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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 08:00
JUBILE DE PLATINE
Pour nous aussi, ça signifie quelque chose. La Reine, on la connaît depuis tout petit. Elle a traversé nos vies et même si on fait semblant de ne pas savoir, on sait. Les prénoms de ses enfants, leurs mariages, leurs divorces, les petits enfants, les décès dans la famille. 
Queen Mum nous accompagne. Elle est notre grand-mère, on la repère dans tous les magazines, c'est comme si on feuilletait de vieux  albums. Elle est l'histoire,  a vécu les guerres, serré la main de tant de présidents. Comme James Bond, elle fait partie du patrimoine de l'humanité, haute en couleurs, avec le sens de l'humour. Et ce côté intrépide, toujours sur la brèche.
On dit qu'avec l'âge on se bonifie. Eh bien, avec l'âge, elle rassure. Ses ennuis de santé, ses faiblesses, sont toujours suivis d'apparitions souriantes, de saluts bienveillants. Inusable elle est.
Alors même si nous n'éprouvons pas l'admiration béate  qu'on voue aux icônes, même si elle n'est pas notre tasse de thé, let'us dance! Participons, de loin, à la fête.
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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 08:00
Du côté de Giverny

Du côté de Giverny

Le ciel est sombre, les nuages y font tapis. Aussi, de les voir de près, vrombissant dans un exercice parfait, de les voir tourner, s'éloigner puis repasser au-dessus de nous comme s'il nous suivaient d'en haut, ça donne de l'importance.
À nous autres si petits sur la terre, au tonnerre artificiel provoqué par le bruit des moteurs. À ces ailes déployées, immenses, à l'instant. Le ballet millimétré  d'un quatuor  en exercice, la précision, l'exigence, le traçage, la technique. Évoluer, avancer, se propulser ensemble.
Tout seul en réalité, on n'est pas grand chose.
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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 08:00
Hannah Höch, Verres, 1927

Hannah Höch, Verres, 1927

C'est vrai quoi! Il n'y a rien de plus évident. La chaleur est là, alors on se découvre, se dénude, s'asperge d'eau. Squatte les cafés, montre son ventre, son dos, ses jambes. Et si on n'est pas jeune, on se sent dynamique, requinqué malgré tout. C'est tous ces gens qu'on croise, qui ont le sourire et semblent marcher vers nulle part avec enthousiasme, ceux qui, incrédules, trempent leurs pieds dans les vagues ou l'eau des fontaines, les écolos, les jardiniers qui sèment ou rempotent. On ressort les planchas, abuse des apéros tapas, s'éclate en randonnée.
En toute transparence, ça fait du bien. Alors oui les fruits arrivent trop tôt, les blés poussent drôlement, les terres s'assèchent, les gaz polluent, la planète ne tourne par rond. C'est un casse-tête, on veut le doux. Le chaud doit rentrer dans des cases. Mi-juin, fin août, pas déjà. Pas beau ce constat d'un printemps qui désobéit, désoriente, inquiète et brûle la peau,  dès maintenant.
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16 mai 2022 1 16 /05 /mai /2022 08:00
VA OÙ...
... Ton corps te mène. C'est le moment, l'été s'impose au printemps.  La promenade est facile, la chaleur soudaine, les désirs décuplés. On a envie de tout, voyages, soleil, zéphyr sur nos museaux découverts. On oserait tout, approcher, tendre les joues, les mains, s'étreindre, s'embrasser.  
Alors mieux vaut s'échapper sous le cagnard. Loin des autres mais jamais  par la pensée, savourer la campagne, observer le velours des champs d'orge couché par le vent. S'enfoncer dans des sous bois au sol craquelé et sec, écouter, voir détaler un faisan au détour d'un chemin, être subjugué par le pelage roux, sautillant,  d'un renard détalant dans les herbes.
Place toi  devant un cours d'eau, discute avec les canards, partage ton sandwich, et dis-toi que décidément la vie est belle.
Plus encore aujourd'hui. Déconfiné, démasqué, avec le temps pour allié, tu te sens libéré.
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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 08:00
Mantua, dorures métalliques et lin, Royaume uni, vers 1750

Mantua, dorures métalliques et lin, Royaume uni, vers 1750

Derrière la vitre, elle est en majesté. Le tissu, les broderies, la largeur, impressionnent. La taille, la tenue, le buste en imposent. Et tout cet or incrusté, ces paillettes, ce miroitement. 
On imagine la dame dedans, cette "Comtesse of Haddington" au salon. Les cheveux relevés en un chignon altier pourvu d'un diadème, elle sourit, énigmatique, les bras croisés, un éventail négligemment tenu de la main gauche. A-t-elle des rêves , s'initie-t-elle à la politique? Adam Smith, le philosophe, son contemporain, est-il l'un des hôtes de ses causeries intellectuelles? N'est-elle qu'un bijou, un trophée?
On extrapole. Aller à l'essentiel, se dépouiller du superflu. Définir des priorités, fixer un objectif. La force derrière l'image lisse d'une femme dans son siècle, qui s'informe et réfléchit. Qui arrache ses entraves, ses paniers, ses dentelles, à l'aide de réseaux libérateurs.
Il est encore des endroits où  l'information ne circule pas, où le déni est la règle. Les réseaux inexistants, l'information détournée,  tout un peuple floué par des paroles ciselées, et qui ignore que c'est la guerre, se trompe de cause.

