque main, un numéro de Science et Avenir en lambeaux. Je la rattrapai d’un bond, qu’elle arrête de se trémousser, allumeuse, lascive, charnelle, comme SORTIE DE LA CUISSE DE JUPITER.

 

images--37-.jpg

 

 

J’étais à cran, ce n’était pas le moment. Je la maintins fermement par le coude : « Arrête ton manège !

- Tu n’en peux plus pauvre chéri. »

J’esquivai son regard et la relâchai : « Ca n’a rien à voir. »

Elle s’immobilisa, plaça une main dans son dos et l’autre à plat sur sa bouche. Elle fronça les sourcils puis en silence, souleva des bottes en caoutchouc couvertes de vert-de-gris, un tabouret en osier dont le siège était éventré, une bouteille italienne au long col à torsades, un petit ciré d’enfant lacéré. Portant au-dessus de sa tête une Pieta en albâtre, elle me questionna sèchement : « Qu’est-ce que tu veux à la fin, et n’essaies pas DE NOYER LE POISSON ? Est-ce que tu cherches quelque chose seulement ? Tu restes là sans bouger! »

Elle ne me regardait pas, elle avait les yeux fixés sur une toile d’araignée qui ondulait comme une méduse. De l’air froid passait au travers des planches et la nuit s’abattit soudain, braquant la lune sur un buffet en noyer, verni d’usure et aux portes arrachées. On devinait de grands verres à cognac collés dans la poussière d’une étagère.

« Je veux comprendre cette maison,  pourquoi Philippe m’a-t-il amené ici ?

- Mais il n’y a rien à comprendre. Et moi je DONNE MA LANGUE AU CHAT ! C’est le coin idéal pour reprendre des forces, c’est tout.

 

Elle s’approcha de moi, faufila ses doigts glacés sous ma veste, me caressa le ventre, le torse et m’embrassa à peine bouche. Elle me relâcha : « Puisque qu’il n’y a que ça, le sexe comme une  vengeance, je veux ma part, et descendons, car moi je préfère un lit douillet, chacun ses goûts. »

Je la suivis, automate, décérébré, obéissant. Je me laissai faire. Je m’obligeais à la défaite, je me rendais, me soumettais comme pour mieux savourer la victoire. L’amour était une guerre sans vainqueur, autant  DONNER DES COUPS D’EPEE DANS L’EAU. J’en faisais le constat chaque fois.

 

Aujourd’hui je peux analyser. J’étais un imbécile, mal aimé de ses parents, mal aimant, un stéréotype banal. UN OURS MAL LECHE dit-on. Je tombais les filles, ce menu fretin, comme le fonctionnaire Argot de Tchekhov écrasait les cafards. Pour me venger d’une humiliation. Décidément, je ne retenais pas le bonheur quand il se présentait, je le gaspillais. On ne pouvait pas s’attacher à moi. On perdait son temps. On ne pouvait que CASSER DU SUCRE SUR MON DOS.

 

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commentaires

H
Il en est des comme qui ne savent savourer le bonheur qui se présente.

Beau défi

Bisous
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M


le bonheur est si fragile qu'il faut le préserver, c'est bien ce que fait ce jeune couple.



V
Aller à l'amour comme à la guerre, c'est pas une bonne idée ... Tu nous as mené(e)s par le bout du nez avec ton histoire Mansfield, et j'ai pu sentir l'odeur âcre du grenier ..
Bonne soirée,
Valdy :))
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M


Je vois que toi aussi tu as marché, et je n'ai donné que la version soft de mon récit. Bonne fin d'après midi.



S
Alors là chapeau! tout un inventaire de meubles et d'objets vieux et tordus dans cette pièces oubliée, la relation entre très physique des êtres aux "sexes opposés" comme le chantait Guy Béart, les
expressions bien intégrées...Une lecture du soir ludique à souhait. Bisous. Suzâme
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M


Merci Suzâme, à bientôt chez toi.



T
Belle participation pour relever ce défi.
Bonne soirée, à bientôt
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M


Merci à toi, je viens faire un petit tour chez toi.



M
Bonjour, Mansfield !
Merci pour ta visite... Oui, mes deux derniers petits-enfants ont des prénoms illustres... J'espère qu'ils sauront en faire honneur...
Je suis admirative à la lecture de ton texte... Défi magnifiquement relevé...Bravo !!! Il s'en passe des choses dans les greniers...(sourires)
Bonne journée...Au plaisir de revenir...
Monik
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M


Merci Monik d'avoir trouvé le temps de passer sur mon blog, malgré tes petits enfants bien mignons.



A
tout simplement bravo j'ai aimé te lire
bisous
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M


Merci à toi, à bientôt



M
Bonsoir

pas facile certainement de glisser quelques expressions dans un texte déjà écrit. texte dont j'ai par ailleurs apprécié la lecture. Je voudrais bien découvrir le sens que le personnage cherche à
donner à cette maison, sa quête de compréhension.
Bonne soirée
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M


pour faire court, comme on dit, il va découvrir dans cette maison le secret de la femme qu'il a aimé et perdue autrefois, voilà, merci de ton passage sur mon blog.



T
j'ai cru un instant découvrir un torride corps à corps ... pfft juste un pétard mouillé !! le plaisir de fureter dans le grenier est resté, dommage que l'ours soit si mal léché !! merci Mansfield
ton texte est magnifique avec les expressions parfaitement incluses dans le décor ! :0)
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M


J'ai élagué mon texte car il y avait effectivement une scène torride au départ... J'oserai une prochaine fois peut-être... Merci d'avoir fureté dans le grenier avec moi.



L
Bonsoir Mansfield. Un bel extrait, très visuel, comme filmé, de ton roman, on s'y voit dans ce grenier, tout en vivant de l'intérieur les états d'âme de ton personnage, très forts et bien
pessimistes, ce qui n'est que plus accentué par les expressions toutes faites demandées par Lilou que tu as glissées dans ton texte. C'est criant de vie, j'ai beaucoup aimé.
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M


Merci Lenaïg Boudig, tes remarques me touchent beaucoup, à bientôt.



E
"je ne retenais pas le bonheur quand il se présentait, je le gaspillait"...j'aime cette formulation, merci
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M


Merci Emmanuelle, à bientôt pour le plaisir de te lire.



I
les greniers réveillent les sens !!! hihi
belle écriture
bizz/iris
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M


Ah, Ah et encore j'ai coupé les passages torrides du texte....



M
Belle participation.
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M


Merci Malika, à bientôt.



L
Alors merci de ta participation; J'aime bien l'exploration du grenier, cela m'a rappelé une toile de Janek. Mais que c'est dommage que ce pauvre garçon ne sache pas eau reconnaître le bonheur quand
il frappe à sa porte. Enfin cela nous donne un beau texte.
@ tantôt
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M


Merci Lilou, A bientôt chez toi.



P
j'aurai bien aimé continué l'histoire plus loin...et savoir ce que cet ours mal léché a fait pour s'auto flageller de cette façon
anne marie
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M


Ah, ah il a raté sa première et véritable histoire d'amour alors, il se venge et s'en veut tout à la fois... A bientôt Anne Marie



F
pauvre garçon! on aurait presque pitié de lui! bravo pour ce défi bien relevé!
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M


Merci Fanfan d'avoir suivi mon petit texte, à bientôt.



R
j'ai tjrs aimé les greniers ! dans la maison familiale mes parents ont un immense grenier et petite c'etait un super terrain de jeu ! bisous
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M


C'est vraiment un nid à mystères, j'adore aussi. Bisous



V
re-bonjour Mansfield, et merci pour ce que j'ai lu ici, j'ai aimé...
à bientôt.
Voilier
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M


Merci à toi, à bientôt pour d'autres découvertes.



A
Il n'était qu'un imbécile dit-il , fut-il au moins au moins heureux ?????
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M


A la fin du livre bien sûr.. Mais il aura pas mal de problèmes à résoudre avec lui-même.



N
Et ce grenier! La toile d'araignée qui ondule comme une méduse. C'est d vécu, ça!
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M


Et oui, j'ai regardé, noté, écrit, bien sûr.. A bientôt.



L
Bonjour Mansfield,

Voila un défi qui me parait magistralement relevé. Bravo !
Bises bien amicales.

Henri.
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M


Merci Henri, à bientôt sur ton blog.



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