 

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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 08:00
Edouard Manet, L'Evasion de Rochefort, 1881

Edouard Manet, L'Evasion de Rochefort, 1881

Immensité, solitude, exiguïté, tangage, roulis, dérive, humidité, embruns, clapotis, vent, lueurs, promiscuité, iode, sel, bois, flots.
Flots. On ne voit qu'eux. Qui envahissent le tableau et engloutissent la barque. Tourbillonnent, jettent des flammes bleues et vertes et blanches.  Se jouent de la lumière, de la réverbération. Créent brillance, éclat, halos. 
Halos. Une barque fantôme, une journée irréelle, le temps arrêté, suspendu. Comme à la veille de grandes décisions, de bouleversements, d'incertitudes.

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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 08:00
Odonchimeg Davaadorj, Phusis I, 2020, encre et fils de laine sur papier.

Odonchimeg Davaadorj, Phusis I, 2020, encre et fils de laine sur papier.

La vie et ses nombreuses racines. Un tronc solide, épais, ancré dans le sol. Des ramifications importantes, étendues, expansives. Un corps plein, vigoureux, sportif. De quoi combattre et se défendre. Des chaines et du sang. Subir mais s'opposer à l'oppresseur. Demeurer digne et droit, fier, orgueilleux. Juste  ce qu'il faut pour ne pas plier et se soumettre.
J'y vois de la peine, du chagrin, des yeux en larmes. Un regard, franc, déterminé, des lèvres serrées. La certitude d'être dans son droit, le désir de liberté, la rage de vaincre.
 Un enfant, un homme bientôt, qui se tient debout simplement.
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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 14:59
LOIN DU REMOUS
 Soleil, silence et solitude. Silhouettes dans l'eau calme, à peine tremblantes. Clapotis de vaguelettes contre la coque d'une barque. Restes d'hiver rouillé sur les berges. Horizon fluide et indistinct. Un ciel courant sur l'onde. 
Ici, aucun risque de tempête. Humeur égale, nature paisible. On se ressource, on s'oxygène. On échange la fureur et les bruits de la ville contre les murmures, les chants d'oiseaux, les caresses du temps.
On oublie les guerres et la politique. On essaie, du moins.

 

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 08:00
Au travail!
Malgré la neige des derniers jours, il arrive. Il a sa méthode, du bon, du doux, et puis il coupe le bien-être, la légèreté, la tiédeur. Il refourgue du froid, de la glace, fait claquer les dents. Il ne faut pas s'habituer trop vite, trop tôt. La saison s'installe lentement, qu'on apprécie, qu'on déguste. C'est un bon vin le printemps, il a une robe, une couleur, un parfum. Il enveloppe, embrase, fait perdre la tête.
Et puis, en douce, il s'active. Il ronronne, caquette, siffle, piaille. J'aime son dynamisme, sa pêche. Quand l'été languit, quand l'automne et que l'hiver sommeille, lui bondit comme un bélier. Il pousse chacun  à agir, pour lui-même, pour les autres, pour la nature. Là sous le cerisier, je l'entends qui bourdonne.
 
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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 08:00
Saïdou Dicko, Here is the road to Happiness, 2020, photographie peinte.

Saïdou Dicko, Here is the road to Happiness, 2020, photographie peinte.

Si on pouvait nous la montrer comme  ça en soufflant sur son doigt, s'il suffisait de croire qu'au bout d'un chemin hasardeux, mystérieux mais pas si compliqué, elle se trouvait à notre portée. 
Bien sûr elle serait poussiéreuse, en plein soleil, en pleine nature. On marcherait dessus  les doigts de pied en éventail. On porterait des vêtements clairs, légers, en coton. On s'affranchirait des codes, des marques, des critères sociaux. On serait des enfants innocents, on aurait nos bras nos jambes et la marche pour  avancer. 
On aurait confiance et l'espoir nous porterait. On aurait la foi, la vie, le désir de braver les obstacles.
En regardant ce tableau on suppose le vent sous la jupe. Qui pousse, comme les ailes dans le dos des anges. On se dit que c'est en chacun de nous et en chaque peuple, ce bonheur, ce droit d'exister.
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